Shawinigan: berceau de l'énergie au Canada

Avec des dénivellations d'une telle ampleur, la rivière... (Photo: Archives)

Agrandir

Avec des dénivellations d'une telle ampleur, la rivière Saint-Maurice est un emplacement de choix pour l'hydroélectricité.

Photo: Archives

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Un des coins préférés de Mario Lachance, c'est le haut de la tour d'observation de la Cité de l'énergie où il travaille comme animateur.

La centrale de Grand-Mère construite en 1913.... (Photo: Archives, Le Nouvelliste) - image 1.0

Agrandir

La centrale de Grand-Mère construite en 1913.

Photo: Archives, Le Nouvelliste

Du haut de la Cité de l'énergie, Mario... (Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 1.1

Agrandir

Du haut de la Cité de l'énergie, Mario Lachance contemple une partie de l'histoire énergétique du Québec.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Président de la société d'histoire Appartenance Mauricie, cet historien de formation parle avec érudition, presque avec affection, des éléments qui composent le paysage de Shawinigan, comme s'il s'agissait de vieilles connaissances.

C'est parce que c'est ici, à Shawinigan, que commence l'histoire énergétique du Québec, fait-il valoir, et, du même coup, son histoire industrielle.

En 1895, aux États-Unis, la première centrale hydroélectrique de grande puissance, avec ses générateurs Westinghouse utilisant le courant alternatif biphasé du grand génie Nikola Tesla, voit le jour à Niagara Falls. Cette grande première dans l'histoire mondiale de l'électricité donne le ton à l'histoire de l'hydroélectricité au Québec.

En Mauricie, une centrale est aménagée en 1897 sur la rivière Batiscan pour alimenter Trois-Rivières. On construira du même coup «la ligne de transport la plus longue de l'Empire britannique», raconte M. Lachance.

Alors que l'électrification du monde à l'aide du courant alternatif est amorcée, une foule d'opportunités d'affaires se présentent aux investisseurs.

Au cours de cette période, où il fallait quatre heures pour se rendre de Trois-Rivières à Shawinigan, John Edward Aldred fonde, en 1898, la Shawinigan Water and Power.

C'est au coût absolument astronomique, pour le temps, de 4 millions $ qu'il achète les chutes de Shawinigan.

Il s'agit d'un investissement très audacieux. C'est qu'il lui faut maintenant trouver des consommateurs de taille industrielle pour son électricité.

Aldred part donc en Europe et aux États-Unis à la recherche d'entreprises ayant de forts besoins en électricité. «Ça ne court pas les rues», fait valoir Mario Lachance. Toutefois, Shawinigan a déjà la réputation enviable d'être l'un des meilleurs endroits au Canada pour la production d'électricité.

John Edward Aldred trouvera donc, aux États-Unis, une entreprise intéressée, la Pittsburgh Reduction co., siège de l'invention du procédé d'électrolyse pour produire de l'aluminium. Mais cette dernière n'achètera finalement que le débit d'eau de la rivière et tient à construire sa propre centrale à courant continu. Elle s'assure du même coup d'un approvisionnement en électricité qu'elle contrôle entièrement pour ses propres besoins.

Aldred arrive aussi à convaincre des Belges, en 1900, qui viendront construire une usine de papier, la Belgo. Ne produisant que de la pâte, l'usine n'a pas besoin, elle non plus, d'une très grande quantité d'électricité. Il convaincra aussi Thomas Wilson, l'inventeur du procédé de fabrication du carbure de calcium, de s'établir à Shawinigan. Ce dernier construira la Shawinigan Carbide, en 1898.

À cause de ce développement industriel impressionnant et rapide, Shawinigan sera surnommée la Niagara Falls de l'est.

Aldred ne vend toutefois pas autant d'électricité qu'il aurait voulu. Afin de résoudre ce problème, une ligne de transport de 135 kilomètres est aménagée vers l'ouest et Shawinigan comblera désormais les besoins croissants de la Ville de Montréal.

C'est un jeune ingénieur de 24 ans, Beaudry Leman, qui réalisera cet exploit puisqu'il n'y a qu'en Californie qu'une ligne de transport d'électricité de cette ampleur est en construction à ce moment-là. Le barrage Shawinigan-1 entre en production en 1902. Dès 1903, Shawinigan, vend son électricité à la Montreal Light Heat and Power qui sera étatisée en 1944 pour former Hydro-Québec.

En 1910, le paysage de Shawinigan s'enrichit d'une nouvelle centrale, Shawinigan-2. La Shawinigan Water and Power construira successivement les centrales de La Tuque vers 1910, Grand-Mère, en 1913, la Gabelle, en 1922, pour n'en citer que quelques-unes.

La dernière construction de centrale sur la rivière Saint-Maurice remonte à 2005 alors qu'Hydro-Québec construit Rapide-des-Coeurs et Chute-Allard.

Cette rivière, avec ses 400 mètres de dénivellation d'amont en aval, est une véritable mine d'or sur le plan énergétique et produit aujourd'hui plus de 2000 MW des quelque 36 000 MW de puissance installée des centrales d'Hydro-Québec.

Aux 12 centrales hydroélectriques de la région s'ajoutent quatre centrales privées construites sur d'autres rivières de la Mauricie, la plus importante étant celle des chutes à Magnan à Saint-Paulin. Hydro-Québec compte aussi trois réseaux autonomes au diesel dans le nord de la région.

Sur la rive sud, la centrale nucléaire Gentilly-1 a été fermée en 1977 et Gentilly-2, en 2012.

Finalement, il existe aussi, une centrale au gaz appartenant à TransCanada Energy. Hydro-Québec est toutefois contrainte de verser un dédommagement de 150 millions $ par année à l'entreprise. La Société d'État s'était engagée à acheter l'électricité de la centrale, mais étant en surplus de production, elle n'a pu donner suite à son entente. Hydro-Québec a récemment laissé entendre que la centrale pourrait être utilisée en périodes de grands froids.

Finalement, même si plusieurs centrales de la rivière Saint-Maurice datent du début des années 1900, Hydro-Québec n'est pas prête à s'en départir, estime l'historien Mario Lachance puisque ces infrastructures sont payées et permettent à la Société d'État de s'en servir pour encaisser des profits nets.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer