Favoriser les liens intergénérationnels grâce au bénévolat

Alain Desbiens... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Alain Desbiens

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

Certains parents qui perdent un enfant dans des circonstances tragiques trouvent le moyen de canaliser leur peine en donnant du sens à leur deuil. C'est le cas d'Alain Desbiens, dont le fils Sunny s'est noyé à Shawinigan en 2007 à l'âge de 14 ans. À peine son fils retrouvé, après trois jours de recherches, le père créait une fondation dédiée au développement des liens intergénérationnels.

Compte tenu des circonstances de la mort de son fils, Alain Desbiens aurait pu consacrer l'action de la Fondation Sunny D. Extreme à la sensibilisation aux conséquences de la consommation de stupéfiants ou à la prudence près des cours d'eau. Il a plutôt choisi de faire honneur à un trait de la personnalité de son fils qui lui fut révélé lors de sa disparition.

«Pendant les jours où on l'a cherché, on a entendu des belles histoires, des histoires de choses qu'il faisait et dont on ne se doutait pas. Je voyais qu'il allait souvent à la résidence Saint-Maurice, tout près d'où nous demeurions. Je pensais qu'il dérangeait les personnes âgées, mais ce n'est pas ce qu'on m'a dit. On m'a dit qu'il allait les faire rire. Il allait les divertir, finalement», raconte Alain Desbiens, propriétaire d'un commerce d'éclairage à Shawinigan.

Sunny a été vu vivant la dernière fois le mercredi 8 août 2007 en soirée, puis son corps a été retrouvé le dimanche 12. Le 15 août, deux jours avant les funérailles de son enfant, Alain Desbiens annonçait la création de la Fondation Sunny D. Extreme. «J'ai eu l'idée de la fondation avec tout ce qui m'avait été raconté. Peut-être que j'ai fait ça vite. Mais le deuil, veux, veux pas, il fallait que je le vive quand même. Peut-être que j'ai voulu mettre du positif là-dedans», analyse-t-il avec le recul.

La première année, la fondation a décerné 11 bourses de 500 $ à des jeunes ayant démontré qu'ils s'étaient impliqués bénévolement auprès d'aînés. Dès le départ, M. Desbiens a pu compter sur la contribution philanthropique des employés de sa compagnie et des clients.

En mai 2013, la fondation dévoilait le projet Sunny Action, élaboré en collaboration avec le Centre de santé et de services sociaux de l'Énergie. Les jeunes de 14 à 16 ans étaient invités à agir comme bénévoles, au cours de l'été, auprès de résidents des centres d'hébergement du CSSS, en bonifiant les activités de l'équipe d'animation-loisir. À l'été 2013, 42 adolescents ont passé près de 2900 heures avec des personnes hébergées aux résidences Saint-Maurice et Laflèche, et l'expérience s'est renouvelée en 2014.

«Ces deux derniers étés, les jeunes ont fait près de 6000 heures de bénévolat en quatre mois. Cette année on arrive à notre record de jeunes. On en a plus de 60», se réjouit M. Desbiens. Le projet s'étendra au Centre d'hébergement Vigi Les Chutes de Shawinigan et dépassera les frontières de la région en s'implantant aux Jardins Lebourgneuf à Québec. Une douzaine d'adolescents de Québec ont suivi la formation donnée par la Fondation Sunny D. Extreme.

À Shawinigan, certains participants en seront à leur troisième été, et certains ont aussi recruté leur frère ou soeur plus jeune. Les bénéfices de la démarche sont appréciés d'un côté comme de l'autre. M. Desbiens raconte que des parents lui ont témoigné du changement observé chez leur ado rebelle, après l'expérience du projet Sunny Action. «Et les aînés attendent juste que les jeunes arrivent! Ils ont hâte!»

La fondation s'enrichira de l'expertise de l'Université du Québec à Trois-Rivières qui y consacre un projet PICOM (Projet d'intervention dans la communauté). Les effets du programme de bénévolat intergénérationnel seront documentés, et des outils pour favoriser sa pérennité et sa diffusion seront développés par les étudiants.

«À l'été 2016, on veut envoyer le projet partout au Québec. Le travail des gens de l'UQTR nous aidera. C'est ce dont on avait besoin. C'était mon rêve», commente M. Desbiens en évoquant le déploiement de Sunny Action dans la province.

Le Shawiniganais explore d'autres avenues pour développer les ponts intergénérationnels. «Peut-être qu'il y a certains jeunes qui ne voudront jamais aller dans les centres d'hébergement et qui aimeraient aider, mais d'autres façons. J'imagine des escouades de jeunes aller chez des personnes plus âgées faire du gazon, laver des fenêtres, des autos, déneiger... Toujours supervisés, avec une formation», entrevoit-il.

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