Le virus Zika pourrait atteindre le Québec, croit un spécialiste

Jacques Boisvert est un spécialiste des insectes piqueurs... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Jacques Boisvert est un spécialiste des insectes piqueurs et ancien professeur de microbiologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Jacques Boisvert ne cache pas qu'il s'énerve lorsque des porte-parole d'organismes affirment aux médias, ces jours-ci, que le virus Zika ne peut pas arriver au Québec alors qu'au contraire, c'est tout à fait possible, affirme-t-il.

Le ministre Gaétan Barrette a notamment affirmé que les moustiques porteurs du virus ne peuvent survivre dans un environnement froid, ni même frais. Au contraire, assure Jacques Boisvert, «biologiquement parlant, c'est possible», dit-il.

«Nos moustiques ont transporté la fièvre jaune, en 1850 et ils ont transporté la malaria», rappelle ce professeur de microbiologie récemment retraité de l'Université du Québec à Trois-Rivières qui a développé, pendant 30 ans, une expertise unique en matière d'insectes piqueurs.

Le professeur Boisvert fut l'un des experts consultés par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec lorsque le virus du Nil occidental était apparu en sol canadien, il y a quelques années. Il continue à suivre de près les cas du VNO et du Zika.

Il faut avoir quelques notions de base sur les insectes piqueurs, explique-t-il, pour comprendre qu'avec les changements climatiques, le Québec est loin d'être à l'abri de cette nouvelle menace virale qu'est le Zika et ce, malgré ses hivers habituellement rigoureux.

«Certains disent qu'on n'a pas, au Canada, les moustiques qui transmettent le virus en question. Certains ont même affirmé qu'il n'y en avait pas aux États-Unis et même en Europe.» Or rien n'est plus faux, explique-t-il.

«Aedes albopictus (une des espèces de moustiques vecteurs du Zika) est bel et bien présent en Europe, notamment au Sud de la France. C'est donc une question de temps pour que le Zika se retrouve dans ce pays», estime-t-il, «peut-être même dès cet été.»

«Ils ont trouvé Aedes Albopictus à Paris, mais on ne sait pas encore s'il est implanté. Il faut d'abord trouver une place où il y a des larves», explique-t-il, parce que «le moustique est peut-être arrivé de Marseille par camion. Il se déplace beaucoup comme ça», explique-t-il.

«Aedes albopictus est aussi arrivé au Texas en 1986», rappelle le spécialiste. «Les Américains ont déjà eu ces moustiques dans le passé. Aedes Aegypti (un autre vecteur du Zika) était aux États-Unis avant, mais on l'a arrosé d'insecticides à qui mieux-mieux», raconte-t-il.

«Ils s'en sont débarrassé. Mais aujourd'hui, l'utilisation du DDT n'est plus permise aux États-Unis et dans bien des pays», rappelle-t-il.

Aedes albopictus est présent dans au moins la moitié des États américains, ajoute-t-il. «Au New-Jersey, il y a une équipe de l'Université de Rutgers qui surveille ça depuis six ans et le moustique Aedes Albopictus est implanté. Il est capable de se reproduire d'année en année et il est capable de s'étendre. À New York, on a commencé à en trouver aussi», dit-il.

Les moustiques vecteurs du Zika ne sont donc pas si loin du Québec. Et il y a un hiver, au New Jersey, qui ressemble à celui du Québec, rappelle Jacques Boisvert. Malgré tout, «il y en a qui disent à la télévision que ces moustiques-là n'aiment pas le froid», déplore-t-il.

Mais les moustiques ont des stratégies efficaces de survie. «À Montréal, en plein mois de février, on peut ramasser des maringouins», dit-il.

Il suffit d'aller dans le métro où ils se trouvent bien à l'abri pendant l'hiver. Des chercheurs y ont trouvé des Culex pipiens infectés (par le VNO). «C'est comme ça que l'épidémie repart au printemps», explique-t-il

Un moustique peut être infecté par un virus comme le Zika, mais non infectieux, explique le microbiologiste.

C'est que l'ingrédient nécessaire pour le rendre infectieux, c'est la chaleur c'est-à-dire le nombre de degrés-jours, dit-il.

«Le virus doit avoir le temps de se développer suffisamment dans le moustique pour qu'il devienne infectieux. Donc il faut de la chaleur d'été», explique Jacques Boisvert.

Une fois que le moustique s'est nourri de sang infecté, «il faut que l'infection se rende jusqu'aux glandes salivaires du moustique. Donc, il faut que le virus parte de l'estomac du moustique, passe à travers les parois stomacales, aille infecter l'abdomen puis le thorax et finalement infecte la tête pour se trouver dans les glandes salivaires. C'est alors qu'il devient infectieux» et peut transmettre le virus aux humains en les piquant, explique-t-il.

Même si les insectes vecteurs du Zika ne sont pas implantés au Québec, rien ne dit qu'ils ne viennent pas y faire un tour accidentellement et qu'ils ne peuvent pas s'implanter chez nous, un jour prochain. Jacques Boisvert fait remarquer que les moustiques voyagent au rythme des humains. On a trouvé une espèce de moustique appelé Aades japonicus à Saint-Alban, au Québec. Ils avaient été transporté dans de vieux pneus qui arrivaient de Floride, illustre-t-il.

Sept autres espèces de moustiques en plus des deux mentionnées plus haut, peuvent être des vecteurs du Zika, indique Jacques Boisvert, mais ils ne sont pas présents au Québec.

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