Trois décennies d'aide aux femmes victimes de violence

Denise Tremblay... (Stéphane Lessard)

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Denise Tremblay

Stéphane Lessard

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Nous sommes innovantes, et c'est de ça dont je suis la plus fière», résume Denise Tremblay, directrice de La Séjournelle, une ressource pour femmes et enfants victimes de violence conjugale à Shawinigan. Mme Tremblay parle au «nous» en évoquant les accomplissements qui ont fait évoluer la maison d'hébergement, parce qu'elle insiste, c'est avec son équipe qu'elle a pu optimiser les approches et les services offerts par La Séjournelle.

Originaire du Lac-Saint-Jean, Denise Tremblay a complété un baccalauréat et une maîtrise en psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Elle s'était familiarisée avec la problématique de la violence conjugale en s'impliquant au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Trois-Rivières au début des années 1980.

Elle a accepté le poste de direction de La Séjournelle en 1984 en faisant un choix entre la pratique privée de la psychologie et la gestion d'un organisme communautaire. «Ce que j'adore dans ce travail, c'est le travail d'équipe, le fait qu'on côtoie directement les personnes, on vit avec elles. Quand on est en bureau privé, elles nous parlent de choses qui se sont passées. Ici, on est directement en interaction. Pour moi, c'est plus riche. Je suis témoin aussi du courage des femmes au quotidien», apprécie-t-elle.

Les débuts de La Séjournelle n'ont pas été faciles. Denise Tremblay se souvient avoir passé 48 heures d'affilée au bureau pour gérer des urgences. Les intervenantes apportaient les vêtements des femmes chez elles pour les laver puisque la maison n'avait pas de lessiveuse, et il arrivait qu'une voisine traverse pour offrir une tarte aux pommes...

«On avait très peu de moyens. On a commencé les batailles financières dans les années 1990. On était limitées, on devait refuser des femmes, on ne pouvait pas développer. On était en période de survie», raconte celle qui s'est beaucoup impliquée dans le Regroupement des maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale.

Une fois la stabilité financière atteinte, La Séjournelle a pu s'investir dans une démarche de recherche et développement qui s'est soldée par l'établissement d'une expertise maintenant transmise dans plusieurs milieux. Financées par des octrois gouvernementaux et en collaboration avec divers partenaires, dont l'UQTR, Mme Tremblay et son équipe ont élaboré un modèle du processus de domination conjugale, qui pose les balises de ce qui distingue la violence conjugale de la simple «chicane».

«On a développé un modèle qui nous permet de comprendre comment ça évolue et comment ça peut bouger. À partir de cet outil validé scientifiquement, on a pu transférer notre expertise. On expose ce savoir-là auprès des procureurs, des maisons d'hébergement, des services policiers, des services sociaux...», énumère la directrice de La Séjournelle, qui a aussi élaboré avec son équipe un outil d'évaluation des risques pour la sécurité, destiné aux intervenants qui agissent auprès des présumées victimes, agresseurs et leur entourage.

Cet outil d'évaluation et le fait que La Séjournelle soit la seule maison d'hébergement au Québec qui compte un intervenant masculin dans son équipe via le programme Mixité de genre en intervention jeunesse, font partie des éléments d'innovation dont Denise Tremblay est fière. 

En 33 ans, Mme Tremblay, qui a aussi présidé la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie de 2013 à 2016, a pu remarquer que les femmes attendent moins longtemps avant de demander de l'aide. L'évolution des lois et des connaissances ont aussi aidé à la cause. Par contre, certaines choses ont évolué plus sournoisement. 

«On est dans une ère où on a tendance à légitimer le geste, à justifier la violence de l'homme par une enfance malheureuse, par la consommation, par le fait que la femme a décidé de rompre. C'est une approche très victimisante des hommes qui violentent leur conjointe, ce sont eux qui sont victimes de leur enfance. Il y a une espèce de raffinement de la violence conjugale qui fait que les femmes se sentent coupables de partir», constate-t-elle en évoquant les défis actuels.




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