Une étudiante de l'UQTR perce un mystère du corps

À l'avant, Cécilia Tremblay, doctorante à l'UQTR et... (Stéphane Lessard)

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À l'avant, Cécilia Tremblay, doctorante à l'UQTR et de gauche à droite: Gilles Bronchti, directeur du département d'anatomie de l'UQTR, Detlev Grabs, professeur au même département, Hugues Leblond, directeur du programme de cycles supérieurs en sciences biomédicales et le Dr Daniel Bourgouin, chirurgien vasculaire au CIUSS MCQ.

Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Une des incisions sans doute les plus souvent pratiquées par les chirurgiens vasculaires est faite dans l'aine du patient et permet au médecin d'avoir ainsi accès à l'artère fémorale afin de réaliser diverses interventions comme la réparation ou le nettoyage de vaisseaux, l'installation de tuteurs coronariens ou l'envoi de sang dans la jambe afin de revasculariser le membre. Dans plusieurs cas, cette incision donne malheureusement lieu à des problèmes pour le patient.

«On a parfois des complications localement parce que cette incision-là a de la difficulté à guérir», explique le Dr Daniel Bourgouin, chirurgien vasculaire au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec et leader pédagogique à l'Université de Montréal.

Ce phénomène, qui peut aller jusqu'à des nécroses localisées, est connu depuis longtemps, dit-il. Beaucoup se sont demandés pourquoi cette région du corps réagissait aussi mal. «Une des hypothèses pour expliquer ce phénomène, c'est que la circulation de la peau, dans cette région-là, est probablement perturbée par l'incision qu'on fait», dit-il. «Mais pour toutes sortes de raisons, personne ne s'était intéressé à ce problème-là», indique le Dr Bourgouin.

Ça, c'est jusqu'à ce qu'il en discute avec le directeur du département d'anatomie de l'Université du Québec à Trois-Rivières, le professeur Gilles Bronchti et qu'une jeune étudiante en biologie médicale, Cécilia Tremblay, décide de faire de ce mystère chirurgical l'enjeu de son mémoire de maîtrise.

Les collaborations de ce genre entre les médecins qui oeuvrent sur le terrain et les chercheurs universitaires se font de plus en plus fréquentes au Québec. Dans ce cas-ci, elle a été profitable pour les deux parties. Mme Tremblay a eu en effet l'occasion d'assister à plusieurs chirurgies vasculaires en compagnie du Dr Bourgouin afin d'approfondir son étude du phénomène. Le Dr Bourgouin, lui, a fait un pas de plus dans ses vastes connaissances de l'anatomie vasculaire grâce à la découverte de Mme Tremblay.

«Cette collaboration avec l'hôpital est très intéressante pour nous», indique le professeur Bronchti, «parce qu'en anatomie, on pense tout savoir sur le corps, mais on n'avait pas de réponse à la question amenée par Daniel Bourgouin.»

Cécilia Tremblay, elle, a trouvé une réponse si prometteuse qu'elle a récemment été publiée dans une prestigieuse revue scientifique internationale, le Journal of Vascular Surgery. Et c'est en utilisant les cadavres Thiel du Laboratoire d'anatomie de l'UQTR que Mme Tremblay a pu déchiffrer une partie de l'énigme.

Les cadavres Thiel sont des corps humains embaumés selon un procédé qui permet de préserver la souplesse et la texture des tissus et de conserver la mobilité des articulations, ce qui leur donne des similarités avec un corps vivant.

«Au départ, on voulait identifier la vascularisation cutanée, donc les petites branches des artères qu'on ne voit pas généralement quand on fait une angiographie», dit-elle. «On voulait aller voir s'il y avait des problèmes de lésions de ces artères-là.»

Encadrée par le professeur Detlev Grabs du département d'anatomie, Cécilia Tremblay a développé un produit à base de latex rouge radio-opaque. En l'injectant dans la région inguinale du cadavre Thiel, il est ainsi devenu possible d'observer par radiographie tout le réseau artériel de cette zone du corps.

Mme Tremblay a ensuite réalisé une dissection plan par plan de cette région, et ce, sur plusieurs cadavres.

C'est là qu'elle a découvert des branches sortant de l'artère fémorale principale qui risquent d'être sectionnées lors de l'intervention chirurgicale. Pour mieux comprendre, on pourrait dire que l'artère fémorale ressemble au tronc d'un arbre d'où émergent des grosses branches principales qui se subdivisent en branches de plus en plus petites, exactement comme un arbre feuillu. Si l'une de ces grosses «branches», est sectionnée, l'irrigation sanguine est stoppée, d'où les risques d'infection et la nécrose des tissus.

Mme Tremblay a constaté que certaines de ces artères sont plus en surface que d'autres, donc plus à risque d'être sectionnées lors de l'intervention sur l'artère principale. «Le fait que la vascularisation soit perturbée est peut-être l'une des explications», reconnaît le Dr Bourgouin.

Cécilia Tremblay a découvert qu'il faudrait déplacer légèrement l'incision chirurgicale vers le bas, juste sous le ligament inguinal, pour éviter les problèmes, soit deux centimètres plus bas que l'endroit habituellement choisi par les chirurgiens.

«Je fais attention maintenant que j'ai vu les travaux de Cécilia», indique le Dr Bourgouin. Malheureusement, il n'est toutefois pas toujours possible, pour diverses raisons médicales, de faire l'incision à l'endroit en question, précise-t-il.

Aujourd'hui doctorante en sciences biomédicales, Mme Tremblay a présenté sa découverte dans un congrès de l'Association des chirurgiens vasculaires du Québec. «Les chirurgiens ont été très accueillants face à cette proposition-là», dit-elle. La jeune chercheuse a d'ailleurs remporté, à cette occasion, le deuxième prix de présentation. Elle est aussi la première étudiante à être diplômée du programme de cycles supérieurs en sciences biomédicales de l'Université de Montréal donné en extension à l'UQTR.

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