Expropriation à Shawinigan: «Le conseil a mis la charrue avant les boeufs»

Bertin Jalbert, le dernier résident avec qui la... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Bertin Jalbert, le dernier résident avec qui la Ville de Shawinigan n'est toujours pas parvenue à s'entendre pour acquérir sa propriété pour l'aménagement d'un parc industriel à grand gabarit, dans le secteur Saint-Georges. «Je ne pense pas qu'il va y avoir une grosse usine ici un jour», laisse-t-il tomber.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le temps s'est arrêté à l'intérieur de la maison de Bertin Jalbert. Quelques boîtes remplies d'articles divers décorent maladroitement la cuisine et le salon, comme si le propriétaire venait d'emménager dans son nouveau domicile. À moins qu'il ne se prépare plutôt à le quitter, on ne sait plus trop.

Depuis le 23 avril 2012, M. Jalbert vit dans l'attente. L'homme de 69 ans fait partie de la trentaine de propriétaires fonciers avec qui la Ville de Shawinigan tente de s'entendre pour acquérir des lots avant de procéder à l'aménagement d'un parc industriel à grand gabarit pour dérouler le tapis rouge à une multinationale, RIMA, qui ne viendra finalement jamais.

M. Jalbert prétend que les deux offres qui lui ont été communiquées jusqu'à maintenant ne rencontraient pas la valeur de sa maison et surtout, de ses immenses terres à bois. En début d'année, son avocat, Me Richard Laflamme, paraissait confiant d'en arriver à une entente et d'éviter une audition devant le Tribunal administratif du Québec. Comme il le fait depuis trois ans, M. Jalbert attend, encore et toujours.

Le 23 avril 2012, une trentaine de résidents du secteur Saint-Georges étaient convoqués en catastrophe à une assemblée d'information à laquelle les journalistes avaient été tenus à l'écart. Le conseil municipal de Shawinigan avait dévoilé ses intentions en assemblée publique extraordinaire, en fin d'après-midi la même journée. Les élus rencontraient les citoyens directement impliqués quelques heures plus tard, au centre communautaire de Saint-Georges.

«L'enveloppe de ma convocation s'était retrouvée dans un trou d'eau», raconte M. Jalbert. «Je l'ai fait sécher au micro-ondes (!), puis j'ai lu la lettre.»

«On n'avait aucune idée de ce qu'ils nous annonceraient», poursuit-il. «Nous sommes arrivés là tous ensemble et nous avons appris leur histoire de parc industriel. Ils devaient tout nous payer, nous reconstruire ailleurs.»

Lors de cette assemblée, le maire, Michel Angers, ne cache pas son empressement. Les six premiers lots ne seront finalement pas acquis avant septembre 2012. La dernière transaction confirmée par le conseil municipal remonte au 1er octobre 2013.

Au cours de cette période, la Ville a procédé à l'acquisition de 28 lots, pour une somme de 4 477 174 $. Elle négocie toujours avec trois propriétaires. Outre M. Jalbert, Yves Proulx et Sylvie Belleville possèdent un terrain vague sur lequel les parties ne se sont toujours pas entendues. Même histoire dans le cas de Pierre Jacob.

La Ville dispose toujours d'une certaine marge de manoeuvre par rapport à ses prévisions. En avril 2012, le conseil municipal avait adopté un règlement d'emprunt de près de 5,4 millions $ pour l'acquisition de 26 propriétés. Au fil des mois, des habitants de zones contiguës se sont manifestés parce qu'ils n'étaient pas intéressés à se retrouver dans le voisinage d'un parc industriel à grand gabarit.

Dans son programme triennal d'immobilisation déposé en décembre 2012, la Ville anticipait qu'elle investirait 16 millions de dollars pour la réalisation de ce projet en 2015. Avec le désistement de RIMA et aucun prospect vraiment sérieux à l'horizon, cette prévision ne sera évidemment pas rencontrée.

Avis de réserve

Dans ce processus, le conseil municipal de Shawinigan a décrété un avis d'imposition de réserve pour fins publiques en juin 2012, qui gelait la valeur des immeubles pendant deux ans.

Cette période est échue, mais elle peut être renouvelée pour deux autres années, selon la Loi sur l'expropriation. M. Jalbert n'ose pas procéder à l'amélioration de ses propriétés puisqu'il craint que la valeur ajoutée ne soit pas prise en considération.

Depuis trois ans, il ne se sent plus chez lui.

«Je ne vis plus», laisse-t-il tomber. «Je ne souhaite pas ça à personne. Tu te sens chez vous et pas chez vous en même temps. Ça m'empêche de dormir ; on ne sait jamais qui va venir cogner à la porte. Vous pouvez m'offrir un million $ pour mes terres et je ne pourrai même pas vous les vendre.»

Son incapacité à s'entendre avec la Ville lui a fait perdre quatre opportunités d'acquisitions de terrains jusqu'ici, à Sainte-Thècle, Saint-Tite, La Tuque et Saint-Alexis-des-Monts. Évidemment, il existe un jeu de négociations dans ce genre de dossier, mais M. Jalbert observe ce que ses voisins ont obtenu et il ne veut pas abandonner ses terres pour une bouchée de pain.

«Je pense que le conseil municipal a mis la charrue avant les boeufs», déplore-t-il. «Ils auraient dû nous avertir un peu plus d'avance, nous expliquer que si un gros projet arrivait à Shawinigan un jour, nos propriétés seraient achetées. Ils n'avaient pas à arriver comme ça et sacrer tout le monde dehors pour rien.»

Pour rien?

«Je ne pense pas qu'il va y avoir une grosse usine ici un jour», laisse tomber le sexagénaire. «Sûrement des petites entreprises, mais pas des grosses.»

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