Aviation Mauricie lève le drapeau blanc

Une rude bataille commerciale prend fin au lac... (Photo: Émilie O'Connor)

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Une rude bataille commerciale prend fin au lac à la Tortue avec l'arrêt des activités d'Aviation Mauricie. Ses propriétaires, Jacques Picard et Anabelle Lacombe, regardent maintenant vers de nouveaux horizons.

Photo: Émilie O'Connor

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Incapable de soutenir la perspective d'un dédommagement aux membres du recours collectif déposé par la Coalition contre le bruit et la chute en vrille du nombre de vols touristiques année après année, Aviation Mauricie ferme les livres. Les propriétaires, Jacques Picard et Anabelle Lacombe, vendent leurs hydravions à perte, convaincus que leur avenir se trouve ailleurs.

Certains échos circulaient au sujet de ce scénario au cours des derniers mois. M. Picard reconnaît que le juge Étienne Parent a donné un coup dans les flancs d'Aviation Mauricie en autorisant l'exercice du recours collectif le 28 août 2012.

«Nous fermons nos portes», confirme le propriétaire. «Nous vendons nos avions; trois quarts de la flotte est vendue. Il me reste un seul appareil à vendre et c'est pas mal fait. C'est terminé!»

«On ne pouvait pas continuer avec une poursuite de plusieurs millions de dollars au-dessus de la tête», poursuit M. Picard. «Au bout de tout ça, le juge n'accordera sans doute pas 5000 $ par tête, mais entre 0 $ et 5000 $, il va sûrement accorder un montant. Les gens n'auront pas de dédommagement pour toutes les maladies qu'ils prétendent, mais peut-être pour abus de voisinage ou perte de jouissance de propriété. De toute façon, les seuls frais juridiques de cette histoire ruineraient n'importe quelle entreprise. Ça va coûter des centaines de milliers de dollars.»

D'autant plus qu'Aviation Mauricie a déjà donné sur ce plan. En octobre 2010, la Cour suprême de Canada avait rendu un jugement excessivement important sur la prédominance des activités aéronautiques, de juridiction fédérale, sur les règlements de zonage provinciaux et municipaux.

Aviation Mauricie avait mené la bataille pour un emplacement au lac Gobeil, mais le jugement s'appliquait parfaitement au cas du lac à la Tortue, étant donné que la Ville de Shawinigan voulait expulser l'entreprise parce qu'elle ne respectait pas son zonage.

M. Picard établit un rapprochement entre ce recours collectif et celui impliquant Ciment Saint-Laurent, alors que cette entreprise a été condamnée en novembre 2008 à verser 15 millions $ aux citoyens de son quartier. Ces derniers se plaignaient des odeurs et de la poussière provoquées par l'exploitation d'une entreprise tout à fait légale.

Affaires difficiles

En plus de l'épée de Damoclès que représentait le recours collectif, M. Picard fait remarquer que les belles années des vols touristiques sont visiblement terminées.

«Je vis au lac à la Tortue et je n'ai jamais vu un début de saison aussi tranquille», fait-il remarquer. «Notre plus gros fournisseur, c'était Vacances Air Transat et disons qu'à partir du moment où un juge accorde un recours collectif, ça ne fait pas une bonne presse parce qu'on laisse entendre qu'il y a un problème.»

«En plus, il y a la récession en Europe», ajoute M. Picard. «Le taux de chômage n'a jamais été aussi élevé. L'argent est rare pour tout le monde! Pendant nos belles années, le téléphone ne dérougissait pas. Ce n'est plus le cas.»

Avec le recul, M. Picard croit même qu'il aurait dû mettre fin à l'aventure des vols d'hydravions touristiques dès 2009, lorsque Transports Canada a imposé ses restrictions. À partir de ce moment, cette activité devenait interdite les fins de semaine et jours fériés de juin, juillet et août, en plus de n'être permise en tout temps qu'entre 9 h et midi et entre 14 h et 17 h. Des limitations qui cadrent bien mal avec la flexibilité qu'exige l'industrie touristique.

«Nous aurions dû lâcher à ce moment», réfléchit-il. «On ne peut pas sacrifier 30 jours d'exploitation dans une saison qui dure cinq mois! Ça n'a aucun sens. C'est déjà dur

d'être saisonnier, alors imaginez quand on se fait amputer des journées.»

Sans certificat d'exploitation et sans appareil, Aviation Mauricie tourne donc la page sur une période pour le moins inoubliable au lac à la Tortue. M. Picard mentionne qu'il avait réalisé son premier vol touristique en 1996 et jusqu'en 2005, les affaires allaient rondement. Cette PME a embauché jusqu'à 17 personnes, mais elle n'en comptait plus que cinq l'an dernier.

Une guerre commerciale avec Bel Air Laurentien aviation a amorcé la décroissance, étant donné que les deux PME se disputaient les mêmes touristes de chaque côté du lac.

M. Picard demeurera tout de même pilote pour une autre entreprise dans le nord du Québec. Quant à Mme Lacombe, elle retournera aux études à l'automne au Collège Shawinigan, en soins infirmiers.

«La vie n'est pas finie», conclut M. Picard. «Anabelle va soigner les gens plutôt que de les rendre malades par le bruit des hydravions!»

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