Richard Senneville: pour démystifier l'homosexualité

Richard Senneville... (François Gervais)

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Richard Senneville

François Gervais

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est pour éviter que des jeunes vivent la même chose que lui que Richard Senneville visite les écoles de la région pour démystifier l'homosexualité. Cet infirmier retraité avait 40 ans quand il a annoncé à son épouse qu'il était homosexuel. Une quinzaine d'années plus tard, il a mis sur pied une section régionale du GRIS (Groupe de recherche et d'intervention sociale), afin de sensibiliser les adolescents aux conséquences de l'homophobie et ainsi favoriser l'affirmation des jeunes gais, lesbiennes et bisexuels.

«Je me suis affirmé à l'âge de 40 ans et j'avais trouvé vraiment difficiles mes 40 premières années parce que je ne me permettais pas d'être moi-même», raconte le Centricois qui se souvient avoir pris conscience de son orientation sexuelle vers l'âge de huit ans. Richard Senneville a gardé cette constatation secrète «parce qu'à ce moment-là, l'Église t'envoyait en enfer et la société t'envoyait en institut psychiatrique parce que c'était considéré comme une maladie mentale».

«L'estime de moi était à zéro. Je veux aider les jeunes à mieux s'accepter et essayer de briser le phénomène d'homophobie. L'intimidation homophobe, dans les écoles et dans la population en général, est la forme d'intimidation la plus fréquente», indique-t-il.

M. Senneville avait joint l'Association des gais et lesbiennes de Drummondville en 1999, et a rapidement intégré le conseil d'administration d'abord en tant que trésorier, puis comme président. L'association, dont le but était de briser l'isolement chez les adultes, a changé de nom quelques fois avant de s'éteindre en 2006. «On a fermé temporairement les livres de 2006 à 2008. Moi personnellement, j'ai gardé la charte ouverte», précise l'homme qui s'impliquait aussi depuis 2004 au sein du GRIS Montréal.

En 2008, il a cofondé avec Alexandre Houle un volet régional du GRIS. «On a parti à zéro. Les premières réunions étaient autour de la table de cuisine chez nous», relate M. Senneville, président de l'organisme qui réalise environ 140 interventions par année dans les écoles secondaires du Centre-du-Québec et de la Mauricie, de Victoriaville à Shawinigan en passant par Drummondville, Bécancour, Trois-Rivières et Louiseville.

Les bénévoles du GRIS Mauricie-Centre-du-Québec se présentent à deux devant des classes d'élèves de la deuxième à la cinquième secondaire. Après que les jeunes eurent répondu à un questionnaire ciblant leurs perceptions et leurs préjugés, les deux bénévoles racontent brièvement leur histoire. «Je leur dis que j'ai 61 ans, que j'ai été marié 18 ans, que j'ai eu deux enfants qui sont décédés, et que la deuxième personne significative dans ma vie, mon conjoint, est décédée après dix ans de vie commune», illustre M. Senneville.

Par la suite, les jeunes sont invités à poser toutes les questions qui les intriguent. «Les questions qui reviennent le plus souvent ont changé de 2004 à 2016. La question la plus souvent posée jusqu'à il y a deux, trois ans, c'est qui fait l'homme et qui fait la femme dans un couple. L'autre c'est: «Comment tes parents et ta famille l'ont pris?» Depuis deux ans, c'est plus sur le sentiment, sur comment on l'a vécu, nous. Aussi, certains posent des questions du côté plus sexuel», énumère M. Senneville.

L'homme observe que malgré une plus grande ouverture, des préjugés et des malaises subsistent. «Il y en a qui vont nous dire: «Sont-ils obligés de s'embrasser devant tout le monde?» Une des grosses résistances c'est justement le fait que les personnes vont se témoigner de l'affection en public. Les émissions de télé nous aident un peu là-dessus, par contre», constate-t-il.

Aux jeunes homosexuels qui n'osent pas s'affirmer, Richard Senneville répète qu'«aimer n'a pas de sexe», en leur conseillant de s'affirmer quand ils seront prêts. Aux gens plus ou moins homophobes, il souhaiterait prescrire de «vivre et laisser vivre».

«Sensibiliser les jeunes, ce sont les parents de demain. Si eux ne sont plus homophobes, ils vont élever leurs enfants dans une acceptation, une conscience de la diversité du monde. J'ai juste hâte de mettre la clé dans la porte de l'organisme, ça voudrait dire qu'on n'en a plus besoin. On n'est pas encore là...», conclut-il.

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