Nourrir le corps et l'esprit dans l'ombre

Suzanne Gauthier... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

Agrandir

Suzanne Gauthier

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

Suzanne Gauthier veut qu'on parle le moins possible d'elle. Elle préfère que l'on valorise l'équipe de «bénévoles en or» qui prépare les repas pour les gens qui fréquentent l'organisme Point de rue, et elle «salue très bas» ces personnes en situation de rupture sociale qui acceptent la main tendue par les intervenants et les bénévoles de la ressource.

Mme Gauthier identifie la bienveillance comme la valeur qui a guidé sa vie. Du plus loin qu'elle se souvienne, l'envie d'aider autrui a motivé ses aspirations, et le sort des personnes les plus vulnérables de la société l'a toujours attirée. Voilà pourquoi son implication au sein de Point de rue s'inscrit dans une continuité de son cheminement.

La septuagénaire oeuvre comme bénévole à Point de rue depuis 2004. Elle a effectué plusieurs tâches dont certaines administratives, mais c'est au sein du service de repas qu'elle semble s'accomplir le plus. Mme Gauthier coordonne le travail d'une trentaine de bénévoles qui préparent quatre dîners par semaine et concoctent des petits plats à apporter pour les gens qui fréquentent l'organisme trifluvien.

«Le problème d'instabilité alimentaire est très grand ici. C'est un problème du quotidien pour les gens qu'on reçoit», observe-t-elle en précisant qu'une moyenne de 80 repas sont servis chaque midi, et que ce nombre peut monter à une centaine à compter du 20 du mois.

L'organisme Point de rue vient en aide à des gens dits «en situation d'exclusion sociale». Mais de qui parle-t-on, concrètement? «Un certain nombre sont en situation de rue, ils vivent l'itinérance de façon épisodique. Ce sont des gens qui à la base sont des grands souffrants. Ils sont privés de liens, ils sont souvent seuls au monde et je dirais même en coupure de lien avec eux-mêmes», décrit Mme Gauthier.

«Nous sommes un organisme de dernier recours. Lorsque les gens arrivent, plusieurs portes se sont fermées. Ils arrivent ici dans un moment très pénible, où la désespérance est au coeur de leur vie. Ils cherchent la main tendue.»

Les problématiques de santé mentale et de consommation peuvent aussi s'entremêler dans le profil des gens concernés.

«Personne ne choisit cette vie-là. C'est plein d'événements dans leur vie qui les ont amenés jusqu'à la détresse, jusqu'à se retrouver à la rue. Ces gens portent une souffrance aiguë et empruntent souvent le moyen de la fuite à même la consommation d'alcool ou de psychotropes, ce qui amène la détérioration aux plans physique et mental. Elles deviennent donc des personnes très fragilisées à tous les niveaux», explique Suzanne Gauthier.

La bénévole qui endosse pleinement la mission et les valeurs de Point de rue vante la notion d'accueil inconditionnel pour les gens qui se présentent aux portes de l'organisme ou qui sont rejoints par les travailleurs de rue. Des intervenants professionnels assurent un suivi psychosocial, de l'encadrement et de l'accompagnement. Le service de soins de proximité à même une clinique médicale, sur place, contribue aussi à la prise en charge globale de l'individu.

Des projets d'inclusion sociale par l'art et la culture sont également proposés. On se souviendra entre autres des projets de vitraux menés par Jean Beaulieu pour les jeunes, mais des ateliers de photo, de musique et de poésie sont aussi offerts. L'implication dans le journal La Galère représente un autre canal pour encourager l'expression de soi des personnes en situation d'exclusion sociale.

Enfin, la formule du centre de jour permet aux gens de socialiser, de briser leur isolement en marge du recours aux services comme tels.

Modeste et discrète, Suzanne Gauthier conclut: «Les personnes qu'on devrait saluer très bas, ce sont celles qui viennent ici avec une volonté de changement, qui acceptent les propositions qui leur sont offertes, les opportunités qui leur sont présentées, et qui avec l'aide et le soutien de nos intervenants, acceptent de faire des grands pas dans la vie. Ce sont ces gens qui méritent notre admiration.»




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer