Fluoration: la CTETS s'inquiète du plomb dans l'eau

Joan Hamel, porte-parole de la CTETS, et Christian... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Joan Hamel, porte-parole de la CTETS, et Christian Linard, professeur et spécialiste en biochimie clinique à l'UQTR.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) De récentes données concernant la présence de plomb dans l'eau potable de certaines résidences de Trois-Rivières incitent la Coalition trifluvienne pour une eau très saine (CTETS) à sommer le conseil municipal de Trois-Rivières de cesser immédiatement les travaux qui permettront la fluoration de l'eau potable, dont le rétablissement est prévu à l'automne prochain.

Grâce à la Loi sur l'accès à l'information, la CTETS dit avoir obtenu les résultats de tests d'analyse de l'eau potable réalisés par la Ville de Trois-Rivières de 2013 à 2015 lors de l'inspection de 295 maisons. Il s'est avéré que de ce nombre, 1 % des résidences présentaient un taux de plomb qui dépassait la limite permise, soit 0,01 mg/litre.

Or, selon la CTETS, le fluor ajouté dans l'eau est une matière corrosive qui pourrait non seulement augmenter la dissolution du plomb dans la tuyauterie des résidences, mais cette matière contiendrait en elle-même des contaminants, dont le plomb.

La coalition craint désormais que la reprise de la fluoration de l'eau potable ne fasse qu'augmenter le pourcentage des maisons présentant un taux de plomb dans l'eau potable dépassant la limite permise.

«On sait que dans certaines maisons de Trois-Rivières, surtout les vieilles habitations, il y a des tuyaux, de la robinetterie, des soudures contenant du plomb. Or, il n'y a pas de seuil sécuritaire pour le plomb. La concentration idéale devrait être zéro», fait savoir Christian Linard, professeur à l'UQTR et spécialiste en biochimie clinique, qui craint maintenant de voir augmenter le nombre de résidences dépassant le seuil tolérable si la fluoration est rétablie.

Ce dernier rappelle que le plomb est un produit neurotoxique s'il est ingéré par l'organisme, et ajoute par ailleurs que lorsque le seuil tolérable est dépassé, il appartient aux propriétaires de réaliser à leurs frais les travaux pour rétablir la situation.

La porte-parole de la CTETS, Joan Hamel, constate que lors du vote de février 2014, où le conseil municipal a décidé à 9 voix contre 7 de reprendre la fluoration de l'eau potable, plusieurs données n'étaient pas encore connues et plusieurs études n'avaient pas encore été publiées. 

Elle affirme par ailleurs être en contact avec des conseillers municipaux qui pourraient être tentés de revoir leur position.

Elle rappelle qu'à ce jour, plus de 17 000 citoyens de Trois-Rivières ont signé une pétition demandant l'abolition de la fluoration de l'eau potable. 

«La preuve de la non-acceptabilitié sociale de la fluoration n'est plus à faire. Les élus municipaux doivent agir, maintenant, et écouter leurs citoyens en appliquant le principe de précaution», croit-elle.

Santé publique

Les inquiétudes de la CTETS ne semblent toutefois pas partagées par la Santé publique, qui réfute qu'une eau fluorée puisse augmenter la concentration de plomb dans l'eau potable. Dans une récente lettre ouverte publiée dans nos pages, la directrice de santé publique et responsabilité populationnelle au CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, Isabelle Goupil-Sormany, rapportait les conclusions de l'Institut national de santé publique sur cette question. 

«Dans un avis scientifique sur la fluoration de l'eau publié en 2007, l'Institut national de santé publique du Québec conclut que les produits utilisés en fluoration n'ont pas d'effet sur la dissolution du plomb dans les canalisations. Cela dépend d'autres facteurs tels que la présence d'oxygène, la température, la présence de sulfites d'hydrogène et de certaines bactéries, et non pas de la présence de l'ion fluorure.

Bien que les produits utilisés pour la fluoration soient acides, au moment qu'ils sont ajoutés dans le réseau de distribution, ils sont neutralisés et le ph est ajusté afin de respecter les normes à cet effet, plus précisément l'article 17 du règlement sur la qualité de l'eau potable au Québec», écrivait-elle.

Du côté de la Ville de Trois-Rivières, on confirme que trois maisons sur environ 300 testées ont reçu un avis comme quoi la concentration en plomb dans leur eau potable était plus élevée que la limite permise. 

«La Ville n'a pas de plomb dans ses conduites. Il peut arriver toutefois que certaines résidences, surtout les plus anciennes, soient équipées de tuyauterie qui peut en contenir. Dans les cas où un taux plus élevé a été détecté, nous avons avisé les propriétaires et leur avons donné de l'information en ce sens», explique Cynthia Simard, porte-parole de la Ville, qui explique qu'à ce moment, les citoyens ont le choix de procéder à des travaux, mais peuvent aussi laisser couler un filet d'eau pendant une minute avant de la consommer.

«Nous avons pris nos responsabilités face aux propriétaires concernés, nous n'avons rien à cacher. Des mesures ont été prises et il n'y a rien d'alarmant avec ces résultats. Le programme d'analyse de l'eau potable, qui est une exigence ministérielle, continue et nous procédons à des analyses sur une centaine de résidences par année», ajoute Cynthia Simard.

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