Négligence à la résidence Cooke: peu de changement, estime Johanne Panneton

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Le centre d'hébergement et de soins de longue durée Cooke de Trois-Rivières s'est retrouvé au coeur de toutes les attentions, en juillet 2015, après la publication d'une vidéo amateur dans laquelle on aperçoit deux résidents couchés au sol, incapables de se relever, et personne pour leur venir en aide.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Une image vaut mille mots. Un adage qui aura pris tout son sens à la suite de la publication des images tournées par Johanne Panneton au centre d'hébergement et de soins de longue durée Cooke de Trois-Rivières, en juillet dernier.

Johanne Panneton ne se doutait pas que les... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 1.0

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Johanne Panneton ne se doutait pas que les images qu'elle a filmées à la résidence Cooke allaient obliger le ministre de la Santé et des Services sociaux a écourter ses vacances estivales.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

On se rappellera qu'on pouvait y voir deux résidents étendus de tout leur long sur le sol et personne pour leur porter secours. Aussitôt mise en ligne, cette vidéo aura provoqué un tollé, sortant même le ministre de la Santé et des Services sociaux de ses vacances. Si c'était à refaire, Mme Panneton assure qu'elle n'hésiterait pas. D'autant plus, avoue-t-elle, que malgré le tapage médiatique, les choses n'ont pas beaucoup évolué sur le terrain.

Comme elle le faisait tous les jours, le 15 juillet dernier, Johanne Panneton rendait visite à sa mère âgée de 85 ans. Lorsqu'elle se présente à l'étage de la résidence Cooke, elle constate que deux résidents sont couchés sur le carrelage, dans leur chambre respective, vêtus seulement d'une chemise de nuit. Incapables de se relever seuls, ils implorent de l'aide.

Mme Panneton se met aussitôt en quête de préposés aux bénéficiaires pour pallier cette situation qu'elle juge «inacceptable». Pendant plus de trois longues minutes, elle arpente les couloirs à la recherche d'un employé. En vain.

Comme ce n'est pas la première fois qu'elle constate des irrégularités à Cooke, Mme Panneton décide de croquer la scène sur son téléphone cellulaire. Une fois en ligne sur Internet, les images sont reprises en boucle par tous les médias nationaux, sans compter les réseaux sociaux qui se mettent de la partie avec plusieurs dizaines de milliers de partages en quelques jours à peine.

Branle-bas de combat au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS-MCQ). Le 18 juillet, le président et directeur général, Martin Beaumont, jette maladroitement de l'huile sur le feu.

Dans le cadre d'une conférence de presse retransmise en direct, il se dit préoccupé par les images qu'il a vues, mais considère «normal» et «raisonnable» que des personnes en perte d'autonomie tombent et passent quelques minutes sans aide sur le plancher. Il n'en fallait pas plus pour que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, ajourne abruptement ses vacances et réclame une enquête auprès de ses fonctionnaires. Une enquête en haut lieu qui viendra s'additionner à celle, interne, du CIUSSS-MCQ.

Plus de cinq mois plus tard, la vidéaste amateure reconnaît qu'à l'époque, elle était loin de s'imaginer que sa vidéo allait provoquer une telle onde de choc. «Sur le moment, je ne m'attendais pas à ce que ça soit si gros. C'était la nouvelle de l'été, si on peut dire. Mais c'est comme toutes les autres nouvelles: ça bouge lorsqu'on en parle, puis ça tombe dans les oubliettes, il n'y a pas grand-chose qui change», lance-t-elle. 

Au mois d'août dernier, le CIUSSS-MCQ rendait publiques les conclusions de son rapport interne. Parmi les recommandations avancées: davantage de personnel au moment des repas, des rideaux d'intimité plus adéquats, l'utilisation systématique de la «lumière de présence» à la porte des chambres, qui doit être actionnée lorsqu'un préposé prodigue des soins à un patient, etc.

Autant de mesures qui, de l'avis de Mme Panneton, ont été effectivement mises en place, mais qui ne viennent pas combler le principal problème qu'elle remarque dans les CHSLD: l'épuisement du personnel.

«Pour le personnel, je pense qu'il n'y a pas grand-chose qui a changé. Aujourd'hui, il n'y a pas plus de personnel, du moins de ce que j'en observe. Ils ont apporté beaucoup de changements à la résidence, du moins sur l'étage où réside ma mère. Mais je le répète, ce n'est pas moins dur pour le personnel, ce n'est pas plus facile. Je pense que ça n'a pas changé grand-chose. Ça me déçoit. En politique, on fait toujours plein de promesses, on dit plein de choses, et puis il faut attendre, c'est remis, c'est reporté, il y a des coupures...»

Un point de vue partagé par Rosaire Hamelin, président du syndicat du personnel auxiliaire, paratechnique et des métiers du CIUSSS-MCQ. Après quelques rencontres avec l'employeur depuis juillet, M. Hamelin est d'avis que la situation, pour ses membres, n'a pas évolué, particulièrement à la résidence Cooke.

«[Le ministère] ne mettra pas plus de personnel. Tout ce qu'il essaie de faire, c'est de changer les heures de travail», rapporte M. Hamelin. «Le réseau est magané, la clientèle est de plus en plus lourde, les gens sont à bout. Un moment donné, on ne peut pas faire plus avec moins.» Le syndicat escompte fixer à l'agenda une nouvelle rencontre avec le CIUSSS-MCQ après les fêtes pour relancer les discussions.

Mme Panneton affirme que si c'était à refaire, elle n'hésiterait pas. «Aujourd'hui, je ferais exactement la même chose. Je ne le ferais pas pour les médias, je le ferais pour les résidents de cette résidence-là et de toutes les autres résidences», conclut-elle.

Images du 15 juillet 2015

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