Voiture électrique ou voiture à hydrogène?

Le directeur de l'Institut de recherche sur l'hydrogène... (Brigitte Trahan, Le Nouvelliste)

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Le directeur de l'Institut de recherche sur l'hydrogène de l'UQTR, Richard Chahine, explorant les voitures à l'hydrogène de Toyota au cours de l'événement.

Brigitte Trahan, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Montréal) Bien des gens rêvent d'une voiture électrique non polluante. Toutefois, les performances de ces dernières diminuent de beaucoup quand il s'agit de transporter des charges ou quand il faut affronter les hivers québécois. L'hydrogène pourrait-il être la solution à ce problème et remplacer avantageusement le pétrole?

Le directeur de l'Institut de recherche sur l'hydrogène de l'Université du Québec à Trois-Rivières croit que oui, mais sa réponse est loin d'être tranchée au couteau. «Quand on compare la voiture électrique à batterie et la voiture électrique à l'hydrogène, la batterie est plus efficace», explique-t-il. «Ça veut dire que la consommation par kilomètre parcouru est inférieure», dit-il. «L'efficacité de la batterie est de 80 %.»

Toutefois, si l'on branche un véhicule à hydrogène et qu'au lieu de remplir la batterie, on fait de l'hydrogène par électrolyse à partir de l'eau puis que l'on comprime cet hydrogène pour le stocker et le consommer dans l'auto, il y a des pertes de 50% d'énergie», explique-t-il. «Malgré cette perte-là, on est encore plus efficace qu'avec un moteur à essence», assure-t-il.

«C'est la voiture électrique qu'on prêche», explique le chercheur, mais il y a des circonstances où elle ne suffit pas à la tâche, fait-il valoir.

Se rendre de Trois-Rivières à Québec avec les trois enfants tout en climatisant l'habitacle est un défi qu'on relèvera très bien avec une voiture à l'hydrogène, mais pas avec une voiture électrique.

«On veut faire marcher plus qu'une Nissan Leaf ou une Smart. Ce sont des autos superbes, mais pour la ville, pour faire des courses», estime le professeur Chahine. Or l'hydrogène peut amener les conducteurs beaucoup plus loin, dans tous les sens du terme.

La question a été débattue par un groupe d'experts, jeudi, à Montréal, à l'occasion d'une activité initiée par l'Université du Québec à Trois-Rivières et par Toyota qui avait, pour l'occasion, apporté son modèle Mirai au Marché Bonsecours, où se déroulait l'événement.

Une centaine de personnes ont assisté à ce dîner-conférence, dont le ministre de l'Énergie et des ressources naturelles du Québec, Pierre Arcand, qui en était le conférencier principal.

Pierre Gauthier, directeur des projets spéciaux, de la recherche et du développement chez Air Liquide, une entreprise qui possède une usine à Bécancour depuis 1986 où se produisent 27 tonnes d'hydrogène par jour, estime que le Québec est très bien positionné pour fabriquer de l'hydrogène.

En cette période de débat intense à savoir si l'on devrait transporter les produits pétroliers de l'Ouest canadien par train, avec tous les risques que cela comporte, ou par la voie maritime, M. Gauthier rappelle que l'hydrogène n'a pas besoin d'être nécessairement transporté. Il peut être produit sur place à partir de l'eau, à partir des déchets ou même du traitement des eaux usées dans un village. «Vous pouvez fabriquer votre hydrogène localement. Vous n'avez pas besoin de le transporter», dit-il. «Vous n'avez pas besoin d'envoyer des jeunes se faire tuer non plus pour sauver du pétrole», fait-il valoir.

L'hydrogène est en développement, au Québec, depuis 30 ans. Pourtant, son utilisation ne fait pas encore beaucoup d'adeptes même s'il est une réponse extraordinaire à bien des problèmes environnementaux. Pierre Gauthier estime qu'il faudra «une génération inquiète» pour arriver à lui faire prendre son envol. Cette génération semble être déjà au monde, croit-il. «Quand une génération est inquiète, les choses arrivent», dit-il.

Le ministre Arcand a parlé de sa politique énergétique de 15 ans annoncée récemment par son gouvernement. Parmi les orientations prises, dit-il, il y a la création d'un organisme de gouvernance intégrée appelé Transition énergétique Québec «qui aura une vue d'ensemble sur tous les fronts de la transition énergétique et qui va nous permettre d'harmoniser les efforts et d'évaluer les progrès», dit-il. L'organisme pourra, d'ici 15 ans, attribuer un minimum de 4 milliards $ à l'efficacité énergétique.

«On attend du gouvernement du Québec un programme énergétique structurant. Ça permettra de développer beaucoup d'entreprises au Québec et l'on peut créer une certaine infrastructure industrielle. L'essentiel, c'est que le ministère crée et supporte la vision. L'aide devrait venir à partir de projets que nous soumettrons», prévoit le professeur Chahine.

«Le gouvernement a développé des objectifs, mais là il faut voir quels moyens le gouvernement va mettre en place pour atteindre ces objectifs», dit-il.

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