Consommation par les municipalités voisines: Angers déterminé

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, assure qu'il... (François Gervais)

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Le maire de Shawinigan, Michel Angers, assure qu'il demeurera très ferme dans ses intentions de faire payer les contribuables des municipalités avoisinantes pour la consommation de services, comme l'utilisation de la salle Philippe-Filion du Centre des arts.

François Gervais

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le maire de Shawinigan, Michel Angers, assure que le temps où les citoyens de sa ville subventionnaient généreusement les visiteurs pour l'utilisation des infrastructures du territoire est révolu. Si les municipalités environnantes ne payent pas le montant réclamé, leurs citoyens verront leur facture bondir lorsqu'ils consommeront ces services.

M. Angers ne cligne pas des yeux, la nouvelle politique entrera en vigueur dès 2016, peu importe la réaction de ses homologues.

Le maire avait annoncé ses intentions devant les membres de la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan, en janvier. Il s'inspire d'une pratique bien établie à Victoriaville et il sait que bien d'autres municipalités, dont Trois-Rivières, songent sérieusement à se lancer dans la même démarche.

«Partout, le premier réflexe, c'est de dire non», observe-t-il. «Notre étude démontre hors de tout doute que les municipalités environnantes profitent largement des services offerts par Shawinigan.»

Selon ce rapport, la Ville devait prévoir 13,5 millions $, en 2014, pour assumer ses services de loisirs, culture et vie communautaire. Les contribuables locaux demeurent évidemment les principaux utilisateurs et ils ont payé 89 % de cette facture, y compris un montant d'un peu plus de 679 000 $ qu'ils ont défrayé à partir de diverses tarifications.

Un montant de 952 118 $, soit 7 % de la facture, était aussi entièrement encaissé par les Shawiniganais, pour l'utilisation des services par des citoyens plus éloignés que le périmètre retenu.

Le maire juge donc que le solde de 4 % doit être honoré par les citoyens des neuf municipalités ciblées. Il s'agit d'un montant de 539 180 $, réduit à 476 004 $ pour tenir compte des contributions déjà versées dans le cadre de certaines inscriptions, particulièrement dans des organisations sportives.

D'ailleurs, à près de 4,9 millions $, les sports de glace représentent, de loin, la plus importante dépense parmi les services recensés. Suivent dans l'ordre les parcs et terrains de jeux (2,9 millions $), les activités culturelles (1,7 million $) et les services de bibliothèque (1,4 million $). Ensemble, ces quatre services accaparent 80 % des dépenses totales compilées.

«Ça coûte 1698 $ aux citoyens de Shawinigan par joueur de hockey qui joue dans nos arénas, excluant le Centre Gervais auto», précise M. Angers. «Nous exigeons 400 $ aux non-résidents. Les citoyens de Shawinigan subventionnent 1300 $ par joueur de hockey. Pour Notre-Dame-du-Mont-Carmel, depuis 2002, 975 jeunes ont joué au hockey chez nous. Ça représente 1,275 million $ que les citoyens de Shawinigan ont subventionné pour permettre à ces jeunes de venir jouer au hockey dans nos arénas!»

M. Angers reconnaît que des enfants de Shawinigan profitent aussi d'infrastructures sportives des communautés voisines, un élément qui n'est pas pris en considération dans cette étude. Il ne voit aucun problème à établir un coût en fonction de ces échanges de services, tout en demeurant convaincu que Shawinigan donne beaucoup plus qu'elle reçoit.

«Si Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Saint-Mathieu-du-Parc et Saint-Boniface avaient été fusionnées, comme ça aurait dû être le cas, leurs citoyens seraient au même taux par tranche de 100 $ d'évaluation que nous», fait remarquer M. Angers. «Or, ils sont à côté et ils utilisent nos services. Si les jeunes de Notre-Dame-du-Mont-Carmel payent 1700 $ pour jouer au hockey, il n'y a pas de problème. Pour le patinage libre, ce sera 20 $ ou 25 $ à chaque fois pour les gens de l'extérieur. C'est ce que ça nous coûte collectivement.»

La contribution demandée pour la culture est tournée en dérision par plusieurs maires. Mais M. Angers souligne qu'il s'agit d'une valeur ajoutée importante dans une communauté.

«Il n'y a pas une de ces municipalités qui peut avoir un Centre des arts ou une Maison Francis-Brisson», fait-il remarquer. «Nous vous recevons, nous vous offrons des services!»

La Ville de Shawinigan indique aux municipalités sollicitées qu'elles peuvent introduire progressivement cette nouvelle charge à leur budget. Elle suggère un premier tiers de la facture en 2016, puis un deuxième en 2017, avant d'arriver au plein montant en 2018.

«Mais je peux vous dire que ceux qui n'embarqueront pas auront une tarification», insiste M. Angers. «Il y aura une surveillance. Il n'y a personne qui va me convaincre que cette politique n'a pas de bon sens.»

Augmentez vos taxes!

Plusieurs maires ont sursauté lors de la rencontre convoquée le 20 octobre, lorsqu'on leur a suggéré, tableaux à l'appui, que leurs comptes de taxes n'étaient pas assez élevés par rapport à celui de Shawinigan.

La démonstration a piqué Claude McManus, maire de Saint-Mathieu-du-Parc.

«Je ne vais pas embarquer dans la gestion de Shawinigan», mentionne-t-il. «Je ne vais pas leur dire qu'ils ont trop de véhicules, trop de ci, trop de ça. Ce n'est pas mon rôle. À l'inverse, ils viennent nous dire qu'on n'augmente pas assez nos taxes... Nos réalités sont bien différentes. On ne peut pas avoir le même taux de taxe, puisqu'on n'est pas en ville! On n'a pas les mêmes services. Et puis, quand on est plus petits, on est peut-être capables de faire une meilleure gestion.»

«Les taxes de Shawinigan ont-elles augmenté seulement à cause des loisirs?», questionne M. McManus. «Si c'est le cas, c'est inquiétant.»

Le maire d'Hérouxville, Bernard Thompson, a aussi reculé sur sa chaise en entendant ces propos. Autour du lac à la Tortue, il existe une bonne marge entre son taux par tranche de 100 $ d'évaluation et celui de Shawinigan, pourtant tout près.

«J'ai trouvé ça fort pas mal», reconnaît-il. «Je comprends que la Ville de Shawinigan a fait d'énormes acquisitions, mais est-ce que c'était le bon temps de faire ça? La gestion d'une municipalité, c'est complexe aujourd'hui. À un moment donné, il faut dire non.»

«Le citoyen de Shawinigan voit qu'on a dépensé 300 000 $ pour des noms de rues, ou des millions de dollars pour des terrains qu'ils n'utilisent même pas (au parc industriel à grand gabarit). Entre la maison à Shawinigan et la même maison chez nous, il y a toute une différence de taxes. Je ne suis quand même pas obligé d'augmenter mes taux pour payer leurs loisirs!»

Luc Dostaler, maire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, considère que la personne qui doit se déplacer à Trois-Rivières ou à Shawinigan pour travailler doit assumer des coûts que les citoyens de ces villes n'ont pas à payer. Il s'agit déjà d'une taxe indirecte que ses résidents sont prêts à absorber, fait-il remarquer.

«Les difficultés de Shawinigan ne reposent pas seulement sur leurs infrastructures en loisirs et en culture», pointe Robert Landry, maire de Saint-Étienne-des-Grès. «Depuis quelques années, ils ont eu de grosses fermetures d'usines qui font en sorte qu'ils perçoivent moins de revenus.»

«C'est normal d'avoir des taux de taxation différents, puisque nous n'avons pas les mêmes services», souligne Réjean Audet, maire de Saint-Élie-de-Caxton. «Nous n'avons même pas d'égout, chez nous! Nous n'avons pas de transport en commun. Mais nous avons une qualité de vie et ça, ce n'est pas monnayable. On n'a pas à comparer nos taux de taxation.»

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