Fonction publique fédérale: les employés de Shawinigan à risque

Les 34 employés du service de paye de... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Les 34 employés du service de paye de Santé Canada avaient été avisés, l'an dernier, que leur poste serait transféré à Miramichi.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Les employés de la fonction publique fédérale à Shawinigan ont été particulièrement bousculés au cours du dernier mandat du gouvernement conservateur, selon un recensement effectué par l'Alliance de la fonction publique du Canada. En effet, au cours des quatre dernières années, 108 personnes dans quatre ministères ont dû vivre avec l'appréhension de perdre leur travail.

Au Québec, il s'agit de la septième ville en termes de nombre d'employés fédéraux placés en situation d'insécurité sur les 84 qui offrent des services du gouvernement canadien. Ces 108 fonctionnaires travaillaient pour Parcs Canada, Ressources humaines et développement des compétences Canada, l'Agence du revenu du Canada et Santé Canada.

Il ne s'agit pas de pertes d'emplois à proprement parler, mais plutôt de personnes qui, dans le dialecte de la fonction publique fédérale, ont été placées au ballottage. Des gens qui, pendant plusieurs mois, voire quelques années, savent que leur poste risque d'être aboli, après avoir reçu une lettre de leur employeur en ce sens.

Il ne s'agit pas non plus d'un résultat qui donne une idée de la variation nette d'emplois. André Bélanger, président de la section locale du Syndicat des employés de l'impôt au Centre fiscal à Shawinigan, estime qu'environ 500 fonctionnaires à temps partiel se sont ajoutés à cet endroit depuis 2012.

Au Québec, depuis 2011, 3722 employés fédéraux ont été mis au ballottage. L'AFPC estime sommairement que le tiers de ces personnes ont finalement perdu leur emploi.

Par exemple, les 22 personnes assignées à l'archivage de dossiers pour l'Agence de revenus du Canada à Shawinigan avaient appris, en 2013, que leur poste risquait d'être éliminé. L'orientation a finalement été confirmée à l'été 2014 et l'archivage est maintenant réalisé en sous-traitance, par une compagnie américaine.

Le cas de Sainte-Anne-de-Bellevue illustre aussi très bien la situation inconfortable dans laquelle des fonctionnaires se retrouvent. En novembre 2012, les quelque mille employés de cet hôpital pour les anciens combattants ont appris que la juridiction serait transférée au gouvernement du Québec. Il semble que cette opération se concrétisera le 1er avril 2016, mais les conséquences précises sur le personnel demeurent nébuleuses. À plus petite échelle, les employés du service de paye de Santé Canada à Shawinigan ont traversé une situation comparable.

À Trois-Rivières, une douzaine de fonctionnaires fédéraux ont été touchés, principalement au bureau de Ressources humaines et développement des compétences Canada. Les autres étaient situés à Développement économique Canada pour les régions du Québec, à la Défense nationale, à Parcs Canada et à l'Agence du revenu du Canada.

Saccage en région

Magalie Picard, vice-présidente exécutive régionale de l'AFPC pour le Québec, estime qu'en Mauricie, une centaine de postes ont finalement été abolis dans la fonction publique fédérale depuis 2011. À un salaire moyen de 56 000 $, il s'agit donc d'un impact économique récurrent d'environ 5,6 millions $ dans la région.

«C'est vraiment à l'image du régime Harper depuis 2006», souligne-t-elle. «C'est un abandon complet des régions. Le gouvernement conservateur a défait tout le travail qui avait été investi pour que la fonction publique soit représentée partout au pays, surtout dans les régions.»

Mme Picard précise que les demandes pour le Programme d'aide aux employés ont augmenté de 60 % depuis l'automne 2012, principalement, selon elle, en raison du climat d'insécurité qui enveloppe la fonction publique fédérale.

«Des milliers de personnes ont reçu une lettre les avisant que leur poste était ciblé par des coupes, qu'elles devaient repasser un processus de dotation et qu'à la fin, certains auraient des emplois et pas d'autres. Pouvez-vous vous imaginer ce que ça peut amener comme stress, dans un milieu de travail?»

Mme Picard reconnaît que tous les partis politiques ont, à un moment ou l'autre, sorti la grande faucheuse dans un souci d'économie budgétaire. Mais selon elle, les conservateurs se sont distingués par la méthode.

«Ça a toujours été payant, pour tous les politiciens, de manger du fonctionnaire, indépendamment des partis», observe-t-elle. «Mais jamais, jamais un employeur n'a agi de la sorte.»

«Avant 2012, lorsqu'il y avait des refontes ou un programme aboli, il y avait un mécanisme en place pour aider les employés à se relocaliser, à obtenir la formation nécessaire pour accéder à un nouveau poste. Ce qu'on vit depuis, ce sont des coupes. On ne se soucie plus du tout de l'individu, ni de la réalité des régions. On prend des risques énormes dans la sécurité parce qu'on coupe dans la moelle.»

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