Le déclin industriel de Shawinigan expliqué par plusieurs facteurs

Mario Lachance est historien et responsable de l'animation... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Mario Lachance est historien et responsable de l'animation à la Cité de l'énergie de Shawinigan.

Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Shawinigan) L'économie de Shawinigan s'est forgée autour de la grande industrie. La Ville elle-même a été créée dans le sillage de l'implantation de la Shawinigan Water & Power (SWP), une compagnie qui a attiré les autres et a permis l'essor des industries de l'aluminium, du papier et de l'électrochimie. Après son apogée dans les années 1950, le secteur industriel a amorcé un déclin qui confronte la ville à de nouveaux défis.

La Northern Aluminium, filiale de la Pittsburgh Reduction (la future Alcan) et l'usine de pâtes et papiers Belgo furent les premières à s'installer à Shawinigan au tout début du XXe siècle en profitant de la ressource hydroélectrique proposée par la SWP. Le secteur de l'électrochimie a pris son envol pratiquement en même temps avec l'établissement de la Shawinigan Carbide.

La fusion successive de plusieurs autres compagnies reliées à l'industrie chimique a mené à la création en 1927 de la Shawinigan Chemicals. Ce complexe de plusieurs dizaines de bâtiments occupait un grand périmètre à l'endroit où se trouve aujourd'hui le Centre Gervais Auto. D'autres usines exploitant le procédé d'électrochimie ont aussi fait leur apparition, comme la C.I.L. et la Dupont.

«En 1950, Shawinigan avait un des complexes chimiques les plus importants en Amérique du Nord. Près de 2000 personnes travaillaient pour la Shawinigan Chemicals», illustre Mario Lachance, historien et responsable de l'animation à la Cité de l'énergie.

La Belgo et l'Alcan continuaient aussi à employer une bonne proportion de la force ouvrière à Shawinigan pendant ses années fastes, avant que ne s'amorce un déclin que Mario Lachance attribue à une combinaison d'éléments qui se sont manifestés en une décennie.

«Le premier facteur et le plus important est un facteur technologique», commence l'historien en faisant référence à la transition de l'industrie de l'électrochimie vers celle de la pétrochimie. «La production de la Shawinigan Chemicals était basée sur le chauffage des fours avec de l'énergie électrique, et Shawinigan était très prospère dans ce domaine. Puis au début des années 1950, on a commencé à s'intéresser à la pétrochimie». On avait donc besoin de pétrole plus que d'hydroélectricité.

«La filière de l'électrochimie ne pouvait concurrencer celle de la pétrochimie, et on ne pouvait pas convertir les usines d'électrochimie et usines de pétrochimie. Les grandes raffineries sont à Montréal, il n'y a pas de pipeline à Shawinigan. Il n'y avait pas de structure pour amener le pétrole à Shawinigan», explique Mario Lachance en mentionnant la création d'une usine de pétrochimie à Varennes par la Shawinigan Chemicals en 1961.

Un deuxième facteur découle de la décision du gouvernement provincial, en 1962, d'étatiser les 11 compagnies privées d'électricité au Québec, dont la SWP. Les grandes industries de Shawinigan profitaient de tarifs préférentiels avec la SWP, des avantages perdus avec la création d'Hydro-Québec.

«Ceci a eu comme conséquence d'accélérer le déclin», indique M. Lachance.

Une considération géographique a aussi commencé à prendre de l'importance, soit celle de l'isolement de Shawinigan par rapport aux grands axes de communication et donc son éloignement des marchés. Mario Lachance fait remarquer que surtout à partir des années 1960, les grandes entreprises se sont davantage établies près des grands centres ou du moins à proximité des axes autoroutiers et des ports. «En 1900, on s'installait près de la ressource naturelle. En 1960, ce n'était plus essentiel. Même la Shawinigan Chemicals va aller investir ailleurs (à Varennes)».

Enfin, l'historien tient à relativiser un facteur qui fut aussi évoqué pour expliquer le déclin industriel de Shawinigan. «Dans les années 1950, il y a eu des grèves très fortes. Le milieu syndical était très actif. Certaines personnes ont fait l'équation entre les grèves et la perte d'entreprises. On ne peut pas dire que ça a fait fuir les industries, mais on ne peut pas dire non plus que ça a créé un climat propice à l'investissement», nuance-t-il.

M. Lachance conclut en observant que la culture de l'emploi de père en fils dans les usines, avec de bons salaires et de bonnes conditions, n'a pas favorisé le développement de l'esprit d'entreprise.

«Ceux qui avaient l'esprit entrepreneurial ne pouvaient offrir d'aussi bons salaires dans leurs PME, alors ils avaient de la difficulté à recruter de la main-d'oeuvre».

Quant aux fermetures des usines de papier dont celle de la Laurentide de Grand-Mère, on peut les attribuer plus directement à la conjoncture mondiale.

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