Pas facile de démystifier la maladie mentale

Luce Doré et Lorraine Lemay, respectivement présidente et... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Luce Doré et Lorraine Lemay, respectivement présidente et directrice générale de l'organisme le Phénix, avec en arrière-plan des participants au 5 à 7 organisé pour sensibiliser les commerçants du quartier Saint-Marc - Christ-Roi au quotidien des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) L'activité partait d'une noble intention, mais la participation a démontré toute la difficulté à surmonter les préjugés toujours tenaces au sujet de la maladie mentale.

Le 14 novembre, le Phénix organisait un 5 à 7 pour les gens d'affaires du quartier Saint-Marc - Christ-Roi pour qu'ils entrent en contact avec des membres qui combattent des troubles obsessifs compulsifs, de personnalité limite ou de bipolarité. Cinquante-sept commerçants avaient été invités et un seul s'est présenté.

Auparavant connu sous l'appellation Auto-Psy, le Phénix se définit comme un groupe d'entraide et un centre de jour en santé mentale. La directrice générale, Lorraine Lemay, estime à une centaine le nombre de personnes accompagnées chaque année.

L'idée de ce 5 à 7 a germé à la suite de la publication d'un reportage dans nos pages, en mai dernier. Dans le cadre du premier anniversaire de l'intégration du Centre culturel musulman de Shawinigan sur l'avenue Saint-Marc, Le Nouvelliste avait tâté le pouls du quartier.

Personne n'avait trouvé quoi que ce soit à reprocher à la nouvelle mosquée. En fait, plusieurs personnes avouaient plutôt leur inconfort à voir déambuler régulièrement «la clientèle de Sainte-Thérèse». La proximité du Centre régional de santé mentale semblait indisposer bien des commerçants.

«Quand j'ai lu ça, je me suis dit: Pas encore!», soupire Mme Lemay. «Je trouvais ça très dommage.»

Le Centre régional de santé mentale réfère souvent des bénéficiaires au Phénix, qui facilite la réhabilitation de la personne vers la socialisation et une vie normale en communauté. Mais évidemment, la différence suscite un inconfort qui explique sans doute pourquoi les personnes aux prises avec un problème de santé mentale sont associées à tous les maux de la société.

«Nos membres sont plus dangereux pour eux-mêmes que pour les autres», fait remarquer Luce Doré, présidente du conseil d'administration du Phénix. «Pourtant, les gens identifient encore beaucoup la violence avec la maladie mentale.»

Pour appuyer cette affirmation, Mme Lemay brandit un article qui cite la chercheuse Anne Crocker, du département de psychiatrie de l'Université McGill, selon qui les personnes souffrant de troubles mentaux commettent à peine 3 % des actes violents recensés dans la société.

Afin de contribuer à défaire les perceptions, le Phénix est donc allé cogner aux portes des commerçants en octobre pour leur proposer cette activité. Une relance téléphonique a été effectuée quelques jours avant le 5 à 7 et les organisateurs ont alors perçu que l'invitation n'emballait pas beaucoup de monde. Trop occupé, autre chose à l'horaire, toutes les raisons étaient invoquées pour détourner le regard.

«Nous avons pensé annuler l'activité», reconnaît Mme Doré. «Peut-être que c'était un pas trop grand à franchir pour les commerçants. Mais finalement, nous l'avons maintenue en nous disant que ça illustrait très bien les difficultés que nous rencontrons dans le regard des gens. Pourtant, on connaît tous des personnes qui ont été aux prises avec des problèmes de santé mentale dans notre entourage, mais on fait comme si ça n'existait pas.»

L'activité a finalement rassemblé une douzaine de personnes, majoritairement des intervenants accompagnés de quelques membres. Guy Casabon, propriétaire de l'entreprise Distributions Lion d'or, déplorait ce manque d'intérêt.

«Je suis venu pour la cause», explique-t-il. «Dès qu'on entre ici, il se dégage une énergie particulière. On sent que le monde est bien. On vit des problèmes à Shawinigan et si on n'en parle pas, les tabous se développent.»

Le 5 à 7 s'est tout de même déroulé dans une ambiance conviviale, ponctuée de quelques témoignages qui illustraient le quotidien des personnes qui vivent des problèmes d'anxiété, de psychose ou de trouble de la personnalité.

Les organisatrices conviennent qu'un lundi soir de novembre ne constitue peut-être pas la meilleure journée pour socialiser dans ce cadre. Elles plancheront sur de nouvelles stratégies pour démystifier la maladie mentale dans ce quartier défavorisé.

«On est loin de se décourager», assure Mme Lemay. «On pense organiser une journée porte ouverte. Ce n'est que partie remise.»

Et la prochaine fois, M. Casabon promet qu'il prendra la peine d'insister un peu plus auprès de la communauté d'affaires du quartier pour que les gens se déplacent en plus grand nombre.

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