La moitié des gens seraient-ils des déviants sexuels?

Un fantasme sexuel est-il une déviance?... (Archives, La Presse)

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Un fantasme sexuel est-il une déviance?

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'Association américaine de psychiatrie vient de publier une nouvelle édition de son Manuel diagnostic des troubles mentaux (le DSM-5), un ouvrage considéré comme la bible de la psychiatrie dans bien des endroits dans le monde.

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Christian Joyal

Site web de l'UQTR

On s'y réfère dans la plupart des cours de justice en Amérique pour évaluer, par exemple, si une personne est apte à obtenir la garde de ses enfants.

Cette dernière version a fait sursauter Christian Joyal, un docteur en neurospychologie, professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières et chercheur à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal.

C'est que la nouvelle version du DSM, qui fait l'énumération des troubles mentaux, définit désormais la normalité en matière de sexualité, explique le chercheur.

Or, il semble que le simple fantasme sexuel soit maintenant rangé au chapitre des déviances, selon la nouvelle version du Manuel.

Le professeur Joyal est d'accord pour dire qu'il faut définir ce qui est déviant en matière de sexualité, comme l'implication d'une personne non consentante, d'enfants, le viol ou la bestialité, par exemple. «Ce sont des choses déviantes et criminelles», rappelle-t-il.

«Mais il y a des choses, comme le fétichisme, qui se passe dans la chambre à coucher et qui sont définies par le DSM comme anormales», s'inquiète-t-il. Le DSM-5 parle désormais de normophilie et définit ce qui est normal.

Selon le professeur Joyal, la distinction doit plutôt être faite entre un fantasme et un comportement. Sans cette distinction, plus de la moitié de la population, soit 57 %, répond à des critères de déviance sexuelle selon le nouveau DSM-5.

 Selon ce manuel, en effet, un fantasme sexuel est considéré comme anormal s'il n'est pas une «stimulation génitale ou des préliminaires avec un partenaire humain phénotypiquement normal, sexuellement mature et consentant.»

«Dans le DSM, ils prennent pour acquis qu'un fantasme est un intérêt. Mais il y a bien des femmes qui ont des fantasmes et qui ne voudraient jamais les réaliser», plaide-t-il.

Le professeur Joyal est conscient qu'il s'attaque à gros en critiquant la bible de la psychiatrie en Amérique, mais il tient à sonner l'alarme. «On est allé trop loin dans la définition de la normalité de la sexualité», estime-t-il.

Le professeur Joyal vient de publier une étude dans le périodique spécialisé Sexual Medicine dans lequel il a demandé à 1500 personnes de coter l'intensité de leurs fantasmes.

Environ 200 personnes sur les 1500 présentaient des fantasmes qui ne figurent pas parmi les fantasmes dits normaux et qui sont très intenses et ces gens «ne sont pourtant pas pour autant cinglés», dit-il, et ne présentent pas de déviances.

«Le DSM est vraiment dans le champ.»

Le chercheur a l'intention de pousser son étude plus loin. Il entend aller rencontrer des gens qui présentent de réelles déviances sexuelles «et je vais leur demander quels sont leurs fantasmes et on va voir c'est quoi la différence», dit-il.

C'est la première fois que les critères diagnostics du DSM sont remis en question. «Mais je ne fais pas de diffamation et je ne conte pas de menteries. On l'a testé, nous autres, à Trois-Rivières, et c'est ça que ça donne.»

Le chercheur réussira-t-il à ébranler les colonnes du temple? L'avenir le dira. Entre-temps, son travail permettra peut-être d'éveiller des consciences et d'éviter, comme il le craint, un recul de plusieurs décennies en matière d'évaluation psychiatrique.

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