Le défi de Sara-Pier Guévin

Sara-Pier Guévin... (Photo: François Gervais)

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Sara-Pier Guévin

Photo: François Gervais

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À peine avait-elle entrepris sa première session au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale à l'Université du Québec à Trois-Rivières, que Sara-Pier Guévin se lançait dans un projet en lien avec son champ d'études, de son propre chef. Depuis février dernier, la Nicolétaine de 20 ans offre des cours de natation à des enfants autistes.

Déjà à l'école primaire, Sara-Pier souhaitait se diriger en enseignement plus tard. «Chaque année je changeais, surtout au secondaire... Si j'aimais un prof de français, je voulais être prof de français, si j'aimais un prof de maths, je voulais être prof de maths! Puis j'ai découvert l'adaptation scolaire», raconte la jeune femme dont la mère avait remarqué l'aisance avec les personnes différentes dans le restaurant géré par la famille à Nicolet.

«Je suis quelqu'un qui a besoin de beaucoup de défis. Au régulier, j'avais peur que ce soit redondant. Il y a beaucoup de portes ouvertes en adaptation scolaire, plusieurs clientèles. J'ai toujours besoin d'être hors de l'ordinaire, alors je ne voulais pas aller dans l'enseignement régulier», détaille-t-elle. Comme projet de fin d'études à l'école secondaire Jean-Nicolet, Sara-Pier avait d'ailleurs organisé un défilé de mode pour la classe d'adaptation scolaire.

Quelques semaines après le début de ses cours à l'UQTR en septembre 2014, l'étudiante cherchait un projet qu'elle pourrait mener, dans lequel elle pourrait être en contact avec un pan de la clientèle visée par les ressources en adaptation scolaire. Toujours mue par son besoin d'être «hors de l'ordinaire», elle voulait éviter le classique de l'aide aux devoirs privilégié par plusieurs de ses condisciples. Ancienne nageuse de compétition et encore secouriste à la piscine de l'École nationale de police de Nicolet, elle a eu l'idée des cours de natation adaptés.

Deux facteurs soutiennent la justification de son initiative. «Premièrement, on ne voit pas les autistes - et les handicapés en général - intégrés dans des équipes sportives dans la région. Je pense qu'à la base, tous les enfants ont besoin de bouger. Deuxièmement, une des causes de décès chez les enfants autistes, c'est la noyade», formule-t-elle.

Sara-Pier a contacté Autisme Mauricie pour soumettre son projet. Elle tombait bien, puisque l'organisme avait inscrit dans son plan d'action l'idée de développer une offre de cours de natation pour ses usagers. Trouver une piscine pour accueillir les nageurs n'a pas été facile en raison de certaines contraintes. «La plupart des enfants prennent de la médication. Le matin, la médication est plus efficace, tandis que le soir, les enfants sont plus fatigués. Il fallait trouver une piscine qui avait des disponibilités et dans laquelle il n'y a pas trop de monde en même temps, parce que les autistes n'aiment pas le bruit.»

C'est finalement à la piscine de la résidence Duplessis, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, que Sara-Pier donne ses cours depuis février. Elle a commencé avec un groupe de cinq enfants de trois à huit ans au printemps, et enseigne à deux groupes cet automne. «Ce sont des enfants qui ont de la difficulté avec les habiletés sociales. Avec mes débutants, je travaille beaucoup sur ça. Aussi, ils ne sont pas sensibles au danger. Il faut les sensibiliser à l'environnement de la piscine. Qu'est-ce que j'ai sur le bord de ma piscine, qu'est-ce que je dois regarder?»

En plus d'éduquer les enfants à l'aspect sécurité, les cours de natation favorisent l'accès aux camps de jour pour les autistes, en éliminant l'obstacle d'une surveillance exigeant une trop grosse surcharge de travail. «Je ne leur apprends pas les techniques de nage, c'est vraiment d'être à l'aise dans l'eau», résume la jeune femme qui trouve du temps pour préparer ses cours à travers ses quelque 25 heures de travail par semaine au restaurant familial.

Ce projet d'enseignement de la natation aux enfants autistes ne s'inscrit dans aucun cours du cursus de son programme. Il est né d'une initiative totalement autonome.

«C'est moi qui avais besoin d'un défi. J'avais besoin d'être en contact avec les enfants autistes. C'est une clientèle que je peux côtoyer en enseignement, alors pourquoi ne pas la découvrir de cette manière-là? Les autistes, je les adore, ils sont attachants. À chacun de mes cours, je ne sais pas à quoi m'attendre, comment ils vont réagir, c'est une surprise à chaque fois.»

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