Des toiles animées par des fantômes asiatiques

Le professeur Régis Olry devant une des oeuvres... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

Agrandir

Le professeur Régis Olry devant une des oeuvres de sa conjointe, Geneviève Dupont.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le professeur d'anatomie et médecin Régis Olry, de l'Université du Québec à Trois-Rivières, s'est fait connaître au Québec non seulement par la série d'émissions d'éducation Science et Fiction qu'il a animée à la télé communautaire, mais aussi par le cours qu'il donne depuis quelques années à l'UQTR appelé La science face aux phénomènes paranormaux.

À la fois curieux, mais aussi fort critique à l'endroit des phénomènes dits paranormaux, Régis Olry s'intéresse maintenant aux légendes urbaines et au folklore asiatique, en particulier aux fantômes.

Ce n'est pas qu'il croit aux fantômes. Il vous dira d'ailleurs bien catégoriquement qu'il se véhicule pas mal de «conneries» à ce sujet. Toutefois, reconnaissant l'importance majeure des morts et des fantômes dans la culture asiatique, le professeur Olry concède que ces gens ne peuvent «être autant impliqués dans ce genre de croyances sans qu'il y ait au moins, quelque part, un fond de possibilités».

Pour lui, l'idée n'est surtout pas d'essayer de prouver la véracité du phénomène.

Régis Olry est plutôt fasciné par la place qu'occupent les fantômes dans la culture de certains pays asiatiques, en particulier au Japon où ce sujet captive, étrangement, énormément d'adolescents.

Il existe en effet un rituel populaire qui s'appelle «On joue à cache-cache tout seul» (Hitori Kakurenbo).

«Il faut ouvrir une poupée, enlever la mousse qu'il y a dedans et mettre du riz à l'intérieur. Il faut recoudre avec du fil rouge. Après, on remplit un lavabo. On y met l'objet et on le pique avec un ciseau en prononçant une phrase, qui varie selon les régions et quand il est 3 heures du matin, on éteint tout dans la maison, sauf les téléviseurs et on se met dans un placard avec un verre d'eau salée parce que si le fantôme arrive pour de bon, le seul moyen de s'en sortir, ce sera d'utiliser un verre d'eau salée», résume-t-il.

Le professeur Olry indique qu'il existe même des sites Web «par lesquels on se fait venir un fantôme», un jeu dont les jeunes sont friands. «Ils aiment se faire peur, surtout les adolescentes», indique sa conjointe.

Geneviève Dupont a d'ailleurs dépeint adroitement, dans une de ses spectaculaires toiles, ce rituel du Hitori Kakurenbo. Même le fil rouge fait partie de l'oeuvre.

Le sujet des fantômes alimente très souvent les conversations entre Régis Olry et Geneviève Dupont qui partagent une fascination pour le sujet en tant que phénomène culturel.

Le couple annonce qu'il est d'ailleurs en pleine préparation d'une exposition d'une trentaine de toiles, prévue d'ici un an, pour faire connaître ce sujet fort étrange aux gens de la Mauricie. Geneviève Dupont réalise les peintures à l'huile et Régis Olry en rédigera l'interprétation. Il s'agira d'un mélange de légendes urbaines et d'histoires anciennes, toutes en lien avec les fantômes asiatiques.

Le couple souhaiterait profiter de la fête des morts et des ancêtres, célébrée dans l'Asie du Sud-Est en été, pour présenter son exposition en 2016. Au Japon, cette fête s'appelle O-bon et on la célèbre en juillet.

Dans la maison des Olry-Dupont, où s'empilent des tonnes de livres modernes et anciens et des toiles fabuleusement bien réussies, on ne regarde à peu près jamais la télé. Le couple préfère de loin se plonger dans l'ambiance du cinéma d'art et d'essais importé d'Asie. Depuis quelque temps, ce sont des films japonais qui occupent leurs loisirs, dont certains dans leur langue d'origine et dont le thème est la mort et les fantômes. Le couple lit aussi tout ce qu'il trouve sur le sujet et s'abreuve d'estampes du XVIIIe siècle pour mieux saisir la relation entre certains pays d'Asie et la mort.

Geneviève Dupont est une toute nouvelle artiste-peintre fort talentueuse, mais inconnue du public. Elle ignorait d'ailleurs son talent absolument remarquable jusqu'à ce que son conjoint, qui peint aussi, la pousse à faire des essais, en 2006. Ses toiles sont d'un réalisme saisissant au point où l'on se demande au premier coup d'oeil, pour certaines, s'il s'agit de photographies.

Les oeuvres de Mme Dupont ont aussi le don de refléter des émotions et des états d'esprit, par exemple ceux des Japonais suicidaires de la tristement célèbre forêt d'Aokigahara, au Japon, où des dizaines de personnes se rendent chaque année pour s'ôter la vie.

Derrière ce genre de phénomène, il y a tout un rituel, fait valoir le professeur Olry. Le morphotype du fantôme japonais est une femme vêtue d'un kimono blanc aux longs cheveux noirs.

En Asie, dit-il, les fantômes sont une évidence, «ça fait partie de leur culture», dit-il.

À Bangkok, les gens laissent même de la nourriture dans des gamelles, dans la rue, pour les fantômes, une tradition qui fera d'ailleurs l'objet d'une autre toile.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer