Congédié de l'UQTR, Alain Fournier a failli s'enlever la vie

Alain Fournier était directeur des équipements à l'UQTR.... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Alain Fournier était directeur des équipements à l'UQTR.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(TROIS-RIVIÈRES) L'ancien directeur des équipements de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Alain Fournier, a livré un témoignage extrêmement troublant mardi, devant la Commission des relations du travail, alors que se poursuivaient les audiences dans la cause qu'il intente contre l'Université pour congédiement abusif et harcèlement psychologique.

Selon son témoignage, le 29 octobre 2013, M. Fournier a été convoqué par la vice-rectrice à l'administration et aux finances, Johanne Giguère, rencontre à laquelle s'est ajouté le vice-recteur intérimaire aux ressources humaines, Gilles Charland. C'est alors que M. Charland lui dit: «Alain, on a décidé de couper ton lien d'emploi.»

M. Charland lui aurait alors lancé sur la table une quittance de transaction dans laquelle on lui accordait trois mois de salaire et qui l'obligeait, apparemment, à renier tous ses droits.

Fait pour le moins curieux, le contrat de M. Fournier avait été fraîchement renouvelé quelque temps auparavant, après qu'il ait reçu une évaluation écrite particulièrement élogieuse de la part du vice-recteur intérimaire Cléo Marchand pour la qualité de son travail.

Alain Fournier, en début de témoignage, a parlé à nouveau de ses rapports professionnels extrêmement tendus avec la vice-rectrice Giguère. Dans divers dossiers, en effet, elle lui aurait reproché des actions professionnelles qui ne répondaient pas aux attentes qu'on avait envers un directeur des équipements.

M. Fournier a donc passé une bonne partie de la journée, mardi, à expliquer dans les détails à la CRT qu'il avait agi, au contraire, selon toutes les normes et règles professionnelles en vigueur dans chacun des dossiers pour lesquels Mme Giguère lui aurait, directement ou par personne interposée, fait des reproches.

Toujours selon son témoignage, M. Fournier raconte que, voyant qu'il ne signait pas le document de cessation d'emploi, le vice-recteur Charland lui aurait alors dit: «Mon ostie, si tu ne signes pas ça, on va salir ta réputation et tu ne travailleras plus jamais comme ingénieur.»

L'ingénieur senior a d'ailleurs indiqué, mardi, qu'il a obtenu sept entrevues de finaliste pour obtenir un nouvel emploi ailleurs, depuis son congédiement, sans toutefois parvenir à en décrocher un seul. M. Fournier attribue cette situation au fait que les employeurs prennent des références sur lui à l'UQTR, une équation à laquelle la procureure de l'UQTR s'est toutefois vivement objectée.

M. Fournier raconte qu'il n'a donc pas signé son papier de congédiement. Après avoir quitté le bureau de Mme Giguère, il ne se sentait pas bien. Il s'est rendu dans une salle de bain où il a vomi. «J'avais chaud, j'étais étourdi. Je me suis retrouvé au sol, les lunettes par terre. J'avais mal à la tête. Ma chemise était toute sale. J'ai dû vomir dessus», a-t-il raconté en qualifiant cette façon de congédier quelqu'un de «sauvage».

D'ailleurs, il faut attendre à décembre 2013, soit environ deux mois plus tard, avant qu'une résolution du conseil d'administration soit prise pour confirmer son congédiement.

Après avoir pleuré seul dans son bureau, M. Fournier a réuni ses employés à 16 h 30 pour leur annoncer la nouvelle. Il a ensuite fait le tour d'autres employés de l'Université qui travaillaient dans son service pour leur dire adieu.

Toujours étourdi et se sentant «perdu», il a ensuite emprunté le pont Laviolette pour retourner chez lui. C'est à ce moment-là, au beau milieu du pont, que le pire s'est produit. «J'ai arrêté mon véhicule. Je voulais me jeter en bas du pont», a-t-il raconté au tribunal, la voix étouffée par les larmes.

C'est en voulant laisser un message d'adieu à son épouse au téléphone que cette dernière a pu le convaincre de ne pas passer à l'acte.

M. Fournier a attribué mardi, cet état d'extrême détresse à la façon dont M. Charland et Mme Giguère l'ont traité. Il a utilisé de nombreux qualificatifs pour décrire son état d'esprit, dont le fait qu'il s'est senti comme un «vieux tapis» ou comme «une vieille chaussette que l'on jette à la poubelle».

Alain Fournier, depuis le début de son témoignage, attribue son congédiement au fait qu'il n'était pas d'accord avec certaines manoeuvres faites par l'Université, en particulier par Mme Giguère. Son avocate souhaite d'ailleurs déposer le rapport de la vérificatrice générale du Québec au dossier puisqu'il vient confirmer plusieurs de ces éléments qui furent dénoncés par M. Fournier dans le cadre de ses fonctions à l'UQTR. La procureur de l'Université entend s'y opposer avec fermeté.

Mardi, M. Fournier a affirmé notamment avoir participé à une rencontre à laquelle Nadia Ghazzali, alors rectrice, ainsi que ses vice-recteurs étaient présents, de même que des personnes du milieu de la construction reliés au projet du campus de Drummondville. Selon M. Fournier, la fille d'un de ces entrepreneurs, qu'il a nommée, était là pour s'assurer que son père décroche des contrats puisqu'il avait fait don de 1 million $ à la Fondation de l'UQTR, une situation que M. Fournier a déplorée.

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