Du deuil à l'entraide

Lucie Trottier-Morin... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Lucie Trottier-Morin

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

Lucie Trottier-Morin a perdu son fils en 1998. À l'âge de 18 ans, Benoit s'est enlevé la vie. Après avoir navigué dans son épreuve pendant quelques années avec le soutien de son entourage, la mère endeuillée s'est approchée du phare qu'est le Centre prévention suicide (CPS) les Deux rives. De fil en aiguille elle s'y est impliquée, et son action a été récompensée en juin dernier par l'octroi du prix Jean-Phaneuf du bénévole de l'année décerné par l'Association québécoise de prévention du suicide.

«Nous ne nous sommes pas référés au Centre prévention suicide quand c'est arrivé. Nous étions très bien entourés. À peu près cinq ans plus tard, j'ai pris connaissance de ce qu'on aurait pu m'offrir au centre, et je regrettais un peu. J'aurais pu bénéficier d'un accompagnement ou de rencontres de groupe une fois par mois pendant un an», raconte l'infirmière retraitée dont l'époux, Serge Morin, était directeur de l'école fréquentée par leur fils au moment de son décès.

Lorsqu'elle s'est sentie un peu plus solide, Mme Trottier-Morin a voulu savoir si, au CPS, elle pourrait découvrir un élément qui lui aurait échappé dans son cheminement vers la guérison, même après cinq ans. On lui a répondu que les ressources étaient surtout destinées aux parents nouvellement endeuillés. On lui a alors proposé de créer un groupe de gens qui avaient perdu un proche depuis quelques années et qui manquaient de forums pour en discuter.

«On m'a demandé de démarrer ce groupe avec deux autres femmes dans ma situation. On s'est vite aperçu que ça prendrait une professionnelle avec nous. On n'arriverait pas à gérer un groupe et à le faire évoluer seulement avec notre bonne volonté. Au lieu de gérer le groupe, j'y ai participé pendant trois ans. Une des intervenantes m'a interpellée pour que je m'implique dans le conseil d'administration», relate-t-elle.

La Trifluvienne a intégré le conseil en 2008 en tant que représentante des endeuillés. Après avoir occupé le poste de secrétaire, elle fut désignée présidente en 2012, et a cédé son poste en 2014 lors de la mort accidentelle de son mari. «J'ai laissé la présidence quand Serge est décédé. On était dans une démarche de réorganisation majeure au centre, et je n'étais plus apte à présider tout ça», justifie celle qui a quand même réintégré le conseil d'administration quelques mois plus tard.

Mme Trottier-Morin croit que c'est en partie la gestion de cette réorganisation qui a incité des employés du centre à soumettre sa candidature au prix Jean-Phaneuf. Elle fait remarquer qu'autour de la table d'un conseil d'administration d'organisme, on ne perçoit pas toujours quels sont les enjeux quotidiens auxquels sont confrontés les employés qui y travaillent au jour le jour. «Il ne faut pas oublier que le produit de l'organisme c'est la détresse, la souffrance des proches. Les gens travaillent au quotidien avec cela. Un jour, une employée est venue me voir pour sonner l'alarme. On a constaté qu'on avait une démarche très importante à faire pour avoir un portrait réel de la situation. Cette période a fragilisé l'organisme», observe la dame qui a enclenché le processus de restructuration en collaboration avec l'actuel président Normand Séguin.

Quand elle parle de l'organisme pour lequel elle se dévoue, Mme Trottier-Morin met en lumière des services qu'elle a vu naître comme celui de relance. Depuis quelques années, les intervenants du CPS effectuent des suivis téléphoniques auprès de gens qui ont appelé à la ligne d'écoute du centre. Elle mentionne aussi la formation de sentinelles, ces personnes outillées pour reconnaître les comportements suicidaires et guider les personnes vulnérables vers une ressource.

L'administratrice est particulièrement fière de la crédibilité du CPS et du rôle prépondérant qu'il joue sur tout le territoire de la Mauricie et du Centre-du-Québec. «Plus ça va, plus le CPS est reconnu comme la ressource spécifiquement spécialisée dans la prévention du suicide au niveau régional. On fait partie du réseau et on est considéré par nos partenaires publics, le CSSS, l'Info-Social 811...», apprécie Mme Trottier-Morin.

Cette année, le CPS les Deux rives a choisi de déplacer sa vigile annuelle de février en septembre. Une centaine de personnes ont assisté au rassemblement du 10 septembre dernier, contrairement à la quarantaine dénombrée lorsque l'activité se tenait en février.

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