Rebecca Heinisch: la maladie mentale d'un parent expliquée aux enfants

Rebecca Heinisch... (Stéphane Lessard)

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Rebecca Heinisch

Stéphane Lessard

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Malgré les progrès favorisés par les campagnes de sensibilisation, la maladie mentale demeure entourée d'une aura de tabous. Depuis plus de dix ans, Rebecca Heinisch s'intéresse aux victimes collatérales de la maladie mentale, ces victimes silencieuses et pratiquement invisibles que sont les enfants dont un parent en est atteint. Via son organisme Anna et la mer, Mme Heinisch vient en aide aux enfants qui vivent ce qu'elle-même a vécu.

Native des États-Unis, Rebecca Heinisch est arrivée au Québec à l'âge de 19 ans. Bachelière en enseignement primaire et préscolaire de l'Université de Sherbrooke, elle s'est établie à Trois-Rivières en 1996 pour poursuivre sa carrière d'enseignante.

Quand elle décrit la genèse du projet Anna et la mer, elle parle de «trois étoiles qui se sont enlignées». «Premièrement, à travers mes années d'enseignement, j'ai côtoyé des enfants qui avaient toutes sortes de difficultés. Je voyais leur souffrance, et ce n'était pas toujours facile d'identifier quel était le réel problème», raconte celle qui s'est rendu compte que certains de ces élèves provenaient de familles touchées par la maladie mentale.

«On n'avait pas d'outils, et c'était difficile de rejoindre ces familles parce que c'est tabou. Nous étions démunis, comme intervenants. Ces enfants tombaient dans un trou en ce qui concerne les services», a-t-elle constaté. «La deuxième étoile, c'est que ça venait chercher une sensibilité en moi, parce que je suis issue d'une famille où il y avait de la maladie mentale. Ma famille a été profondément éprouvée par ce problème», confie-t-elle en faisant référence à la maladie de sa mère.

La troisième étoile c'est son époux, Jean-Yves Ducharme. Employé de l'Aluminerie de Bécancour, il agissait comme «délégué social» qui accompagnait des travailleurs en difficulté. Quand la Fondation Alcoa l'a invité à proposer un projet qu'elle serait prête à financer, M. Ducharme s'est inspiré des préoccupations de son épouse pour soumettre l'idée de développer un outil d'aide aux enfants vivant dans un milieu familial teinté par la maladie mentale.

En 2004, avec le soutien de la Fondation Alcoa, Rebecca Heinisch lançait le livre Anna et la mer qui, à travers l'histoire d'Anna, permet aux enfants de s'identifier à un autre qui vit la même chose. L'explication de la maladie mentale et l'identification d'émotions sont au coeur du livre élaboré après d'intenses recherches sur ce qui se faisait dans d'autres pays. Le livre a plu aux intervenants qui ont rapidement demandé des compléments permettant d'aller plus loin.

En 2006, Mme Heinisch fondait l'organisme à but non lucratif Anna et la mer et l'année suivante, elle créait les Ateliers d'Anna, destinés aux enfants de sept à 12 ans. L'enseignante s'est encore basée sur une recherche à l'international et sur son expérience personnelle et professionnelle pour concevoir ce programme étalé sur huit semaines.

«Le but est que les enfants puissent d'abord comprendre la maladie et ses symptômes. Aussi, on veut qu'ils réalisent qu'ils ne sont pas responsables. Parfois, les enfants sont convaincus qu'ils ne sont pas assez gentils, pas assez performants...», décrit-elle en évoquant le sentiment de culpabilité entretenu par plusieurs enfants.

Dans un souci de ne pas laisser tomber les enfants à la fin des ateliers, l'organisme a mis sur pied le «groupe des navigateurs», dont le but est d'accorder aux enfants l'occasion de vivre des moments de plaisir sans culpabilité. «Une fois par mois, on organise des sorties. Ça peut être un voyage de pêche, une sortie à la cabane à sucre, au musée, au zoo, aux quilles, au cinéma, ou encore des activités de danse, d'escalade, de mosaïque... On veut leur offrir des moments où ils peuvent rester des enfants qui ont le droit d'être heureux.»

Parmi les projets en développement, l'organisme prévoit offrir des sessions pour les adolescents prêts à en savoir plus sur les subtilités de la maladie mentale de leur parent, et qui pourront bénéficier d'outils de gestion du stress adaptés à leur période de vie. Puis à l'automne, on souhaite créer un regroupement de jeunes qui seront invités à consolider les notions acquises dans le programme des Ateliers d'Anna.

Mme Heinisch, qui a formé des intervenants dans une trentaine de villes au Québec, tient à souligner le dévouement de l'équipe d'intervenants bénévoles qui animent les programmes et activités d'Anna et la mer.

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