Incapable de faire changer ses prothèses

Michelle Dorval a de la difficulté à faire... (Sylvain Mayer)

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Michelle Dorval a de la difficulté à faire changer ses jambes prothétiques. Le système de santé du Québec est en effet réticent à adapter ses façons de faire au genre d'amputation que Mme Dorval a subie au cours des années 1960.

Sylvain Mayer

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Michel Lamy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Une dame de 72 ans de Trois-Rivières essaie depuis deux ans de faire remplacer ses prothèses plantaires. Michelle Dorval se bute cependant à une porte fermée par les services de réadaptation. En fait, le système de santé voudrait que Mme Dorval se fasse raccourcir les mollets à 15 centimètres au-dessous des genoux avant de procéder au remplacement de ses membres artificiels. La principale intéressée est cependant bien décidée à éviter un passage obligé sous le bistouri.

L'élément problématique dans le cas de Mme Dorval est qu'elle possède encore ses talons. Cette situation lui permet d'ailleurs de se déplacer sans ses prothèses sur de courtes distances. Le système de santé québécois n'est cependant pas habitué de composer avec ce genre d'amputation. Aussi, il est difficile pour Mme Dorval de faire remplacer ses prothèses, qui ont une durée de vie estimée à cinq ans.

Mme Dorval est née avec des pieds bots, une malformation congénitale qui fait en sorte que les pieds sont tournés vers l'intérieur. Si cette malformation se soigne aujourd'hui avec une série de plâtres, la réalité était tout autre à l'époque. À l'âge de 16 ans, un médecin a procédé à l'ablation de la plante des pieds de Mme Dorval. Cette intervention s'est avérée décisive pour la jeune fille qu'elle était alors. «Si je ne m'étais pas fait amputer, je ne serais pas capable de marcher aujourd'hui», affirme Mme Dorval. Rappelons que l'opération s'est déroulée au début des années 1960. Les premières jambes artificielles de Mme Dorval pesaient alors 25 livres chacune.

Durant ses années de carrière, Mme Dorval pouvait compter sur son salaire pour se payer de nouveaux membres artificiels. Elle devait cependant aller jusqu'en Ontario pour trouver un prothésiste qui respectait ses exigences. «Chaque nouvelle paire de prothèses me coûtait 10 000 dollars. J'ai fait faire des prothèses en Ontario à trois reprises, pour un total de 30 000 dollars au fil des années», précise Mme Dorval. Maintenant retraitée, la septuagénaire n'a d'autre choix que d'être prise en charge par le système de santé du Québec.

Sous certaines conditions, la Régie de l'assurance maladie du Québec couvre l'achat, l'ajustement, le remplacement et la réparation de prothèses. Si cette couverture semble à première vue favoriser le bien-être de ceux qui sont aux prises avec une incapacité motrice, il semble que le facteur humain ne fasse pas partie de l'équation. En novembre 2014, Mme Dorval s'est rendue au Centre de réadaptation InterVal en prévision du remplacement de ses prothèses. C'est à partir de là qu'elle a commencé à rencontrer des problèmes dans les services qu'elle a reçus. «On m'a fortement suggéré de faire remonter la ligne d'amputation, en m'assurant que je me sentirais mieux. J'ai répondu qu'il n'en était pas question!», se souvient Mme Dorval.

Aux dires de la patiente, les Services de réadaptation en déficience physique du CIUSSS-MCQ ont ensuite semblé se désintéresser de son cas. À cet égard, Mme Dorval affirme qu'un technicien a réalisé plusieurs prototypes de jambes artificielles sans la consulter.

Lors d'un rendez-vous subséquent, elle a essayé les prototypes, et force était de constater qu'elle était incapable de les chausser. Après plusieurs tentatives d'ajustement, le technicien a finalement tenté d'appuyer sur les épaules de Mme Dorval pour lui permettre d'enfiler les prothèses. Si l'employé du centre de réadaptation était satisfait, la patiente n'a pas manqué d'exprimer son désarroi. «Je vis seule, comment voulez-vous que j'enfile ces prothèses sans aide?», lui a-t-elle rétorqué.

Depuis deux ans, Mme Dorval enchaîne les présences à InterVal, sans que les résultats ne lui paraissent satisfaisants. Par dessus le marché, son orthopédiste est partie en congé de maternité pour une durée indéterminée avant la fin de ses rendez-vous. La septuagénaire commence à être fatiguée à force de se battre pour des services qui répondent à ses besoins.

«Je ne peux pas croire qu'avec la technologie dont on dispose aujourd'hui, on ne soit pas capable au Québec de traiter des cas comme les miens. Mes premières jambes artificielles ont été élaborées par essais-erreurs dans l'atelier de Sainte-Justine, et on ne serait pas capable de m'en fabriquer aujourd'hui?», se désole Mme Dorval.

Les dernières prothèses de Mme Dorval datent de 2010. Après six ans d'utilisation, l'usure commence à se faire sentir. Il demeure cependant impossible pour la retraitée de les remplacer comme elle le souhaite.

«Ça fait 56 ans que j'ai subi mon opération, et ça fait 56 ans que c'est le même problème au Québec», commente-t-elle.

Le CIUSSS-MCQ n'a pas voulu commenter le cas particulier de Mme Dorval. Le Dr Maxime Côté, orthopédiste pédiatrique, a cependant décrit la procédure habituelle suivant l'ablation d'un membre. «Dans une situation d'amputation, le but est toujours de garder le membre le plus long possible. C'est ensuite au prothésiste de s'ajuster», précise-t-il. Au sujet des cas inhabituels, le médecin a admis qu'il était possible de devoir réopérer pour des raisons pratiques. «Dans des cas exceptionnels, on peut être obligés de réviser le niveau d'amputation. Ces cas-là sont cependant très rares», affirme le Dr Côté.

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