Travaux à Shawinigan: un restaurateur se fait justice lui-même

Le propriétaire du Bravo au coin de la... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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Le propriétaire du Bravo au coin de la 5e Rue et de la rue des Cèdres à Shawinigan, Denis Mourelatos, ne l'a pas trouvé drôle lorsque l'entrepreneur chargé des travaux de réfection sur la voie publique a stationné devant son restaurant une machinerie lourde, bloquant ainsi la circulation.

Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(SHAWINIGAN) Les travaux entrepris sur la 5e Rue et sur les rues avoisinantes à Shawinigan soufflent le feu sur certains commerçants qui y tiennent pignon sur rue. Denis Mourelatos, lui, n'en peut plus. Le propriétaire du restaurant Bravo, situé au coin de la 5e Rue et de la rue des Cèdres, a décidé de prendre les grands moyens pour permettre à ses clients de se sustenter à sa table sans traverser une zone semblable au Liban en guerre.

Sa colère est telle que les policiers de la Sûreté du Québec ont dû intervenir, vendredi en fin de journée, pour calmer le jeu. Dans un excès d'écoeurantite aiguë, M. Mourelatos avait retiré tous les panneaux de signalisation installés par l'entrepreneur afin de faciliter la voie d'accès à son restaurant. Le hic, un employé de l'entrepreneur, témoin de la scène, s'est empressé de tout remettre en place. Le ton est monté entre les deux hommes, l'employé s'en remettant aux policiers pour refroidir les ardeurs du restaurateur.

«Les travaux commencent à m'exaspérer. Vendredi, vers 16 h 30, on a même eu les polices ici», avoue d'emblée M. Mourelatos. Ce dernier dénonce le fait que, personne ne travaillant sur le chantier la fin de semaine, on ne retire pas les panneaux de signalisation qui poussent comme des champignons et qui restreignent considérablement la visibilité de son commerce. Lorsqu'il a jugé bon se faire justice lui-même, la situation a failli dégénérer.

«On a demandé à un travailleur s'il pouvait laisser les chemins ouverts pour qu'on puisse avoir un peu d'achalandage la fin de semaine, car on mange une claque, nous autres, dans la semaine. Le gars a alors répondu à ma femme que ce n'était pas son problème. Quand ma femme m'a raconté ça un peu plus tard, je suis sorti dehors, j'ai tassé toutes les pancartes qu'ils ont mis pour bloquer les chemins. Quand l'entrepreneur est passé, il n'avait pas l'air de bonne humeur», raconte M. Mourelatos.

«Là, il m'a dit avec un ton arrogant: j'espère que ce n'est pas toi qui a fait ça? Moi de lui répondre: écoute bien mon petit gars, oui c'est moi qui a fait ça et je vais le faire encore. Je lui ai demandé poliment de tasser ses pancartes pour qu'on puisse avoir un peu d'ouvrage, et lui de me répéter: ce n'est pas mon problème, c'est mon chantier ici et t'as pas le droit de passer là-dessus.»

Pour éviter que M. Mourelatos ne récidive, l'entrepreneur a alors stationné dans la rue, en face de son commerce, une machinerie lourde, appelant de surcroît la Sûreté du Québec. Si les deux hommes n'en sont pas venus aux poings, M. Mourelatos considère que l'entrepreneur, voire la Ville de Shawinigan, pourrait faire preuve d'un accommodement raisonnable durant la fin de semaine, agir en bon citoyen corporatif et tenir compte de la réalité des commerces touchés par les travaux de réfection. D'autant plus, mentionne M. Mourelatos, que son chiffre d'affaires a chuté de près de 45 %.

«La semaine, les gens travaillent, je comprends que la rue des Cèdres soit fermée. Mais la fin de semaine, personne ne travaille. Y'a pas de trou dans la rue, y'a pas d'asphalte enlevée, y'a rien pour que les gens puissent se blesser. Le chemin est correct, alors pourquoi ils ne le laissent pas ouvert pour qu'on puisse avoir un peu de monde qui montent et descendent sur la rue des Cèdres et qui voient qu'on est ouvert?», se questionne le restaurateur.

«Je demande à la Ville qu'elle ouvre le chemin durant la fin de semaine. Si le chemin avait été brisé, je comprends, mais là le chemin, il n'est pas brisé.»

Du côté de la Ville de Shawinigan, le maire Michel Angers affirme que l'entrepreneur est responsable des chantiers. Cependant, c'est la Ville qui l'embauche et qui, en bout de piste, se réserve un droit de regard sur les travaux. Dans le cas précis de la rue des Cèdres, M. Angers assure qu'il tablera sur cette question dès lundi, rappelant que toute solution sécuritaire sera considérée pour faciliter les commerçants, cela en tout respect du calendrier prévu.

«Le contracteur qui fait les travaux est maître d'oeuvre. À partir du moment où il considère qu'il doit bloquer une artère ou pas, c'est lui qui va le décider. Toutefois, la Ville de Shawinigan est en constante collaboration et discussion avec lui. Dans l'éventualité où il y a des arrangements comme celui mentionné qui sont possibles, on les regarde et si ça ne nuit pas aux travaux ou quoi que ce soit, il n'y a aucune raison que ça ne puisse pas se faire», souligne M. Angers. «Dès demain matin [lundi], en arrivant au bureau, je vais regarder de près cette situation-là et voir si on ne peut pas trouver un terrain d'entente.»

«La première question est de savoir si c'est sécuritaire. Mais si l'entrepreneur nous démontre qu'il ne peut pas enlever les pancartes et que c'est préférable de ne pas le faire, on va laisser l'entrepreneur faire ses travaux», conclut le premier magistrat.

Notons que les travaux sur la 5e Rue à Shawinigan, évalués à 6 millions $, devraient être complétés à la fin du mois d'octobre.

Au moment de mettre sous presse, il nous a été impossible de rejoindre l'entrepreneur pointé du doigt par M. Mourelatos.

olivier.gamelin@lenouvelliste.qc.ca

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