UQTR: Gilles Charland est en conflit d'intérêts, selon des experts

Gilles Charland, ancien vice-recteur par intérim de l'UQTR.... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Gilles Charland, ancien vice-recteur par intérim de l'UQTR.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'ancien vice-recteur intérimaire Gilles Charland s'est mis en situation de conflit d'intérêts en étant à la fois accusé de harcèlement psychologique et porte-parole de l'Université du Québec à Trois-Rivières dans le dossier de l'ancien vice-recteur Martin Gélinas devant la Commission des relations du travail.

C'est la conclusion à laquelle en viennent Gilles LeVasseur, professeur de droit à l'Université d'Ottawa, Michel Nadeau, directeur de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, et le professeur André Lacroix, directeur de la Chaire d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

M. Charland est visé par des plaintes de harcèlement psychologique, dans cette cause, dont les faits seraient survenus au moment où il travaillait comme vice-recteur par intérim pour l'Université.

Dans «un conflit entre une institution et un individu, c'est évident que le porte-parole de l'institution ne devrait pas être une personne incriminée dans la plainte», estime Michel Nadeau. «C'est incroyable.»

«Comment est-ce qu'on peut être impartial dans ce dossier-là?», fait valoir le professeur Gilles LeVasseur. «Vous ne pouvez pas être juge et partie. C'est une question de crédibilité du témoin», plaide cet expert en droit du travail.

Au moment où Gilles Charland s'adressait aux médias au nom de l'UQTR, le 13 janvier dernier, Le Nouvelliste lui a demandé s'il était normal qu'il représente l'Université en pareil contexte, alors qu'il est lui-même accusé. M. Charland avait répondu: «Ça fait partie des règles de l'Université, comme dans toute autre institution. Quand tu es un salarié ou un employé d'une institution, d'agir en même temps pour représenter l'Université dans le dossier en cours ou dans d'autres dossiers et en même temps d'être témoin, ce n'est pas inhabituel.»

Gilles Charland a-t-il raison d'affirmer cela? «Non», assure catégoriquement le directeur de la Chaire d'éthique appliquée à l'Université de Sherbrooke.

«Sur le plan éthique, il apparaît évident que M. Charland avait un devoir de réserve puisqu'il était directement impliqué dans le dossier», explique le professeur Lacroix.

«Ça devient un sujet où la personne devrait se retirer du dossier pour être capable de se défendre, mais pas être capable de pouvoir parler au nom de l'Université», assure de son côté le professeur LeVasseur.

Le Règlement établissant le code d'éthique et de déontologie des membres du conseil d'administration de l'UQTR, dont faisait partie M. Charland au moment des gestes reprochés, indique bel et bien que le «membre du conseil d'administration doit éviter de se placer dans une situation de conflit réel, potentiel ou apparent entre son intérêt personnel et ses devoirs d'administrateur». La règle s'applique même après la cessation de ses fonctions d'administrateur, indique le document.

L'entente qui pourrait intervenir dans le cas de M. Gélinas «va coûter de l'argent. Ce sont des fonds publics. S'il y a règlement avec de l'argent, c'est de l'argent que vous avez payé, vous, comme contribuable», souligne d'autre part M. Nadeau. «Il est important de savoir quel était le motif», estime-t-il. «Vous avez le droit, comme contribuable, de savoir à quoi sert votre argent et pourquoi on a payé ça», plaide-t-il.

On sait que Martin Gélinas a déjà dû débourser 306 000 $ pour se défendre dans la cause qui l'opposait à Guylaine Beaudoin et dans la cause de harcèlement psychologique qu'il dit avoir subi de la part de la rectrice, Nadia Ghazzali, de l'ancien vice-recteur intérimaire Gilles Charland et de l'ancienne directrice des communications.

«Un individu contre une institution quand le budget de l'institution est illimité... C'est dégueulasse», fait valoir Michel Nadeau.

L'Université indique que Gilles Charland «n'est plus un employé de l'UQTR». Toutefois, il «travaille à temps partiel sur quelques dossiers de ressources humaines dont il avait la gestion avant que se termine son mandat».

Gilles Charland représente en effet l'UQTR devant la Commission des relations du travail dans deux dossiers où il est personnellement accusé de harcèlement psychologique, soit celui de M. Gélinas ainsi que dans le dossier d'Alain Fournier qui a porté plainte, lui, pour congédiement abusif de son poste de directeur des Ressources matérielles et pour harcèlement psychologique de la part de Gilles Charland et de la vice-rectrice Johanne Giguère.

Le président du conseil d'administration de l'UQTR et président du comité d'éthique de l'UQTR, Yves Tousignant, s'est dit «surpris» d'apprendre cette information qui est «passée inaperçue», selon lui. Il entend aviser le vice-recteur Olivier Malo et l'avocat de l'UQTR, Me Jasmin Marcotte, de la situation.

Le vice-recteur Malo a indiqué par voie de communiqué, que M. Charland «ne représentait pas l'UQTR au moment des audiences devant la commission». M. Charland était pourtant bien aux côtés de M. Malo, le 13 janvier et a répondu aux questions des médias disant que «l'Université s'est comportée d'une façon digne et respectueuse de tout son personnel».

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