Noms de rues: Grand-Mère se vide le coeur

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Une centaine de citoyens des districts des Boisés, de la Rivière et du Rocher se sont déplacés pour une rencontre sur l'harmonisation des noms de rues et disons que le comité de toponymie s'est retrouvé en terre hostile. L'assemblée a duré un peu plus de deux heures et demie.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Ça faisait déjà une bonne heure que des citoyens adoptaient toutes les formules imaginables pour communiquer leur déception sur la première ébauche de l'harmonisation des noms de rues à Shawinigan quand Nicole Forest s'est présentée au micro.

«Quand vous avez pris la décision de ne pas accorder le changement de zonage pour une mosquée, vous avez dit que vous aviez répondu à la volonté des citoyens parce qu'ils n'en voulaient pas. Entendez-vous aujourd'hui ce que la population veut?»

Voilà le ton qu'a pris la deuxième assemblée d'information pour les secteurs dans le dossier d'harmonisation des noms de rue à Shawinigan, mercredi soir à l'école secondaire du Rocher. Francine St-Jean est également intervenue pour suggérer au conseil municipal d'organiser un référendum sur la pertinence de cette grande opération.

Une centaine de citoyens des districts des Boisés, de la Rivière et du Rocher se sont déplacés pour cette rencontre et disons que le comité de toponymie s'est retrouvé en terre hostile. L'assemblée a duré un peu plus de deux heures et demie.

Les doléances touchaient autant le processus que le résultat. Beaucoup de dérision, quelques suggestions, des exclamations, le tout enveloppé d'un léger mais tenace effluve antifusion.

«Ce n'est pas bête votre idée d'avenue Grand-Mère, mais je crois que ça devrait plutôt être l'avenue de l'Enterrement», ironise André Hamel. «Vous allez faire disparaître les appellations qui nous différencient et à la longue, elles vont s'éteindre.»

Onil Durocher se demande pourquoi mettre autant d'énergie pour changer un système qui fonctionne. «Vous voulez inventer quelque chose qui existe», déplore-t-il. «Qu'est-ce que ça change qu'on garde nos noms de secteurs? L'identité, ça ne passe pas par là.»

André Grosleau partage cette observation. «La ville ne sera jamais meilleure que ses secteurs», image-t-il. «Si vous développez une vie sociale agréable dans les secteurs, la ville va en profiter.»

Plusieurs intervenants ne pouvaient s'empêcher de croire que ce processus de consultation ne visait en fait qu'à informer les citoyens d'un résultat qui ne changerait pas significativement.

«Si tout a été planifié, que fait-on ici?», résume Émilien Villemure. «On perd notre temps.»

Le maire, Michel Angers, assure pourtant que les observations constructives seront prises en considération. À quelques reprises, il a mentionné que la Ville aurait très bien pu ne s'en tenir qu'à la seule grande assemblée d'information du 16 février à l'Auberge Gouverneur, mais les élus tenaient à sentir le pouls dans les secteurs.

Mauvaise idée

Plusieurs citoyens du secteur Lac-à-la-Tortue ont déploré les suggestions qui rendent hommage à des aviateurs. Il s'agit principalement de noms anglophones qui rendent les résidents perplexes. «Je n'ai jamais chialé contre les avions, mais je ne vois pas pourquoi une rue devrait s'appeler Greer au lac à la Tortue !», déplore Roger Gélinas.

Ces remarques ont visiblement touché la cible.

«Avec les noms que vous proposez, je me suis demandé si vous faites exprès pour faire choquer la population», tonne René Gélinas, lors d'une tirade particulièrement sentie. «Des noms anglais, c'est inacceptable! J'ai vu des rues qui vont s'appeler Oka... Où êtes-vous allé chercher des histoires de même?»

M. Gélinas s'est aussi dressé contre la rue Jean-Chrétien. Pour lui, le fait d'honorer un personnage significatif qui n'est pas décédé crée un dangereux précédent.

«Si vous ouvrez cette porte, je vais vous en suggérer, des noms de personnes vivantes!»

Sur ce point, M. Angers a répété que peu importe l'allégeance politique, il fallait reconnaître que Jean Chrétien demeure un personnage incontournable dans l'histoire de Shawinigan. Il fait aussi remarquer que Charlemagne a son boulevard Céline-Dion et Thetford Mines, sa rue Michel-Louvain.

Bombardé des deux côtés de la salle, M. Angers n'a pas exclu la possibilité d'organiser une autre séance d'information générale avant l'adoption du scénario définitif, au printemps. Rappelons que le comité de toponymie reçoit les suggestions jusqu'au 13 mars.

Du même souffle, le maire prévient qu'il ne pourra jamais satisfaire les nostalgiques des anciennes municipalités. Le processus d'harmonisation est rendu nécessaire pour faciliter les opérations de Postes Canada, une observation qui a alimenté bien des réflexions étant donné qu'aucun problème majeur n'a été rencontré depuis 2002 dans la livraison du courrier.

Lucie DeBons, conseillère du district du Rocher et présidente du comité de toponymie, ne paraissait pas trop ébranlée par la bourrasque de mercredi soir. «Je m'y attendais», commente-t-elle. «Comme nous l'avons toujours dit, rien n'est coulé dans béton. Même pas la rue Jean-Chrétien!»

«Je suis capable de prendre la critique», enchaîne-t-elle. «Les gens sont émotifs. Ils n'écriront plus le nom de Grand-Mère, ça leur fait de quoi et c'est normal.»

La dernière assemblée de secteurs se déroulera jeudi soir à l'Auberge Escapade, avec les résidents des districts des Hêtres et des Montagnes.

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