Débat sur la laïcité à l'UQTR

Haroun Bouazzi, Stéphane Courtois, Daniel Baril et Djemila... (François Gervais)

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Haroun Bouazzi, Stéphane Courtois, Daniel Baril et Djemila Benhabib étaient les invités jeudi du débat portant sur «Le port de signes religieux chez les employés de l'État est-il compatible avec le principe de laïcité?» organisé par l'Association générale des étudiants de l'UQTR.

François Gervais

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(Trois-Rivières) Le port de signes religieux chez les employés de l'État est-il compatible avec le principe de laïcité? Cette question complexe a été abordée jeudi soir lors d'un débat organisé par l'Association générale des étudiants (AGE) de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Quatre panélistes de différents horizons étaient invités à se prononcer sur ce sujet encore et toujours d'actualité.

Le professeur au département de philosophie à l'UQTR, Stéphane Courtois, avoue d'emblée que certains symboles religieux, comme la burqa, sont en effet des moyens «d'emprisonner la femme dans une cage». Cela ne signifie pas pour autant que l'État doit légiférer sur le port de l'ensemble des signes religieux dans la fonctions publiques.

«Tout cela, c'est l'affaire des religions et l'État n'a pas à légiférer», affirme Stéphane Courtois qui estime malgré tout que cela ne signifie pas que l'État n'a pas à établir des balises, évoquant notamment des impératifs de sécurité. «Ce n'est pas pour des raisons idéologiques que nous devons bannir le niqab, mais pour des raisons pratiques.»

M. Courtois ne croit toutefois pas que l'instrumentalisation des signes religieux par certains États patriarcaux et oppressants doit guider les politiques du Québec.

Daniel Baril est l'ancien président du Mouvement laïque québécois et représente l'Association des humanistes du Québec. Le militant en faveur de la laïcité soutient de son côté que l'État doit plutôt légiférer en matière de symboles religieux.

«Si chacun se met à afficher ses convictions religieuses, le caractère laïque de la société disparaît», croit-il. «L'employeur est légitime d'exiger un code vestimentaire. Et aucune religion impose le port d'un signe religieux. [...] On ne peut pas travailler dans la fonction publique avec un macaron d'un parti politique...»

Par ailleurs, Daniel Baril soutient qu'une enseignante ne doit pas afficher sa religion - en donnant l'exemple du foulard musulman -, car elle est en contact quotidiennement avec les enfants de la société québécoise. Il ajoute que l'État doit dicter les règles et que les religions doivent s'y soumettre.

L'auteure militante contre le fondamentalisme musulman et souverainiste québécoise, Djemila Benhabib, est d'avis qu'une «distanciation par rapport à la religion est un signe de la modernité».

«Ce qu'on y gagne, c'est une fonction publique apaisée, loin des conflits politiques, idéologiques et religieux. En réalité, la conception qu'on se fait du religieux, de l'Homme et de la fonction publique depuis une cinquantaine d'années au Québec s'inscrivait dans l'évolution de la religion catholique. [...] Or, depuis un certain nombre d'années, on voit des revendications de religions de la minorité.»

Elle affirme de plus que certaines religions «totalisantes» ne font pas la distinction entre le religieux et l'État. «Ce n'est pas tout le monde qui peut représenter l'État. [...] Peut-être que les gens qui n'ont pas de distanciation avec leur religion ne sont pas fait pour incarner l'État», croit Mme Benhabib en ajoutant que les pays qui connaissent des conflits sont ceux où la séparation de la religion et de l'État n'est pas une réalité.

«La religion musulmane [...] a un retard par rapport à la modernité. [..] La laïcité n'est pas un régime contre les religions, c'est tout simplement se doter d'un espace commun pour vivre ensemble.»

Haroun Bouazzi, le coprésident de l'Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec et militant pour les droits de la personne, est favorable à la liberté de conscience, à la neutralité de l'État et à la séparation des institutions religieuses et de l'État.

«La liberté de conscience est un joyau ici [au Québec]. Plusieurs pays n'ont pas cette chance. C'est un point qui nous rend très fiers», estime M. Bouazzi en ajoutant qu'il y a des limites à la liberté de conscience.

«L'État doit défendre les citoyens dans leur liberté de conscience. Si une femme décide d'enlever son foulard, l'État doit la défendre. Et si une femme décide de mettre un foulard et que des personnes ou une institution décide de lui retirer, l'État doit la protéger.»

Le coprésident de l'Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec ajoute que si l'État interdit le port de signes religieux dans la fonction publique, on pénalise par définition certains citoyens. La neutralité de l'État est donc par conséquent, dit-il, inexistante.

«Il ne faut pas utiliser la laïcité comme un dogme», conclue-t-il.

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