S'intégrer par la rencontre de l'autre

Elvire Bénédicte Toffa... (Stéphane Lessard)

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Elvire Bénédicte Toffa

Stéphane Lessard

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En migrant de la Côte d'Ivoire en Mauricie en 2007, Elvire Bénédicte Toffa a apporté plus que ses effets personnels. Elle a transplanté ici sa volonté d'aider les femmes à développer leur potentiel, que ce soit à travers son entreprise Casafriq ou par la création du Regroupement des Amazones d'Afrique et du monde (RAAM). La notion d'intégration est au coeur de tous ses projets.

Mme Toffa est issue d'une famille de 10 enfants, huit filles et deux garçons. Elle a notamment été éduquée par les Ursulines, et en a retiré les valeurs qui guident ses implications. Alors qu'elle était encore en Afrique, elle a participé à l'animation de groupes dans des missions humanitaires. Sa spécialité? Les arts et la danse en particulier. Elle gérait aussi son entreprise, Elvire Décor, qui offrait des cours de danse et des services d'organisation d'événements.

«Avec Elvire Décor, l'objectif était certes de m'épanouir financièrement, mais aussi de faire travailler les filles des villages qui venaient à l'université dans la capitale. La création d'emploi a toujours été dans mes objectifs, surtout pour des personnes qui ont le potentiel mais qui n'ont peut-être pas la petite tape dans le dos que ça prend», raconte-t-elle.

Elvire Bénédicte Toffa admet avoir été dépaysée en arrivant au Québec. «Mais je suis quelqu'un de curieux. Les Ursulines m'ont éduquée à cette prise en charge personnelle. En arrivant quelque part, j'aime aller voir les gens et dire: «Je suis là!» Je vais aller me présenter», explique la Néo-Trifluvienne, qui s'est rapidement jointe à un groupe de mères-enfants à la Maison des familles de Trois-Rivières, question de briser son isolement. Elle a proposé aux nouvelles mères de leur donner des cours de danse africaine, et de fil en aiguille, elle a commencé à en offrir dans différents centres de loisirs de la ville.

Mme Toffa a bâti petit à petit ce qui est devenu Casafriq, une entreprise ayant pignon sur rue depuis 2012. Le moteur derrière cette entreprise carbure au partage et à l'échange. Le concept de la case, comme d'une maison, est venu concrétiser le projet qui regroupe trois volets. Le premier s'incarne dans l'école de danse africaine, le second dans la coiffure afro-exotique, et le troisième dans un principe de manufacture de vêtements où les femmes, considérées comme travailleuses autonomes, peuvent exploiter leurs talents en couture.

C'est également pour aider les femmes à s'intégrer, et toujours dans une optique de partage, que Mme Toffa a cofondé et préside le Regroupement des Amazones d'Afrique et du monde en 2014. «C'est un regroupement de femmes issues de l'immigration et de nouvelles arrivantes, mais qui peuvent être des nouvelles arrivantes qui viennent de La Tuque et qui vivent des difficultés d'intégration. Le RAAM existe pour promouvoir l'autonomie, le leadership et l'intégration socioprofessionnelle des femmes», décrit Mme Toffa.

Elles sont plus d'une centaine à se réunir périodiquement pour discuter des enjeux et des défis de l'insertion professionnelle, et pour mettre en commun leurs réseaux.

«On s'intègre dans tous les regroupements de femmes, comme le Regroupement des femmes de carrière de la Mauricie, Femmessor Mauricie et la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie. En allant vers les autres structures de femmes, on a vu qu'on était très bien accueillies et ça a permis à certaines de cesser de dramatiser leur immigration», témoigne-t-elle.

Aux femmes qui se complaisent ou se victimisent dans une sorte d'isolement ou de rejet plus ou moins imaginaire, elle demande: «Êtes-vous allées vers les autres? Avez-vous commencé par faire du bénévolat? Êtes-vous allée voir vos voisines?» Mme Toffa prêche avec la crédibilité de l'exemple, elle qui a déjà proposé à ses voisines de faire leur ménage, dans le but de s'occuper et d'en apprendre sur les us et coutumes québécois.

Cette mère de trois enfants invite la société en général à s'ouvrir à tout le potentiel et l'expertise que peuvent apporter les femmes issues de l'immigration.




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