Rue Jean-Chrétien: la Commission de toponymie n'est pas un obstacle

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La voie est ouverte pour que la 5e Rue devienne la rue Jean-Chrétien l'an prochain.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) La Ville de Shawinigan ne s'expose à aucune conséquence importante en défiant la recommandation de la Commission de toponymie du Québec d'attendre un an après le décès d'une personnalité connue avant de désigner un élément public en son honneur. La voie est donc ouverte pour que la 5e Rue devienne la rue Jean-Chrétien l'an prochain.

Jean-Pierre LeBlanc, porte-parole à la Commission de toponymie du Québec, fait remarquer qu'un conseil municipal choisit rarement d'immortaliser une personnalité significative de son vivant. Légalement, rien ne l'empêche de le faire, bien que cette orientation contrevienne à une règle de l'Organisation des nations unis. «Les pays ont décidé qu'on ne pouvait officialiser un toponyme si la personne n'est pas décédée», explique M. LeBlanc. «La règle diffère d'un pays à l'autre en ce qui concerne le nombre d'années. Au Québec, c'est un an.»

Dans ces circonstances, la Commission de toponymie du Québec ne pourra rendre officielle la nouvelle appellation de l'artère qui traverse le coeur historique de Shawinigan. Donc, pas de mention dans la Gazette officielle et ainsi, pas de publication obligatoire sur les cartes routières du gouvernement, par exemple.

Sauf que concrètement, M. LeBlanc reconnaît que la rue Jean-Chrétien peut très bien apparaître partout, en autant que la publication soit consciente du changement de nom. «Je dirais qu'au moins 85 % des toponymes au Québec sont officialisés», estime M. LeBlanc. «On pourrait toujours contacter Shawinigan, mais notre pouvoir s'arrête là. C'est la Municipalité qui décide. Pour nous, il n'y a pas de sanction. C'est plus administratif.»

Seule la pression populaire pourrait empêcher l'élimination de l'appellation de la 5e Rue à la faveur de celle de «Jean-Chrétien» d'ici l'adoption du règlement, au printemps.

Rappelons que lundi soir, Appartenance Mauricie et le Cité de l'énergie ont déposé un imposant mémoire militant en faveur du maintien d'une partie du plan publié en 1899 par la firme T. Pringle & Son.

Le document contient des lettres d'appuis de la Fédération histoire Québec, du Centre interuniversitaire d'études québécoises, de l'éminent professeur Normand Brouillette de l'Université du Québec à Trois-Rivières, de l'historien Benoit Gauthier et évidemment, d'Appartenance Mauricie.

Autre appui significatif, celui de Lucie K. Morisset, directrice scientifique de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain à l'Université du Québec à Montréal, qui comprend visiblement mal la stratégie retenue par le comité de toponymie pour la Pointe à Bernard, compte tenu de l'enjeu historique. «Remplacer ces odonymes numériques familiers, d'ailleurs constitutifs de l'imaginaire et des représentations collectives de Shawinigan, reviendrait à renier l'historicité de cet ensemble urbain», écrit-elle.

De façon plus large, Mme Morisset remet même en cause la nécessité de procéder à l'harmonisation des noms de rues.

«Dans cet univers numérique qui est maintenant celui de la gestion du territoire, l'adresse civique est surtout symbolique: que deux entités différentes portent la même adresse sur deux rues de même nom n'altère en rien l'identité distincte que leur confèrent leur cadastre, leur code postal, leur matricule, etc. L'argument administratif qui présidait autrefois en faveur de la normalisation des odonymes de territoires fusionnés ne vaut donc plus, ou dans tous les cas ne tient que bien peu de poids par rapport à celui de l'identité historique, de l'appartenance et des représentations collectives qui font des lieux ou qui, à défaut, les abandonnent à l'oubli.»

De son côté, le maire de Shawinigan rappelle que la volonté d'éliminer le système numérique du centre-ville s'inscrit dans une logique. Il assure ne pas avoir voulu imposer le nom de Jean Chrétien à un endroit précis ou ménager les susceptibilités des résidents du secteur Grand-Mère. «On aurait fait un choix politique si on avait fait un choix différent», croit-il. «Nous n'avons rien inventé. Une quarantaine de villes sont passées par là avant nous et nous avons pris les mêmes critères.»

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