Ivan Suaza: aller vers l'autre pour survivre

Le directeur du Service d'accueil aux nouveaux arrivants... (François Gervais)

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Le directeur du Service d'accueil aux nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières, Ivan Suaza.

François Gervais

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le directeur du Service d'accueil aux nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières, Ivan Suaza, est une figure bien connue de la région et plus encore depuis que son organisme a été plongé au coeur de l'accueil des réfugiés syriens, au début de l'année 2016.

Les heures passées au SANA, Ivan Suaza ne les compte plus. Mais peu de personnes sont mieux placées que lui pour comprendre la tempête d'émotions que traversent les immigrants, à fortiori quand il s'agit de réfugiés. Cet ancien journaliste, documentariste, caricaturiste et photographe a lui-même quitté la Colombie avec sa femme, Betzayda et leur fillette, Sara, alors âgée de quelques mois, pour assurer leur survie.

«Je suis arrivé au SANA d'abord comme client, puis comme bénévole, puis comme vice-président et président du conseil d'administration et finalement, en tant que directeur. Cette implication, c'est une façon de rendre ce que j'ai reçu», raconte-t-il.

«Dans ma tête, je ne le fais pas pour les immigrants, je le fais aussi pour une société qui est prête à accueillir les gens. Les gens qui arrivent sont une force. Ce n'est pas une invasion», plaide-t-il, conscient des critiques qui ont fusé de toutes parts avant l'arrivée des Syriens.

Malgré l'exigence d'un travail comme le sien, il n'est pas rare qu'Ivan Suaza s'implique aussi le soir et les week-ends pour venir en soutien aux immigrants et réfugiés qui font les premiers pas vers leur nouvelle citoyenneté canadienne.

Debout à 4 h ou 5 h chaque matin, il ne ferme souvent les livres qu'à minuit. Tout ce temps libre, il le consacre aux autres d'une façon ou d'une autre. Quand ce n'est pas au SANA, c'est à la Croix-Rouge ou à l'Assemblée chrétienne de Cap-de-la-Madeleine qui l'a accueilli à bras ouverts quand il est arrivé à Trois-Rivières.

M. Suaza s'est notamment servi de ses talents de dessinateur pour agrémenter un mur complet de la garderie de la nouvelle église qui sera inaugurée sous peu, en s'y rendant chaque jour aux petites heures du matin ou très tard le soir pour compléter son chef-d'oeuvre.

Ivan Suaza a commencé à faire du bénévolat à l'âge de 16 ans, dans son pays, ce qui lui a valu suffisamment de contacts pour se placer en journalisme après ses études de baccalauréat.

Dès son arrivée à Trois-Rivières, il s'est remis au bénévolat, même s'il ne parlait pas encore le français, histoire de prendre un vrai bain de culture et de langue. Cette attitude de fonceur, il l'a tient, dit-il, de son ancien métier de journaliste qui le forçait à aller à la rencontre de l'autre coûte que coûte.

Ivan Suaza n'a pas attendu de maîtriser la langue de Molière avant de foncer tête première dans sa nouvelle vie. À peine arrivé ici et peinant à se faire comprendre en français, il a donné son nom au Collège Laflèche dans l'espoir de décrocher un emploi de professeur d'espagnol.

Durant l'entrevue, on lui avait vite fait comprendre qu'il ne parlait pas le français et que c'était peine perdue. «J'ai plaidé comme j'ai pu et je leur ai fait valoir qu'ils cherchaient un professeur

d'espagnol et non un professeur de français», raconte-t-il. C'est ainsi qu'il a réussi à obtenir le poste tant convoité.

Cette attitude, il tente de la transmettre aux nouveaux arrivants qu'il accueille au SANA, organisme dont il occupe la direction depuis 2007. Il incite constamment les nouveaux arrivants à faire du bénévolat et à parler avec les gens même s'ils ne sont pas à l'aise en français, car c'est en apprenant la langue qu'ils assureront leur autonomie, plaide-t-il.

«Il faut montrer aux gens qu'il y a de l'espoir», dit-il. «Avant, je disais qu'on repart à zéro, mais ce n'est pas vrai. On arrive avec ce que l'on est, avec notre culture. Je crois que si l'on est capable de survivre à des situations de guerre, on est capable de survivre aussi à l'hiver québécois», fait-il valoir.

Vous pouvez entendre l'entrevue avec notre Tête d'affiche dans l'émission matinale Chez nous le matin, animée par Frédéric Laflamme, au 96,5 FM, entre 6 h et 9 h, ainsi que le reportage présenté au Téléjournal Mauricie du dimanche.

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