Non à la mosquée à Shawinigan

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Une soixantaine de personnes ont participé à une assemblée publique forte en émotions mardi soir, à Shawinigan. On voit ici le maire Michel Angers.

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le conseil municipal de Shawinigan a sans doute affronté l'assemblée la plus émotive de son mandat mardi soir. Sentant visiblement ce qui se préparait, les élus avaient pris la décision, en séance privée lundi, de ne pas accorder la demande de modification de zonage pour permettre les activités religieuses dans une partie du parc industriel Albert-Landry, où le Centre culturel musulman de Shawinigan voulait établir sa mosquée.

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Me Philippe Bégin Garti

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Un revirement complet de situation, compte tenu que tout le processus s'était déroulé sans opposition au cours des dernières semaines. Le 29 janvier, la Ville n'avait pas reçu la moindre demande d'approbation référendaire de citoyens de la zone concernée ou de l'une ou l'autre des sept zones contiguës. Malgré tout, «après avoir entendu les arguments et les commentaires de nombreux citoyens», les élus ont décidé d'appuyer fermement sur les freins au moment où la modification au règlement de zonage devait être adoptée.

Cette décision a été accueillie avec des «yes» bien sentis dans la salle. Pendant ce temps, Philippe Bégin Garti et Abdoulaye Souley, membres du conseil d'administration du Centre culturel musulman de Shawinigan, paraissaient complètement abasourdis.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, est demeuré extrêmement vague sur les motifs précis pouvant expliquer cette volte-face. Pendant toute la soirée, il a répété aux nombreuses personnes qui ont voulu intervenir sur cette question que le conseil municipal ne pouvait pas prendre une décision basée sur des motifs religieux. Les élus, répétait-il, doivent établir leur réflexion des changements de zonage sur l'occupation du territoire.

Par contre, les autres dispositions visées par ce règlement de changement de zonage ont toutes été adoptées mardi soir. La seule qui ne l'a pas été touchait l'utilisation de l'immeuble situé au 250, boulevard Industriel à des fins d'activités religieuses.

«Nous avons eu une discussion lundi soir en plénier et c'est la décision qui a été prise», commente le maire avec une extrême prudence. «J'ai bien expliqué que selon la charte des droits et libertés, on ne peut pas faire de ségrégation sur la base de la religion, de la langue, de la race, de la couleur...»

Mais comment en venir à la conclusion que ce n'est pas ce que les élus ont fait mardi soir?

«C'est l'interprétation qu'on peut en faire», laisse tomber M. Angers. «Moi, je vous dis qu'on a pris une décision en conseil et que cette décision fait en sorte qu'on arrête la disposition du processus de modification de zonage.»

Vives émotions

Le maire mentionne que des citoyens ont communiqué leurs préoccupations au cours des derniers jours, autant à l'hôtel de ville qu'aux conseillers, ce qui a provoqué ce revirement de situation. Des appels de partout sur le territoire shawiniganais, indique-t-il. Dans ce contexte, comment expliquer que personne ne se soit manifesté pendant le processus de demande d'approbation référendaire, à la fin janvier?

«C'est une bonne question», laisse tomber M. Angers. «Mais le conseil a toujours la prérogative, avant l'ultime adoption, de retirer une modification de zonage.»

Même si la décision du conseil municipal rencontrait visiblement les attentes de la majorité de la soixantaine de personnes qui s'étaient déplacées à l'assemblée publique, plusieurs citoyens ont pris le micro à la période de questions pour bien faire comprendre aux élus que l'arrivée d'une mosquée serait très mal accueillie à Shawinigan.

Les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu, d'Ottawa et de Paris sont évidemment revenus sur le tapis. Des citoyens ont communiqué franchement leur peur des intégristes islamiques. Qu'il valait mieux prévenir que guérir, qu'il fallait éviter que nos jeunes soient recrutés comme terroristes.

Une dame a mentionné qu'elle souhaitait que l'on continue «à être des Québécois» et a encouragé le conseil municipal à adopter un code de vie comme à Hérouxville.

MM. Soulay et Bégin Garti ont pris la parole en assemblée publique pour communiquer leur déception. Leurs commentaires ont été interrompus par quelques invectives, au point où le maire a dû intervenir pour demander aux gens de quitter s'ils ne pouvaient demeurer respectueux.

Par exemple, lorsque M. Bégin Garti a mentionné qu'il était important que les Musulmans ait leur lieu de culte à Shawinigan, un homme a répliqué «qu'ils disaient ça aussi à Saint-Jean-sur-Richelieu !» Un autre a souligné qu'une fois la mosquée établie, «essayez de trouver un moyen de l'enlever de là !»

Monique Rossignol a pris la parole pour mentionner qu'elle souhaitait que les Musulmans s'intègrent en fréquentant les mêmes centres culturels de la communauté, les mêmes écoles et encouragent les Cataractes comme le reste de la population plutôt que «se ghettoïser».

La mosquée au centre-ville?

Visiblement ébranlé par les commentaires entendus mardi soir, Philippe Bégin Garti, un avocat qui pratique à Shawinigan, mentionne que toutes les options seront analysées au cours des prochaines semaines. Le recours judiciaire fait partie des hypothèses envisageables, mais aussi l'aménagement d'une mosquée au centre-ville.

En effet, l'an dernier, le Centre culturel musulman de Shawinigan avait d'abord ciblé un immeuble sur Tamarac pour établir son lieu de culte. Le processus de modification de zonage pour permettre les activités religieuses a été complété sans opposition. Par contre, le Centre culturel musulman avait finalement décidé de se trouver un autre immeuble. Devant l'impasse, il pourrait revenir à son scénario initial.

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