Retracer les criminels dans leurs moindres détails

Caroline Mireault, bachelière en chimie criminalistique de l'UQTR,... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Caroline Mireault, bachelière en chimie criminalistique de l'UQTR, poursuivra ses études à la maîtrise afin de mieux faire parler des documents qui, pour le commun des mortels, sont muets.

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Avis aux truands et aux fraudeurs qui se considèrent assez intelligents pour déjouer la puissance de pénétration des enquêteurs, Caroline Mireault vient tout juste d'obtenir son diplôme de baccalauréat en criminalistique à l'Université du Québec à Trois-Rivières. La nouvelle diplômée, qui fait partie de la première cohorte de 19 étudiants de ce programme unique dans le réseau des universités québécoises, entend mettre à profit les connaissances acquises pour déjouer ceux qui se croient plus fins que maître renard.

Criminalistique, donc? Durant les trois dernières années, Caroline Mireault a jonglé tantôt avec la chimie, tantôt avec la médecine, la toxicologie, la microscopie, l'anthropologie, la sociologie, l'ingénierie, autant d'approches scientifiques pour faire parler des objets qui, pour le commun des mortels, sont muets comme une carpe. Le papier sur lequel est imprimé ce journal, par exemple, placé entre les mains d'un bandit qui s'en servirait pour commettre un acte illégal, est composé de différents éléments typiques, la qualité de ses fibres, la provenance de son encre, autant de «traces» qui permettraient à Mme Mireault de faire le lien entre Le Nouvelliste et l'auteur du crime.

«En fait, nous sommes des généralistes de la trace. Nous sommes formés pour comprendre tous les types de traces avec lesquelles on peut être porté à travailler dans les sciences judiciaires, par exemple sur une scène de crime. On parle autant de traces biologiques, que physiques ou chimiques. On apprend donc à comprendre les traces, d'où elles viennent, pourquoi elles se trouvent là, est-ce que c'est normal ou non de les trouver là», explique Mme Mireault.

Même si elle a préalablement étudié en cinéma, la réalité d'une scène de crime est généralement bien différente d'un film de Colombo. La belle trace de doigt imprimée sur un verre d'eau, qu'on relève avec un peu de poudre et un pinceau, qu'on génère dans une banque de données informatisée et qui nous conduit directement au criminel, cette trace parfaite, donc, est rare comme un merle blanc.

«Ce qu'on retrouve généralement, ce sont des trucs partiels, fragiles, une partie d'une trace digitale sur un verre, par exemple, une partie d'une trace de semelle sur un plancher, donc des trucs imparfaits. Malheureusement, les belles traces de semelles ensanglantées sont très rares», mentionne la jeune diplômée avec une pointe d'humour.

Plusieurs sphères professionnelles sont ouvertes aux étudiants diplômés en criminalistique, qu'on appelle, faute de mieux pour le moment, instigateurs en scènes de crime. Outil privilégié entre les mains des enquêteurs des différents corps policiers, les experts en criminalistique peuvent également travailler pour des agences frontalières, des services secrets, militaires et autres milieux plus ou moins atypiques où évoluent les James Bond de ce monde.

«C'est difficile de prédire l'avenir. Comme c'est un domaine complètement nouveau au Québec, il faut faire notre place. Pour être honnête, on ne sait pas encore exactement ce que l'on va faire plus tard. Mais les ponts sont à construire, c'est hyper motivant», avoue la future maître en criminalistique.

Avec son diplôme de baccalauréat en poche, Mme Mireault compte en effet poursuivre ses études à la maîtrise en septembre, toujours à l'UQTR, afin de peaufiner ses connaissances et, peut-être, ouvrir une boîte de services en criminalistique. Son champ d'étude: le profilage de faux documents d'identité.

Exemple concret: la chimiste criminaliste analysera un faux passeport produit par une organisation criminelle et, une fois l'analyse complétée, sera en mesure de définir d'où provient le papier, l'encre, quelles sont les caractéristiques propres à ce passeport qui s'apparentent à d'autres documents de même nature saisis préalablement. Des enquêtes, donc, qui débutent au niveau microscopique et qui se terminent au niveau macroscopique.

«Pour l'instant, ça ne se fait pas vraiment ici. J'aimerais donc bien développer ça ici. Ça me motive beaucoup de partir quelque chose qui n'existe pas», lance Mme Mireault, qui n'exclut pas non plus l'idée de poursuivre ses études jusqu'au doctorat.

Notons que les experts en identité judiciaire sont d'emblée chimistes et sont donc reconnus par l'Ordre des chimistes du Québec.

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