L'UQTR devant la CRT: «Je me suis senti en pleine commission Charbonneau»

Alain Fournier a poursuivi son témoignage devant la... (Photo: Olivier Croteau)

Agrandir

Alain Fournier a poursuivi son témoignage devant la Commission des relations du travail vendredi.

Photo: Olivier Croteau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Elle m'a déclaré la guerre.»

C'est en ces termes que l'ancien directeur des équipements de l'UQTR, Alain Fournier, s'est exprimé à l'égard de Johanne Giguère lorsqu'il a poursuivi son témoignage devant la Commission des relations du travail, vendredi.

M. Fournier rappelle qu'au départ, c'est la Ville de Drummondville qui devait embaucher l'architecte pour le projet de campus de l'UQTR à Drummondville. Selon lui, en août 2013, au cours d'une réunion, la vice-rectrice aux finances et à l'administration qui venait d'entrer en poste, Johanne Giguère, a toutefois annoncé que les professionnels au dossier seraient plutôt embauchés par l'UQTR.

«Elle m'a dit de retenir l'architecte Bilodeau et la firme d'ingénieurs EXP», a indiqué M. Fournier.

Jusque là, tout était bien puisque ces firmes avaient déjà subi le processus de qualification pour divers projets de construction à l'UQTR, un processus d'ailleurs assez exigeant et complexe selon ses explications. Ce choix, a-t-il expliqué, est même approuvé par le conseil d'administration.

Toutefois, là où le bât blesse, aux yeux de M. Fournier, c'est que la vice-rectrice Giguère lui aurait aussi imposé le choix de la firme Maninge Groupe-Conseil de Drummondville, une firme qui n'a pas été qualifiée par le conseil d'administration de l'UQTR.

Lorsqu'ils sont revenus ensemble de leur voyage à Drummondville, M. Fournier indique qu'il a prévenu la vice-rectrice que ce geste était en contradiction avec les règles de gouvernance et qu'il y avait déjà à l'UQTR un ingénieur de projet expérimenté qui pouvait faire le travail. M. Fournier dit avoir prévenu Mme Giguère que le fait de prendre Maninge au lieu de passer par les voies

normales coûterait au moins deux millions $ à l'UQTR. Mme Giguère aurait alors

répondu qu'elle avait déjà pris sa décision.

Au cours de ce voyage qui s'est fait à bord de la voiture de Mme Giguère, le climat est rapidement devenu glacial entre eux, raconte-t-il. Selon lui, la vice-rectrice aurait alors mis sa main sur ses genoux, puis monté sur sa cuisse, un geste qu'il aurait repoussé. Il s'agit «d'une tentative de séduction» qu'il n'a pas appréciée.

La vice-rectrice Giguère a tenu à démentir ces propos, vendredi, en marge des audiences de la CRT. Elle nie aussi toutes les allégations de corruption faites à son endroit par M. Fournier. Elle entend consulter à ses frais un procureur «pour connaître ses droits».

Selon elle, ces propos ne visent qu'à miner sa crédibilité et elle exigera des excuses publiques.

M. Fournier a poursuivi son témoignage, vendredi, en indiquant qu'après sa mise à pied, il a pu constater sur le site d'appels d'offres gouvernemental SEAO, que Maninge Groupe-Conseil avait bel et bien obtenu quatre contrats de gré à gré de l'UQTR. Selon lui, en 50 jours, Maninge aurait obtenu de cette façon pour 649 000 $ de contrats.

Alain Fournier a aussi raconté avoir pris part à un dîner, en 2013, au cours duquel assistaient aussi Mme Giguère, l'architecte Denis Baril et Cléo Marchand, alors vice-président de la Fondation de l'UQTR et cadre supérieur-conseil. Selon M. Fournier, Mme Giguère a demandé à M. Marchand de remettre à l'architecte la liste des donateurs à la Fondation pour le campus de Drummondville.

Mme Giguère aurait alors précisé que Soprema, le Groupe Soucy et Canimex avaient donné le plus d'argent. Puis elle aurait ordonné à l'architecte «d'organiser le devis pour que ces trois entreprises obtiennent des contrats.»

M. Fournier dit s'être senti «en pleine commission Charbonneau» et en situation de «collusion».

«Johanne Giguère a fait une équation entre les dons et les contrats. Où va s'arrêter cette magouille-là?», a-t-il dit vendredi.

M. Fournier a énuméré pendant plusieurs heures des situations où Mme Giguère aurait posé des gestes à son endroit ou en sa présence qui l'ont mené à une dépression, à l'épuisement et à l'hypertension artérielle. Il a notamment interrompu une visite au Festival western de Saint-Tite avec sa femme et des amis, un dimanche, parce que son téléphone ne cessait de vibrer.

Croyant qu'il s'agissait d'une urgence à l'Université, il s'est rendu sur place pour constater finalement que Mme Giguère venait de lui envoyer 122 courriels qu'il a pris tout le dimanche soir à dépouiller. Plusieurs de ces courriels étaient de simples invitations à des activités sociales à venir dans l'année.

Une bibliothèque avec ça?

Le témoignage d'Alain Fournier a aussi visé l'ancien vice-recteur intérimaire aux ressources humaines, Gilles Charland, vendredi. Selon lui, M. Charland lui aurait demandé de faire fabriquer des bibliothèques par les ébénistes du service des équipements de l'UQTR pour son condo. M. Fournier dit avoir refusé de se mettre le bras dans l'engrenage par crainte d'être victime de chantage par la suite.

« Il a vu que j'étais incorruptible », dit-il. M. Charland, pour sa part, a catégoriquement nié ces allégations, vendredi, en précisant qu'il possédait déjà des bibliothèques et qu'il avait hâte de témoigner à son tour devant la Commission des relations du travail.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer