Maison Albatros: un patient transféré pour obtenir l'aide médicale à mourir

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La Maison Albatros de Trois-Rivières n'administre pas l'aide médicale à mourir, comme la très grande majorité des maisons de soins palliatifs au Québec.

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(Trois-Rivières) La maison de soins palliatifs Albatros de Trois-Rivières a reçu, cet été, une première demande d'aide médicale à mourir, demande qu'elle a dû référer au Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR) de Trois-Rivières, étant donné que la politique interne de la maison ne permet pas d'offrir cette aide à la demande des patients.

Selon la directrice de l'établissement, Anne-Marie Hébert, l'organisme, au même titre que la très grande majorité des centres de soins palliatifs du Québec, n'offre pas l'aide médicale à mourir, non pas dans un esprit de se prononcer contre cette nouvelle mesure, mais bien pour respecter la mission et le mandat du centre de soins palliatifs, ainsi que dans une volonté de transparence vis-à-vis les personnes susceptibles de choisir de venir finir leurs jours à Albatros.

«La politique de la maison a été entérinée non pas à l'unanimité, mais par une très grande majorité du conseil d'administration. Il y a tellement de confusion entourant l'aide médicale à mourir, et nous ne souhaitons pas non plus inquiéter notre clientèle. Il ne faut pas oublier que plusieurs personnes ont peur de venir en soins palliatifs, parce qu'ils ne souhaitent pas mourir.

D'offrir l'aide médicale à mourir peut semer la confusion dans l'esprit de ceux qui acceptent de venir chez nous. Nous ne souhaitons pas relancer ce débat-là, notre priorité demeure le bien-être de notre clientèle», explique Mme Hébert.

Toutefois, le cas recensé cet été a incité la direction d'Albatros à revoir ses façons de faire quant à l'admission des patients qui choisissent de venir dans ce centre. Un formulaire faisant état de la politique de non-disponibilité de l'aide médicale à mourir devait déjà être signé par l'ensemble des patients arrivant au centre.

Toutefois, depuis peu, on demande à ce que le formulaire soit signé avant leur arrivée au centre, soit à l'hôpital ou encore à la maison, là où le patient se trouve, pour qu'il prenne une décision éclairée en fonction des services qui s'offrent à lui.

«Évidemment, si un patient change d'idée au cours de son séjour avec nous, nous allons le diriger vers les bonnes ressources et l'accompagner dans sa démarche, mais nous ne pouvons pas lui offrir ce service», précise Mme Hébert.

La directrice de la Maison Albatros ne doute pas que le sujet pourrait être rediscuté à moyen terme par le conseil d'administration, mais ne s'attend pas à un changement de position dans un avenir immédiat.

«Je ne crois pas que nous allons changer notre position dans un avenir rapproché. L'important pour nous, c'est de conserver un climat le plus serein possible à l'intérieur de nos murs pour notre clientèle», ajoute Mme Hébert.

En Mauricie et au Centre-du-Québec, entre le 10 décembre 2015 et le 10 juin 2016, onze demandes d'aide médicale à mourir ont été formulées. De ce nombre, neuf ont été administrées. Dans les deux autres cas, un patient est décédé avant de pouvoir obtenir l'aide, et l'autre a volontairement retiré sa demande.

Au Québec, des 31 maisons de soins palliatifs semblables à Albatros, seulement deux offrent l'aide médicale à mourir.

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Alain Naud

Le Soleil

Position intenable

Selon le Dr Alain Naud, spécialiste des soins palliatifs au CHU de Québec et grand défenseur de l'aide médicale à mourir, la position adoptée par 29 des 31 maisons de soins palliatifs au Québec est tout simplement intenable. Le médecin originaire de Trois-Rivières a d'ailleurs signé un article au sujet de l'aide médicale à mourir dans le dernier numéro de la revue Santé inc.

«La philosophie qui entoure les soins palliatifs a toujours été de mettre l'intérêt du patient au coeur de toutes nos démarches. Dans le modèle actuel, on demande à un patient qui veut finir ses jours dans une maison de soins palliatifs d'accepter qu'il n'y ait pas d'aide médicale à mourir sur place.

Or, entre le moment où il place sa demande et le moment où il ne lui reste que quelques jours à vivre, sa situation évolue grandement, et il peut arriver qu'il change d'idée, face à la douleur notamment.

C'est inacceptable qu'à deux ou trois jours de son décès, on transfère à nouveau un patient. Ce n'est pas de travailler dans l'intérêt des malades», croit-il.

Le Dr Naud rappelle qu'un sondage mené à l'automne 2015 démontrait que 92 % de la population québécoise était favorable à l'aide médicale à mourir.

«Les maisons de soins palliatifs vont devoir réaliser que dans cette forte proportion se trouvent non seulement leur future clientèle, mais aussi ceux qui vont financer leurs activités éventuellement», tranche le Dr Naud, qui rappelle que l'aide médicale à mourir est aussi légale à travers le Canada depuis juin 2016, et que la Cour suprême s'est prononcée en ce sens.

Quant à l'argumentaire voulant que d'offrir l'aide médicale à mourir dans une maison de soins palliatifs puisse semer la confusion chez la clientèle, Alain Naud trouve cette explication farfelue.

«La confusion a toujours existé. Il a toujours bien fallu expliquer la différence entre les soins palliatifs et l'aide médicale à mourir. Il y a un travail d'enseignement à faire, c'est notre rôle. L'aide médicale à mourir ne peut être imposée à personne. Nous rencontrons le même défi chaque jour et on le relève sans problème», affirme-t-il.

Selon lui, l'aide médicale à mourir doit transcender les valeurs et convictions personnelles, puisqu'elle doit avant tout servir l'intérêt du patient qui la réclame.

«Ça fait partie du continuum de soins palliatifs, ce n'est qu'une option de plus. Refuser de l'administrer nous oblige à nous demander quel intérêt ça sert», se questionne le Dr Naud.

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Gaétan Barrette

Archives Le Droit, Etienne Ranger

Le ministre réagit

Appelé à réagir sur le sujet par Radio-Canada Mauricie-Centre-du-Québec, le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette n'a pas été tendre à l'égard de la Maison Albatros de Trois-Rivières, qui a refusé d'administrer l'aide médicale à mourir à un patient au cours de l'été.

Il invite nul autre que «les administrations des maisons de soins palliatifs qui travaillent pour l'intérêt des patients, à évoluer».

Il a d'ailleurs affirmé qu'une réflexion devra être faite à ce sujet. «Si on est à ce point dédié à l'intérêt des patients, je pense qu'on devrait donner préséance à la décision du patient dans le cadre actuel plutôt qu'à notre propre vision philosophique», souligne-t-il.

Avec la collaboration d'Amélie Houle

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