Travail de rue à Shawinigan: une confiance bien installée

Lyne Baril, présidente du conseil d'administration, et Raymonde... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Lyne Baril, présidente du conseil d'administration, et Raymonde Grenier, directrice générale, devant les locaux du Tràsh sur la 4e Rue, à Shawinigan.

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le rapport annuel 2014-2015 de l'organisme Travail de rue à Shawinigan (Tràsh) contient une montagne de statistiques qui tendent à démontrer que depuis dix ans, ces intervenants ont instauré un climat de confiance avec ceux qui vivent en marge de la société.

Les heures d'intervention dans les rues le prouvent évidemment, puisque le cap de 3000 a été franchi au cours de la dernière année. C'est deux fois plus qu'en 2011-2012! Mais aussi, les lieux où ces contacts sont établis illustrent le chemin parcouru.

Les rues et les parcs demeurent les sites les plus populaires d'année en année. Mais en 2014-2015, le nombre de présences dans les appartements et les maisons privées a monté en flèche. Il est passé de 180 à 318 en l'espace d'un an, au point où 25 % des lieux d'interventions se sont produits dans le logis des marginaux. Un sommet depuis l'incorporation de l'organisme, en décembre 2005.

«Si le travailleur de rue est autorisé à aller chez les personnes, c'est parce que le lien de confiance est très fort», déduit Lyne Baril, nouvelle présidente du conseil d'administration. «Si je vous accueille chez nous, c'est que j'ai confiance en vous. J'ai envie d'établir une relation qui va au-delà d'être assis sur un banc de parc.»

Toujours en 2014-2015, 48 % des personnes jointes étaient âgées entre 18 et 35 ans et 72 % étaient des hommes. Pas moins de 442 individus différents ont été touchés pendant la dernière année et la grande majorité des interventions servaient à consolider des liens.

Près de la moitié des types d'interventions consistait à établir un échange, un phénomène constant au fil des années. La distribution de seringues a subi une forte hausse, passant de 16 épisodes en 2013-2014 à 68 au cours de la dernière année terminée en mars.

Les principaux problèmes rencontrés dans la rue impliquent des difficultés personnelles ou avec des pairs, la toxicomanie, le chômage et la pauvreté. Note intéressante, 14 % des interventions portent aussi sur le partage d'intérêts personnels des marginaux, un autre indice de la qualité de la relation qui se développe avec les travailleurs de rues.

Finances

Comme bien des organismes communautaires, le Tràsh doit affronter des défis financiers majeurs pour maintenir son offre de services. Il a bouclé sa dernière année avec un déficit de 40 000 $, ce qui l'a forcé à gruger son surplus accumulé de quelque 27 000 $ jusqu'au dernier sou.

Malgré tout, le Tràsh a adopté un budget équilibré de 187 440 $ pour la prochaine année. Il compte sur une hausse de revenus de plus de 30 % pour y arriver, un pari audacieux en cette période d'austérité.

La clé se trouve du côté de la Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance de Service Canada, où un montant de 57 751 $ est attendu. Le Tràsh a aussi lancé un nouvel appel au ministère de la Sécurité publique, pour obtenir une subvention de quelque 44 000 $.

Des réponses positives permettront d'équilibrer le budget, sans plus. Un refus mettrait beaucoup de pression sur les campagnes de financement.

En même temps, la directrice générale, Raymonde Grenier, entendait les témoignages de quelques bénéficiaires, lors de l'assemblée générale annuelle présentée jeudi soir, et elle se dit que l'échec ne peut être envisagé. «Ça, c'est mon oxygène», illustre-t-elle. «Ça me dit qu'il faut continuer. On ne lâche pas! Notre plus grande richesse, ce sont nos valeurs. Le reste, ce ne sont que des chiffres.»

Dans un monde idéal, l'organisme se paierait un quatrième travailleur de rue. Mais possède-t-il seulement les ressources pour en embaucher trois? «Tout nous vient à l'esprit en période difficile», convient Mme Baril. «Mais les gens ne veulent pas (qu'on enlève une ressource)!»

L'ex-président du conseil d'administration, Tommy Brodeur, insiste d'ailleurs sur l'importance de gratter les fonds de tiroirs pour conserver les précieux travailleurs de rues. «On coupe partout où on peut pour nous permettre d'offrir les mêmes services», résume-t-il.

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