Plus de 2000 dénonciations à la ligne 1 844 FIQ-AIDE

Nancy Fortin et Nathalie Perron, de la Fédération... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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Nancy Fortin et Nathalie Perron, de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, ont dressé un bilan des trois premières semaines d'existence de la ligne 1-844-FIQ-AIDE.

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Le réseau de la santé va très mal et nous n'avons pas le droit de le dire sous peine de représailles». Voilà le constat découlant des 2136 appels reçus en trois semaines sur la ligne provinciale 1 844 FIQ-AIDE.

Analgésique non administré faute de temps à un patient qui venait d'être opéré, personne suicidaire inscrite sur une liste d'attente, culotte d'incontinence qui ne peut être changée avant le souper, dame de 89 ans qui n'aura plus d'infirmière à domicile et qui devra désormais se déplacer pour ses prises de sang chaque semaine: les exemples donnés mardi par le «syndicat des infirmières» sont nombreux.

Selon la porte-parole régionale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Nathalie Perron, les sentiments d'impuissance et d'exaspération devant l'inacceptable habitent maintenant bon nombre d'usagers, de patients et de professionnelles en soins. 

«Nous avons un ministre qui préfère se faire le porte-parole des médecins plutôt que des patients et qui se fait dicter ses actions par le président du Conseil du trésor», a-t-elle lancé lors d'un point de presse à Trois-Rivières. 

Près de la moitié des appels et des courriels reçus du 24 août au 11 septembre, soit 42 %, touchaient des problèmes et des situations d'accessibilité aux soins comme, par exemple, des délais d'attente pour une chirurgie ou en santé mentale. Par ailleurs, 16 % des contacts portaient sur des situations en lien avec la sécurité et la qualité des soins, dont 26 % ont été faites par des professionnelles en soins. On parle, entre autres, de patients qui attendent après avoir sonné la cloche.

On rapporte également que 12 % des aberrations observées dans le réseau étaient en lien avec les impacts négatifs de la réforme de la santé (projet de loi 10) et des compressions en santé. Pas moins de 60 % de ces dénonciations ont été faites par des professionnelles en soins. Mais la majorité ont affirmé ne pas avoir dénoncé leurs situations auprès des instances officielles par peur de représailles envers eux ou leurs proches.

Devant «l'inaction du gouvernement face à la situation d'omerta qui a cours présentement dans le réseau de la santé», la FIQ demande d'ailleurs au Vérificateur général d'enquêter. «Nous voyons maintenant des directions d'établissements, se sentant sans doute protégées par le gouvernement, émettre des directives écrites interdisant toute forme de dénonciation», déplore l'autre porte-parole, Nancy Fortin.

Sa présidente Régine Laurent avait déjà demandé au ministre Gaétan Barrette de légiférer pour protéger les lanceurs d'alertes dans le réseau de la santé, mais «celui-ci a préféré banaliser la situation et ne rien faire». Elle lui avait adressé cette requête après avoir été mise au fait de menaces et de représailles, allant jusqu'au congédiement, envers des professionnelles en soins qui avaient dénoncé des situations inacceptables dans leur établissement.

«Nous suggérons également au gouvernement de mettre sur pied sa propre ligne de dénonciations. Les mécanismes de plaintes actuels ne fonctionnent tout simplement pas et d'autres moyens doivent être mis de l'avant pour protéger le public», a ajouté Mme Perron.

Si, à son avis, «c'est aux familles d'être le chien de garde de leurs parents», elle se fait plus nuancée sur le recours à la vidéo, comme ce fut le cas à la résidence Cooke, privilégiant le partage de l'information auprès des dirigeants plutôt que dans l'espace public.

Pour la FIQ, le bilan de la ligne téléphonique s'inscrit en droite ligne avec les conclusions du rapport de la Protectrice du citoyen rendu public dernièrement. «Les compressions libérales nuisent à la population québécoise et détériorent les services et les soins donnés aux patients. Ça ne peut plus continuer comme ça. Le gouvernement doit se rendre à l'évidence et mettre un terme à ses compressions désastreuses», affirme-t-elle.

Il faut dire que ces résultats sont divulgués au moment même où la FIQ vient de quitter la table des négociations avec Québec. Les membres seront d'ailleurs en conseil fédéral délégué les 1er et 2 octobre pour adopter un plan d'action. Mais déjà, on souhaite l'instauration de ratios qui soient ajustés «à la vraie vie».

«Devant ce cri de détresse lancé par des citoyennes et des citoyens de toutes les régions du Québec, comment le premier ministre peut-il encore rester insensible? Comment peut-il continuer l'opération de saccage et de charcutage du réseau de la santé? Comment peut-il encore ne se soucier que de l'enrichissement de ses amis les médecins au détriment des patients et des essentielles professionnelles en soins? Et comment peut-il encore tolérer les compressions imposées par son président du Conseil du trésor?», se demande Mme Fortin.

Avec La Presse canadienne

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