Martin Gélinas: «J'ai payé trop cher mes textos»

Martin Gélinas a consacré quelque 400 000 $... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Martin Gélinas a consacré quelque 400 000 $ pour contester son congédiement.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'entente confidentielle du 1er février 2013 entre l'Université du Québec à Trois-Rivières et son ancien vice-recteur aux ressources humaines, Martin Gélinas, n'a pas été portée à la connaissance du secrétaire général de l'UQTR.

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L'ancien secrétaire général de l'UQTR, Me André Gabias, a été assigné par huissier à témoigner par Me René Duval.

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Normalement, elle aurait dû être déposée au secrétariat général afin d'être rendue disponible aux membres du conseil d'administration, c'est-à-dire à l'instance qui a le pouvoir d'embaucher et de congédier au besoin les cadres supérieurs.

Tel est le témoignage rendu lundi par l'ancien secrétaire général de l'UQTR, Me André Gabias.

Le CA, plutôt que de s'en référer à son secrétaire général qui a notamment pour mandat de conseiller l'Université en matière de procédures, a plutôt choisi de demander une opinion à une avocate externe à l'organisation pour décider s'il pouvait ou non embaucher un vice-recteur intérimaire pour remplacer M. Gélinas.

Une résolution du conseil d'administration datée du 28 octobre 2013 indique que les «membres du conseil désirent s'assurer que la résolution qu'ils s'apprêtent à adopter les mettra à l'abri d'éventuels recours».

En fait, c'est que le secrétaire général ne pouvait pas leur donner le feu vert pour l'embauche d'un vice-recteur intérimaire tant et aussi longtemps que Martin Gélinas occupait le poste, même si ce dernier ne pouvait assumer sa fonction temporairement à ce moment-là pour des raisons de santé.

Selon Me Gabias, en pareilles circonstances, il faut plutôt nommer un vice-recteur suppléant et non un intérimaire. Me Gabias a expliqué qu'il ne pouvait pas dire au conseil d'administration que le poste de vice-recteur était à combler puisque M. Gélinas devait aussi passer par un processus normal d'évaluation des vice-recteurs et que ce processus avait été suspendu.

Ce qu'il y a de troublant, dans cette résolution du 28 octobre, c'est qu'on peut y lire que la candidature de M. Gélinas pour un congé de ressourcement, est acceptée par le CA, et ce, pour deux ans, comme le prévoit le programme de mobilité des cadres supérieurs, «aux termes duquel l'UQTR offrira à monsieur Gélinas un poste de cadre à être déterminé par l'UQTR en tenant compte de ses compétences. Les coûts reliés à ce congé seront défrayés par le programme (...)», indique la résolution.

Plus troublant encore, cette résolution ne fait absolument pas référence aux fameux textos que M. Gélinas avait envoyés à plusieurs membres du personnel et cadres de l'UQTR, entre le

1er février et le 9 avril 2013, lorsqu'il était sous l'emprise d'une dépression majeure.

Pourtant, dans le courriel qu'il recevra le 9 février 2015 lui annonçant sa mise à pied, les textos en question figurent parmi les causes invoquées pour le congédiement.

M. Gélinas n'a finalement eu droit à aucune indemnité de départ ni même aux deux ans de ressourcement pourtant accordés par résolution par le conseil d'administration.

Dénonciations

Lundi, alors qu'il terminait son témoignage, M. Gélinas a indiqué qu'il avait subi un bien triste sort face à son emploi à l'UQTR parce qu'il avait dénoncé certaines situations au Vérificateur général du Québec. Or, on se rappellera le rapport accablant qu'a produit le VGQ, au printemps dernier, en lien avec l'administration de l'Université. M. Gélinas a indiqué qu'il avait aussi collaboré avec un enquêteur de l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

L'UQTR l'accuse d'avoir ainsi nui à la réputation de l'ancienne rectrice, Nadia Ghazzali qui, comme on le sait, a été congédiée par le gouvernement après le rapport du VGQ. Il est aussi accusé d'avoir manqué à ses obligations légales de loyauté et de confidentialité envers l'UQTR, notamment parce qu'il a parlé aux médias de sa situation.

M. Gélinas n'a pas hésité à faire un parallèle entre la façon dont il est traité par l'UQTR et le fait que les trois responsables du scandale de l'Îlot voyageur, à l'Université du Québec à Montréal, ont tous reçu une indemnité de départ après avoir laissé leurs fonctions.

«J'ai payé trop cher mes textos», a plaidé M. Gélinas. «J'étais en dépression. J'ai fait une erreur», a-t-il reconnu. Selon lui, ces textos ne contenaient pas de menaces, mais des appels à l'aide. Il a été suspendu pendant 7 mois avant d'être congédié.

Pas de contre-interrogatoire

Après trois jours de témoignage principal, Martin Gélinas n'a pas été contre-interrogé, lundi, par le procureur de l'UQTR, ni par celui de l'ancien vice-recteur Charland, ni par celui de Guylaine Beaudoin.

La juge de la Commission des relations du travail, Lyne Thériault, devra décider prochainement si Mme Beaudoin sera appelée à la barre elle aussi.

Le procureur de Martin Gélinas, Me René Duval, veut en effet mettre en preuve une entente monétaire intervenue entre l'UQTR et Mme Beaudoin car cette entente expliquerait en partie la plainte logée par Mme Beaudoin devant la Commission des normes du travail (CNT) en lien avec le dossier du congédiement de M. Gélinas.

Cette cause présentée devant la CRT est loin d'être terminée puisque l'UQTR veut elle aussi faire entendre des témoins. M. Gélinas a indiqué, hier, que cette affaire lui a coûté, jusqu'à présent, quelque 400 000 $ et qu'il reçoit de l'appui de ses proches, notamment de son ex-conjointe, pour continuer à se défendre. «Je suis passé d'un salaire de 165 000 $ par année à 0 $», dit-il.

Selon lui, l'UQTR a entretenu la saga. Ce fut le cas notamment le 24 février 2015. Alors que Nadia Ghazzali s'adressait à la communauté universitaire, le vice-recteur aux ressources humaines, Olivier Malo, a pris la parole et parlé du dossier de Martin Gélinas devant tout le monde.

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