Découverte sur le cancer à l'UQTR

De gauche à droite : le professeur Éric... (François Gervais)

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De gauche à droite : le professeur Éric Asselin, directeur du Groupe de recherche en signalisation cellulaire à l'Université du Québec à Trois-Rivières, Pascal Adam, candidat à la maîtrise, François Fabi, doctorant, Sophie Parent, auxiliaire de recherche et Kevin Brasseur, doctorant.

François Gervais

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «On parle du cancer, mais il n'y a pas un cancer. Chaque cancer est différent», explique le professeur Éric Asselin, directeur du Groupe de recherche en signalisation cellulaire à l'Université du Québec à Trois-Rivières. C'est une des raisons, explique-t-il, pourquoi il est si difficile de le traiter.

Avec son équipe de doctorants et d'étudiants aspirants à la maîtrise du programme de biologie cellulaire et moléculaire, le professeur Asselin vient toutefois de faire une percée très prometteuse qui pourrait représenter l'avenir en matière de traitement du cancer.

La découverte est d'une telle importance qu'elle vient d'être publiée dans la prestigieuse revue Oncotarget qui est dirigée par un conseil éditorial comprenant 18 membres de l'Académie nationale des sciences et plusieurs récipiendaire d'un prix Nobel et Lasker.

Pourtant, l'équipe dirigée par le professeur Asselin n'a découvert aucun nouveau médicament, mais plutôt l'effet spectaculaire produit par la combinaison de certaines approches thérapeutiques en oncologie.

Selon cette découverte, c'est en conjuguant certains traitements que les résultats semblent les plus prometteurs. Le professeur Asselin en est tellement certain qu'il estime maintenant que pour de nombreux patients atteints de cancer, l'avenir est aux approches combinées.

Pour comprendre cette découverte et son importance, il faut se rappeler que dans le cancer, les réactions chimiques normales qui permettent l'apoptose, c'est-à-dire la mort programmée des cellules, sont déréglées. La cellule reçoit au contraire un signal de se multiplier. Se forme alors une tumeur cancéreuse.

Normalement, c'est la PAR-4 (prostate apoptosis response-4) qui intervient et induit la mort des cellules. Mais dans beaucoup de cancers, ce mécanisme est défectueux.

Dans bien des cancers, les chercheurs constatent que la PAR-4 n'agit plus. Pire encore, cette protéine disparaît des radars.

Les chercheurs de l'UQTR ont introduit la PAR-4 dans les cellules cancéreuses à titre de protéine thérapeutique, certains que sa simple présence allait donner aux cellules le signal de mourir, ce qui aurait mis fin à leur prolifération anarchique, donc à la tumeur.

À leur grande surprise, la PAR-4 disparaissait au lieu de remplir sa mission. «On savait que la protéine était pourtant introduite dans la cellule. Mais elle n'était pas là», a constaté le professeur Asselin.

L'équipe de l'UQTR a fini par comprendre que la PAR-4 avait été dégradée par le protéasome, un complexe enzymatique que le professeur Asselin compare à une véritable usine de recyclage microscopique qui transforme les protéines obsolètes en plus petites composantes en vue d'être réutilisées.

Il fallait donc trouver la cause de ce phénomène et trouver le moyen d'empêcher que la PAR-4 disparaisse afin qu'elle puisse jouer son rôle de suppression des tumeurs.

L'équipe du professeur Asselin a compris que le protéasome est contrôlé par une voie de signalisation appelée AKT, c'est-à-dire une route par laquelle des messages chimiques parviennent jusqu'au noyau de la cellule.

À la guerre comme à la guerre. Qui contrôle les communications gagne pas mal de batailles. «On s'est donc dit: Bloquons cette voie de signalisation et on va voir si l'on est capable de rétablir tout ça», raconte le chercheur.

Leur intuition a été récompensée. Selon les résultats obtenus en laboratoire, le seul fait de couper cette voie de signalisation a permis à la PAR-4 de se réactiver et de faire son travail.

Les travaux de l'UQTR sont extrêmement prometteurs et l'équipe prévoit faire des essais sur des souris de laboratoire dès cet été ou cet automne.

Une approche combinée comme celle qui fut mise en évidence à l'UQTR, croit le professeur Asselin, pourrait accroître grandement l'efficacité des traitements et permettre d'éviter le développement de la chimiorésistance qui survient souvent chez les patients.

Malgré cette découverte, les chercheurs ont constaté que chez certains patients, la voie de signalisation AKT était hyperactive alors que chez d'autres, elle ne l'est pas. La découverte ne répond donc pas à toutes les attentes en matière de traitement du cancer. C'est pourquoi le professeur Asselin estime qu'il serait intéressant pour le système de santé d'investir dans la nouvelle médecine dite personnalisée qui pourrait déterminer si un patient réagira bien à un tel traitement combiné avant même de le subir. Bien des souffrances et beaucoup d'argent pourraient alors être épargnés, estime-t-il.

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