La Résidence de l'Espérance fermera ses portes

François Grimard et Susanna Davey, propriétaires de la... (Sylvain Mayer)

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François Grimard et Susanna Davey, propriétaires de la Résidence de l'Espérance, sont contraints de fermer leurs portes en raison des coupes dans le financement alloué à leur ressource.

Sylvain Mayer

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Déjà à l'étroit dans l'enveloppe accordée par le ministère de la Santé et des Services sociaux, la Résidence de l'Espérance, dans le secteur Shawinigan-Sud, ne résistera pas à une nouvelle réduction budgétaire prévue le 1er janvier. Les propriétaires annoncent donc à regret qu'ils ne renouvelleront pas l'entente avec le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui prend fin le 9 décembre, laissant ainsi neuf résidents aux prises avec des troubles de démence et des pertes cognitives devant l'inconnu.

«Je n'ai pas le choix», laisse tomber Susanna Davey, propriétaire de l'endroit appuyée de son mari, François Grimard. «Notre financement baisse tellement qu'il faudrait continuer sans employé. Ce n'est pas possible avec une clientèle lourde comme celle que nous avons. Comme je ne veux pas diminuer la qualité de nos soins, j'ai pris la décision de fermer.»

Concrètement, la Résidence de l'Espérance a vu son aide financière chuter de 16 % entre 2015 et 2016, puis d'un 19 % supplémentaire à compter du 1er janvier 2017. Les frais fixes ne suivent pas la même courbe, fait remarquer Mme Davey.

«Depuis le mois d'août, je regarde avec le CIUSSS pour voir s'il n'y aurait pas moyen de trouver d'autres sources de financement, de changer de clientèle, de faire de quoi», raconte Mme Davey. «Ils voulaient renouveler mon contrat tel quel. J'ai dit d'oublier ça. Je ne commencerai pas à payer de mes poches pour avoir du monde ici.»

L'an dernier encore, la Résidence de l'Espérance embauchait neuf personnes. Au début 2016, il a fallu procéder à trois mises à pied, en raison d'une première coupe de budget. Cette année, la ressource s'est débrouillée avec quatre personnes à temps plein et deux à temps partiel, mais les propriétaires ont dû prendre les bouchées doubles.

«Ça n'a aucun sens», déplore M. Grimard. «Je ne comprends pas comment le gouvernement réfléchit et calcule. C'était la première fois que je votais pour Couillard et Barrette et ce sera la dernière. Ce gouvernement austère n'a aucune notion de ce qui se passe sur la plancher des vaches.»

Le couple a ouvert cette résidence en 1994 et quatre ans plus tard, elle était accréditée comme ressource intermédiaire par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Rencontre

Les proches des bénéficiaires sont invités à une rencontre le mercredi 2 novembre à 10 h pour se faire expliquer la situation.

«Les familles sont en désarroi», résume Mme Davey. «Les gens sont très déçus et certains sont même fâchés. J'aime ce que je fais, j'aime les résidents, mais en raison des contraintes budgétaires, je ne peux pas continuer.»

Vendredi après-midi, Suzanne Béland est passée à la résidence pour rendre visite à son père de 87 ans. Elle a appris la triste nouvelle mercredi et s'en désole, puisque dans son esprit, le personnel assure un service beaucoup mieux adapté aux pertes cognitives qu'un centre d'hébergement de soins de longue durée.

«Je suis déçue royalement car ici, il avait un bon encadrement», explique-t-elle. «Je ne sais pas ce que je pourrai faire avec lui. Vont-ils encore me remettre ça sur les bras?

Les règles étaient connues, rappelle le CIUSSS

Pour le moment, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec ne détecte aucune autre rupture de service sur son territoire comparable à celle annoncée par la Résidence de l'Espérance, soit en raison d'une baisse d'allocation.

Geneviève Jauron, conseillère en communication pour l'organisation, rappelle que les règles étaient connues depuis longtemps, y compris la disposition prévoyant la fin de l'aide transitoire du ministère à compter du 1er janvier 2017. 

«La ressource nous a informés qu'elle fermait ses portes», commente-t-elle, en parlant de la Résidence de l'Espérance. «Nous souhaitions renouveler le contrat tel quel. Le financement est balisé par la Loi sur la représentation des ressources, en vigueur depuis trois ans. Elle détermine les montants alloués à chaque ressource.»

«Le gouvernement s'était engagé, jusqu'en décembre 2015, à payer l'écart entre ce qui était payé antérieurement et ce qui est balisé dans la loi. Entre décembre 2015 et décembre 2016, il s'était engagé à payer 50 % de l'écart du financement. Par contre, en janvier 2017, les nouveaux montants deviennent effectifs. La compensation vient à échéance.»

Susanna Davey, propriétaire de la Résidence de l'Espérance, s'attendait toutefois à de nouvelles sources de financement compensatoires, à l'issue de la négociation menée par le Regroupement des ressources résidentielles adultes du Québec.

«On devait nous proposer d'autres façons de réclamer de l'argent pour le soin des personnes qui sont plus dans le besoin, mais on ne connaissait pas les critères», déplore Mme Davey. «Nous avons fait confiance à l'aveuglette.» 

La rencontre du 2 novembre permettra d'en savoir un peu plus long sur le sort qui attend les neuf résidents. Mme Davey s'attend à ce que quatre d'entre eux se retrouvent dans un centre d'hébergement de soins de longue durée, alors que les autres pourraient être répartis dans d'autres ressources intermédiaires de la région.

«La qualité de vie d'une maison de neuf résidents avec un CHSLD, ça ne se compare pas», croit-elle. 

Mme Jauron mentionne qu'une coordonnatrice de soutien à domicile et des chefs de service participeront à la rencontre du 2 novembre pour le CIUSSS.

«Nous informerons les résidents et leurs familles des différentes étapes à venir», indique la porte-parole. «Nous évaluons présentement les besoins des neuf résidents afin de trouver les meilleures ressources. Nous comprenons qu'un changement de milieu de vie peut être vécu difficilement par certains résidents, mais nous voulons les accompagner dans les étapes qui les mèneront vers une relocalisation.»

La propriétaire espère que le CIUSSS agira avec diligence, afin que l'insécurité ne s'invite pas dans la période des Fêtes des bénéficiaires.

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