CHSLD Saint-Maurice: des mises en disponibilité modifiées

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Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers (CSN).

Sylvain Mayer

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Depuis le 1er juillet, le CIUSSS Mauricie-Centre-du-Québec a modifié l'organisation du travail au CHSLD Saint-Maurice. Les préposés aux bénéficiaires mis en disponibilité peuvent maintenant être appelés à travailler sur n'importe quel étage, peu importe les caractéristiques physiques et mentales des bénéficiaires. Il s'agit, en termes clairs, d'une fusion des centres d'activités.

«La démarche date de l'automne dernier», explique Sébastien Rouleau, directeur adjoint, Programme de soutien à l'autonomie des personnes âgées, hébergement rive nord au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. 

«L'objectif est d'en arriver à fonctionner comme dans l'ensemble des autres CHSLD du territoire. On fusionne les centres d'activités pour n'en avoir qu'un seul par CHSLD. C'est toute une gymnastique de gestion, avec l'objectif de s'assurer d'une mobilité du personnel pour venir en support aux unités dans lesquelles ça pouvait être un peu plus difficile.»

La même démarche a été entreprise au CHSLD Frederick-George-Hériot, à Drummondville. Or, cette nouvelle directive ajoute au lot de frustration des employés. 

Déjà, le personnel travaille dans un environnement difficile, avec des cas très lourds à gérer. Au CHSLD Saint-Maurice, le fameux troisième étage laisse des cicatrices. Des bénéficiaires atteints d'Alzheimer avec un mélange de démence et de comportements agressifs requièrent des aptitudes particulières, expliquent des employés rencontrés au cours des dernières semaines.

«L'autre jour, une fille s'est fait traîner par les cheveux, rouer de coups, déchirer ses vêtements et pendant qu'elle était par terre, le monsieur continuait à la frapper», raconte une infirmière. «Même si ces gens sont malades, ils ont toutes leurs capacités physiques.»

Une autre s'est fait fracturer une jointure par une résidente. «Ils nous crachent dessus, ils nous mordent, on se fait pincer. C'est comme des enfants avec des troubles de comportement, mais dans des corps d'adultes», image la même infirmière.

Certains ne se sentent vraiment pas à l'aise de travailler avec ces cas lourds. Plutôt que de risquer d'y être assigné, des préposés aux bénéficiaires préfèrent retirer ou du moins, modifier leur disponibilité pour cet établissement, ce qui ajoute un nouveau problème de gestion pour la direction.

Les chiffres concernant ces changements varient selon la source. Du côté syndical, on mentionne que 56 employés se sont prévalus de la possibilité de modifier leur disponibilité. Au CIUSSS, on n'en recense que 13. Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques, ajoute que les raisons peuvent être multiples, donc pas nécessairement reliées à la nouvelle directive.

Dans un cas ou dans l'autre toutefois, il s'agit d'un irritant supplémentaire pour réussir à former des équipes qui assureront des couvertures complètes. Avant même la mise en place de cette mesure, Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers (CSN), note qu'il manquait toujours au moins une employée par étage au CHSLD Saint-Maurice. 

«Avant, la personne pouvait choisir à quel étage elle voulait travailler», explique le porte-parole syndical. «Maintenant, ce choix est enlevé. Avec cette mesure, l'employeur voulait du personnel plus malléable, que les employés aillent où la direction a des besoins. Mais c'est l'effet contraire: des personnes s'en vont pour avoir une qualité de vie, pour être avec la clientèle avec laquelle ils veulent travailler.»

En conséquence, depuis que le personnel a appris l'instauration de cette mesure en février, M. Bastarache mentionne que six préposés aux bénéficiaires ont remis leur démission.

Déjà que le syndicat observait que les absences montaient en flèche, mettant encore davantage de pression sur ceux qui restent.

«Pour l'année 2016-2017, nous avons 1196 dossiers d'assurance-salaire en cours sur le territoire de la Mauricie et du Centre-du-Québec», indique M. Bastarache. «Seulement à Shawinigan, c'est environ 85. Au cours de la dernière année, les cas référés à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail ont doublé.»

M. Rouleau semble confiant qu'au bout de la ligne, cette réorganisation produira des résultats positifs. «L'ensemble du personnel est présentement inscrit à l'horaire à la hauteur de sa disponibilité», explique-t-il. «Jusqu'en décembre, nous avons statué que les gens auraient le temps complet souhaité. Ça amène de l'eau au moulin. Ainsi, si deux ou trois personnes augmentent leur disponibilité dans un centre d'activités, ça pourrait entraîner des surplus sur certaines unités qui pourraient aider les manques ailleurs.»

Quant à l'étage redouté du CHSLD Saint-Maurice, M. Rouleau convient qu'il s'agit d'une clientèle plus lourde, mais selon lui, elle ne se distingue pas particulièrement de ce qu'on retrouve ailleurs. 

«C'est une unité prothétique qui héberge une clientèle avec des troubles cognitifs, avec errance évasive, comme on en retrouve sur différents sites», précise-t-il. «Il n'y a pas d'unité particulière à Saint-Maurice. En CHSLD, il faut être conscient que 80 % des gens présentent des troubles d'ordre cognitif.»




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