Manque de ressources spécialisées: une mère à bout de souffle

Valérie Gervais Adam ne sait plus à quel... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Valérie Gervais Adam ne sait plus à quel saint se vouer pour l'accompagner dans le cheminement scolaire de son fils de 6 ans qui doit vivre avec un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, additionné à un trouble de l'opposition.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

Valérie Gervais Adam se fait un sang d'encre pour son fils Frédéric, 6 ans. Le petit garçon, qui vient d'entreprendre sa première année scolaire, vit avec un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, additionné à un trouble de l'opposition.

Un cocktail qui, selon la mère, gagne de la vitesse sur les services disponibles à la nouvelle école primaire fréquentée par le garçon. À bout de nerfs et, surtout, à bout de souffle, Mme Gervais Adam ne savait plus à quel saint se vouer, vendredi, lorsqu'elle a passé, de son propre chef, le seuil du Nouvelliste.

Mercredi dernier, l'administration de l'école lui a téléphoné pour lui demander de venir chercher d'urgence Frédéric. Vraisemblablement, lui a-t-on alors expliqué, les comportements de ce dernier décuplaient les dangers qu'il représentait... pour lui-même. La jeune mère de famille l'admet: Frédéric peut parfois agir avec impulsivité et démontrer une certaine violence physique. Une fois rendu à la maison, le petit Frédéric a poursuivi sa crise, cherchant à frapper sa mère. Pour y mettre un terme, Mme Gervais Adam a confiné le garçon dans sa chambre. N'en pouvant plus d'y être, ce dernier a voulu sortir par la fenêtre et est tombé en bas du deuxième étage.

Notons-le d'emblée, Frédéric n'a pas été blessé. «Il a été extrêmement chanceux. Moi aussi! J'ai eu la peur de ma vie. Mais elle ne s'arrête pas ici mon histoire. C'est quand la prochaine fois? J'ai bien des craintes», soupire Mme Gervais Adam. Depuis que Frédéric a l'âge de fréquenter la garderie - ou plutôt les garderies, aucune n'étant en mesure de s'occuper de lui -, rien ne va plus. Mme Gervais Adam avoue avoir frappé à toutes les portes, sans grand succès. Loin de blâmer les services sociaux ou la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, elle n'a pour l'heure reçu comme aide «qu'un paquet de pilules» à donner à son garçon, médicament qu'il refuse parfois de prendre, comme mercredi dernier.

Mme Gervais Adam souhaite voir davantage de ressources spécialisées dans les écoles publiques. Ce qu'elle constate actuellement la désole. Non pas que les personnes qui travaillent à l'école de son fils ne font pas leur travail avec efficience, au contraire, mais la jeune mère les sent dépassées, épuisées, comme elle, éreintées. «Ce que je déplore beaucoup, c'est le manque de ressources. On m'appelle de l'école et on me dit que mon enfant n'est pas en sécurité parce qu'il se sauve, qu'il est parti dans la rue, et on me demande de venir le chercher. L'école n'est pas adaptée pour lui. Tous les intervenants à qui je parle me disent qu'ils ne savent pas quoi faire et me demandent d'être patiente», se désole Mme Gervais Adam. «Je veux que l'école ait davantage de ressources.»

«Je n'attendrai pas que mon enfant meurt, qu'il se jette devant une auto, pour faire quelque chose. J'essaie d'ouvrir des portes partout, je demande de l'aide partout depuis un an et demi», en vain, note la mère. Mme Gervais Adam est à ce point rompue devant ce cul-de-sac qu'elle trouve avec difficulté l'énergie pour nourrir des moments privilégiés avec sa petite fille de deux ans, la soeur de Frédéric. La jeune mère récemment séparée de son conjoint est à ce point désemparée qu'elle n'a déniché d'autre porte que celle du Nouvelliste où frapper.

Consciente que son fils «ne fitte pas dans le moule», Mme Gervais Adam songe désormais à l'inscrire dans une classe spécialisée, comme on lui avait recommandé de le faire l'an dernier, alors que le petit se faisait renvoyer à répétition de la maternelle. «À court terme, je ne vois plus de possibilité. J'aimerais ça que quelqu'un me guide quelque part. Je veux juste que mon enfant soit bien, avec les ressources nécessaires, avec les soins qu'il mérite, comme chaque être humain», lance-t-elle dans un cri du coeur.

À la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, on affirme être en contact constant avec les parents d'enfants qui présentent des problématiques particulières. Cela dit, on ne souhaite pas, par souci éthique, développer publiquement le cas de Mme Gervais Adam et de son fils Frédéric. «On est en lien avec la maman, mais on ne peut pas commenter le cas d'un élève. L'organisation des services auprès des élèves, c'est assez complexe, on est en lien avec beaucoup de partenaires dans des dossiers comme ça», mentionne Anne-Marie Bellerose, conseillère en communication.

Le manque de ressources décrié

Dans le bras-de-fer entamé depuis le début de l'année scolaire entre le gouvernement du Québec et les professionnels oeuvrant dans le réseau public d'enseignement, le manque de ressources spécialisées revient régulièrement à l'avant-scène. Depuis dix ans, les commissions scolaires du Québec se sont vu amputer d'environ un milliard $. Inévitablement, ces compressions successives ont eu un impact sur les services dont les élèves, comme Frédéric, ont besoin.

«Les parents du Québec sont en colère. Non seulement des enfants manquent de services, mais les compressions appliquées au réseau public d'éducation imposent des factures supplémentaires aux familles. Cessons de nous mettre la tête dans le sable et de faire croire que les compressions n'ont pas d'impact! C'est faux», note, par voie de communiqué, Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec.

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