Déstigmatiser la santé mentale masculine

Philippe Roy... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Philippe Roy

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

C'est en prenant conscience du côté «privilégié» de son existence et en la confrontant avec les réalités différentes de la sienne que Philippe Roy a développé son intérêt pour la détresse d'autrui, et particulièrement pour celle des hommes. Nouvellement diplômé d'un doctorat en travail social portant sur le stress vécu par les agriculteurs québécois, le Trifluvien est président du conseil d'administration de L'Accalmie, une ressource d'hébergement pour les personnes traversant un épisode suicidaire.

Élevé dans le quartier Saint-Pie-X, Philippe Roy se souvient de sa surprise de constater, enfant, que ce n'étaient pas toutes les familles qui demeuraient dans une maison avec une cour... Il se souvient aussi de cette famille serbe, rescapée de la guerre, reçue chez lui quand il avait 12 ans.

«Je comprenais que j'étais privilégié et qu'il y avait bien des réalités différentes de la mienne», analyse-t-il en évoquant la genèse de sa curiosité et de ses choix d'études.

«J'étais enfant aussi quand il y a eu la tuerie de Polytechnique et je me demandais comment c'était possible, autant de haine», ajoute celui qui s'est dirigé en psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Après son baccalauréat, Philippe Roy a entrepris une maîtrise en sociologie à l'Université du Québec à Montréal. Là, il s'est particulièrement intéressé à la problématique du suicide chez les hommes.

«Les suicides de Kurt Cobain, de Gaétan Girouard et de Dédé Fortin m'avaient amené à me questionner. C'était tellement loin de ma réalité, cette forme de misère-là». Pour la rédaction de son mémoire, l'étudiant devait rencontrer des hommes qui traversaient une crise suicidaire. C'est là qu'il a pris contact avec L'Accalmie, qui avait ouvert ses portes en 2005. Il a joint l'équipe de 2007 à 2009 en tant qu'agent de communication et de financement.

Une fois sa maîtrise en main, Philippe Roy a choisi de poursuivre son cheminement académique en s'inscrivant au doctorat en travail social à l'Université Laval.

«Tu peux sortir le gars de l'université, mais tu ne peux pas sortir l'université du gars. J'ai voulu faire de la curiosité ma profession!», formule celui qui est maintenant professeur invité à l'École de service social de l'Université de Montréal.

Au troisième cycle universitaire, le chercheur a continué à s'intéresser à la santé psychologique des hommes.

«Il y a quelque chose de méconnu là-dedans, une espèce de tabou que t'as le goût de gratter». Soutenue en octobre dernier et auréolée d'une mention d'honneur, sa thèse de doctorat s'intitule Pratiques masculines: expérience et adaptation au stress vécues par les agriculteurs québécois.

Si les travailleurs sociaux agissent plus en intervention sur le terrain, les travaux des universitaires contribuent de façon complémentaire à fournir une vue d'ensemble des enjeux au coeur des actions. «C'est une roue qui s'alimente. Les intervenants de terrain partagent leur expérience et nous on a le recul du processus scientifique. Ma job comme chercheur est de faire entendre leurs voix», dit-il en parlant de ses sujets de recherche.

Devenu une référence dans son domaine, Philippe Roy a partagé son savoir comme conférencier en Angleterre, en Suisse, en Islande et en Colombie-Britannique, entre autres. Il s'est également rendu au Burkina Faso pour faire la promotion de l'implication des pères dans la santé maternelle et infantile.

Le Trifluvien a coordonné une campagne de marketing social pour le compte du Centre de prévention du suicide de Québec et a fait partie du conseil d'administration du centre de ressources pour hommes AutonHommie, aussi à Québec.

En Mauricie, L'Accalmie profite de l'expertise du président de son conseil d'administration. «Ce qu'il y a d'important avec L'Accalmie, c'est l'aspect transition. La ressource est née du fait qu'on échappait beaucoup de monde entre les services. Aussi, la maison permet de briser l'isolement. C'est insoupçonné, le soutien mutuel entre ces personnes-là».

Plus globalement, Philippe Roy identifie ainsi les défis qui se posent en santé mentale: «Le défi est l'interface entre l'homme et les services. Il faut déstigmatiser la santé mentale et la demande d'aide. On a beaucoup travaillé sur l'accès aux services, avec les lignes 24 heures et l'accueil psychosocial. Mais on n'a pas beaucoup travaillé sur l'acceptabilité. Il faut démontrer que demander de l'aide est fort. Les services sont là, mais il y a encore beaucoup de tabous.»

Vous pouvez entendre l'entrevue avec notre Tête d'affiche dans l'émission matinale Chez nous le matin, animée par Frédéric Laflamme, au 96,5 FM, entre 6 h et 9 h, ainsi que le reportage présenté au Téléjournal Mauricie du dimanche. Écrivez-nous à redaction@lenouvelliste.qc.ca

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