Difficile changement pour un enfant handicapé

Édouard Genest et sa maman Marianne Trudel.... (Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Édouard Genest et sa maman Marianne Trudel.

Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le petit Édouard, 8 ans, vient de réussir haut la main sa première année à l'école primaire. Pour lui qui souffre d'une hypoplasie du cervelet, c'est tout un exploit.

Cette condition lui rend en effet la vie extrêmement compliquée et c'est grâce à Mme Sylvie, qui l'accompagne à l'école en tant que technicienne en éducation spécialisée (TES) depuis 3 ans, que ce petit miracle a pu se produire.

Or, Mme Sylvie ne sera plus à ses côtés, en septembre. Pour des questions de convention collective et d'ancienneté syndicale, c'est une autre TES qui prendra sa place.

La mère de l'enfant, Marianne Trudel, est aux abois. C'est qu'en plus de perdre la TES qu'il connaît bien, Édouard changera aussi de classe et du même coup, d'amis.

Pour cet enfant au parcours déjà complexe, c'est beaucoup trop, estime-t-elle. Le garçon éprouve en effet des problèmes d'adaptation et de la difficulté à faire confiance, dit-elle. En se basant sur ses expériences passées, Mme Trudel anticipe donc déjà les conséquences, c'est-à-dire un bouleversement académique de 3 à 6 mois, le temps que son enfant s'habitue à tous ces chambardements.

Depuis trois ans, Édouard bénéficie des services d'une TES à plein temps. L'hypoplasie de son cervelet affecte ses réflexes, son équilibre et même sa capacité à manger seul. La TES qu'il avait jusqu'à présent comprenait bien son langage et ses besoins au point de changer sa couche et d'assurer son hygiène.

Tout ce qui est naturel pour un être humain normal, comme marcher, ramper, être propre, manger ou parler, Édouard doit l'apprendre petit à petit. «Il n'a pas de déficit intellectuel», précise toutefois sa mère et il comprend donc tout ce qui lui arrive, assure-t-elle.

Toutefois, il faut très bien connaître Édouard pour arriver à le comprendre, explique-t-elle, parce qu'il ne fait pas encore de phrases complètes.

«Il a un grave déficit de la parole. Même mon conjoint a de la difficulté à le comprendre», explique-t-elle. Il n'utilise aucun verbe ni aucun article. «Au lieu de dire la voiture va vite, il va plutôt dire voiture vite», illustre sa mère. Mme Sylvie, la TES, est une des rares personnes qui le comprenne au point de le faire progresser à l'école régulière La Providence de Saint-Tite où ses parents l'ont inscrit.

En changeant de TES, «on met en plan les progrès académiques d'Édouard pour trois à six mois», déplore Mme Trudel. «Qu'est-ce qui est le plus important? Le bien-être des enfants ou leur convention collective?», fulmine-t-elle.

Le président du Syndicat des employés de soutien de la Mauricie, René Lang, assure que le bien-être de l'enfant est au coeur des préoccupations, dans cette affaire.

Il indique qu'une rencontre a d'ailleurs eu lieu avec la commission scolaire et la direction des ressources humaines et que des discussions ont eu lieu deux fois avec la mère du petit Édouard.

Il rappelle que la même situation s'était présentée, l'an dernier. Le Syndicat avait alors fait un pas en acceptant que la TES qui travaillait avec Édouard demeure une année de plus auprès de lui, alors qu'un changement de TES était pourtant prévu. 

M. Lang ajoute qu'il semble difficile de concevoir que la même TES puisse travailler auprès du même enfant pendant 12 ans. «Qu'arrivera-t-il si elle est enceinte et part deux ans?», illustre-t-il. «On ne peut pas l'attacher à un seul enfant», plaide-t-il.

Il faut aussi se questionner sur les bienfaits que pourrait avoir sur Édouard le fait de côtoyer plus d'un adulte aidant au cours de son cheminement scolaire, indique M. Lang.

Le Syndicat a tenté d'obtenir copie du plan d'intervention d'Édouard, un document produit par une équipe multidisciplinaire de l'école, mais sans y parvenir, dit-il. N'ayant aucune donnée objective sur laquelle s'appuyer, le Syndicat en conclut que toutes les TES sont qualifiées pour travailler auprès d'Édouard. «On maintient donc notre position», dit-il.

M. Lang ajoute que le Syndicat a néanmoins proposé une solution aux parties qui consisterait à créer une période de transition au cours de laquelle les deux TES, celle qu'Édouard a eue cette année et la nouvelle qu'il aura en septembre, pourraient intervenir en même temps, question de l'aider à s'adapter.

Pour l'instant, aucune suite n'a été donnée à cette proposition, indique M. Lang.




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