Utiliser son esprit pour se libérer de la douleur

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Frédérick Dionne, professeur au département de psychologie de l'UQTR.

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Maux de dos, inflammation dans les genoux, arthrose dans les hanches, crampes chroniques aux pieds, autant de souffrances qui gâchent la vie et qu'on tente d'étouffer à tout prix à grands coups de médicaments ou en multipliant les visites chez les spécialistes de ceci ou de cela sans y trouver vraiment son compte.

Un jeune chercheur du département de psychologie l'Université du Québec à Trois-Rivières, Frédérick Dionne, propose une voie différente sans médicament pour se libérer de la douleur.

Il combine une thérapie moderne dite «d'acceptation et d'engagement» à la méditation millénaire de «pleine conscience» du bouddhisme.

La thérapie d'acceptation et d'engagement «est une approche qui appartient à la grande famille des thérapies cognitives et comportementales», explique-t-il.

D'abord «accepter et apprendre à vivre avec ses symptômes. La plupart des approches tendent à réduire les symptômes, l'anxiété, la tristesse et la douleur. Cette approche préconise plutôt l'acceptation. La différence, c'est qu'on perd moins d'énergie à essayer de contrôler à tout prix son anxiété ou sa douleur. Donc ça laisse plus d'énergie pour investir dans la deuxième approche: l'engagement, c'est-à-dire passer à l'action en direction de ses valeurs personnelles», explique-t-il.

Il faut donc d'abord, «clarifier ce qui est important pour soi», dit-il.

«Si l'on vit dans l'idée qu'on doit contrôler absolument notre douleur, on ne fait plus rien. On ne sort plus de chez soi. Accepter, c'est dire que même si j'ai mal, je peux aller voir mes enfants jouer au hockey parce que c'est important pour moi», illustre-t-il. C'est fort différent du «je dois contrôler ma douleur avant d'aller voir mes enfants.»

«Parfois, on passe beaucoup de temps à s'investir dans des traitements. Parfois, ça devient même problématique. On est à la recherche de la pilule miracle, on voit des dizaines de spécialistes, toujours avec l'idée qu'ils vont trouver la pilule miracle, mais en bout de ligne, pendant qu'on voit des spécialistes, on ne vit plus notre vie. On est moins investi au travail; on est moins investi avec nos enfants», explique le chercheur.

Frédérick Dionne reconnaît qu'il est tout à fait normal de vouloir tout mettre en oeuvre pour cesser de souffrir, mais il prône «un équilibre entre la recherche de solutions, garder espoir et avoir une vie riche et remplie malgré la douleur.»

Accepter ne signifie pas se résigner, explique le professeur, mais accepter la douleur permet curieusement d'en diminuer l'intensité, dit-il. «Parfois, notre douleur est reliée à un refus de la douleur. Quand on a mal, c'est comme recevoir deux flèches. La première flèche, c'est la douleur physique, la deuxième, c'est la douleur psychologique», explique-t-il, «comme le ras-le-bol aigu, la colère et l'anxiété. Si j'accepte davantage la première flèche, je risque d'être moins atteint par la deuxième», fait-il valoir.

La seconde partie de l'approche préconisée par le professeur Dionne, c'est la méditation et pas n'importe laquelle, la méditation de pleine conscience.

Il s'agit, dit-il, d'une philosophie de vie, voire d'un entraînement qui consiste à vivre dans le moment présent et à moins porter de jugements à l'égard de nous-même ou des choses.

Un des exercices très simples pour s'entraîner à vivre dans l'instant présent consiste à déguster un petit raisin sec en 10 minutes, illustre le chercheur.

Trop souvent, dit-il, «on n'est pas dans le moment présent. On est sur le pilote automatique.»

S'entraîner à être dans l'instant présent nécessite aussi une pratique formelle au cours de laquelle, pendant quelques minutes, on porte son attention sur sa respiration, par exemple. Si l'esprit vagabonde vers des moments futurs, on l'observe aussi, puis on ramène l'esprit dans le moment présent. Méditer, c'est être pleinement conscient de ce qui m'habite», dit-il.

Selon lui, on peut utiliser la respiration pour se distraire de la douleur. Si la douleur est trop intense, au lieu de s'en détourner, il faut «amener l'attention au coeur de la douleur et on va respirer à l'intérieur de la douleur. Au lieu de la chasser, je vais essayer de l'accueillir. Paradoxalement, ça peut réduire la douleur», dit-il.

Les effets de ces pratiques, explique le chercheur, peuvent persister. «Mais ce n'est pas magique. Ça demande de la pratique, de l'entraînement. Il faut commencer par 5 minutes par jour et augmenter.»

Il faut demeurer actif, dans les limites que nous impose la douleur. «Des fois, en faire trop est une non-acceptation de la douleur. On veut être comme avant. Ne pas en faire assez est aussi une forme de non-acceptation. On veut à tout prix maintenir notre douleur sous contrôle donc on ne fait plus rien», dit-il. «D'où l'importance d'avoir des objectifs en lien avec nos valeurs et d'y aller progressivement», dit-il «et d'y aller à son rythme.»

Le professeur Frédérick Dionne a publié, en mai dernier, un guide intitulé Libérez-vous de la douleur. Il possède aussi un site Web sur lequel se trouvent plusieurs méditations guidées.

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