Centre d'hébergement Cooke: «Je suis très satisfaite»

Chantal René, la soeur d'une résidente du Centre... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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Chantal René, la soeur d'une résidente du Centre d'hébergement Cooke qui a fait le tour des réseaux sociaux.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(TROIS-RIVIÈRES) Lorsqu'elle a identifié sa soeur Francine sur la vidéo virale montrant deux personnes étendues sur le sol de leur chambre au Centre d'hébergement Cooke, Chantal René a été choquée. Non pas par la situation elle-même, mais par le brouhaha d'indignation qui a bourdonné autour de la diffusion de cette vidéo réalisée avec un téléphone cellulaire. Afin de remettre les pendules à l'heure, à son heure, Mme René a contacté Le Nouvelliste, affirmant d'entrée de jeu que les services reçus par sa soeur ont toujours été «excellents».

La vidéo tournée par Johanne Panneton, venue visiter sa mère à Cooke en juillet dernier, a frappé l'imaginaire de plusieurs, à commencer par le ministre de la Santé Gaétan Barrette. Sorti expressément de ses vacances, M. Barrette avait alors quémandé à son ministère un rapport externe sur l'événement. Rappelons que sur la dite vidéo, on voit deux personnes couchées de tout leur long sur le carrelage de leur chambre pendant plusieurs minutes, aucun préposé aux bénéficiaires disponible pour leur venir en aide.

Si certains ont tout de suite conclu que les services rendus à Cooke étaient inadéquats, d'autres renchérissant et accusant du doigt le manque de préposés, Mme René s'érige en porte-à-faux avec ces positions. Elle-même préposée aux bénéficiaires, donc au fait de la réalité terrain, elle avoue avoir toujours entretenu des liens privilégiés avec le personnel du CHSLD où sa soeur s'éteint à petit feu. Mme René est catégorique: les services qui y sont offerts sont «excellents», voire supérieurs à ceux prodigués dans certaines résidences privées avec lesquelles elle a eu à transiger.

«Je suis très satisfaite», lance d'emblée Mme René. «Nous, on l'a envoyée là parce qu'elle y recevait des bons soins. On nous a toujours appelés régulièrement pour nous expliquer comment s'était passée la semaine, et même, un temps, on nous téléphonait à tous les jours», note-t-elle. «Ma soeur n'a plus de qualité de vie, mais dans l'établissement où elle est, les soins sont bons.»

La scène en a troublé plus d'un. Une personne vulnérable étendue de tout son long, en chemise de nuit, incapable de se relever par elle-même. Cependant, illustre Mme René, cette image est le pain quotidien de sa soeur Francine. Tous les jours, elle tombe à répétition, une «chuteuse récidivante [sic]», indiquait Martin Beamont, président-directeur général du CIUSSS-MCQ. La plupart du temps, heureusement, ces chutes sont sans conséquence grave.

«Parfois, elle se laisse simplement glisser. Ça peut paraître impressionnant, mais elle n'a plus de motricité. C'est comme ça. C'est là le quotidien de ma soeur et ça va l'être pour le reste de sa vie. Pour qu'elle soit mieux, il faudrait avoir les moyens pour que quelqu'un l'accompagne 24 heures sur 24, et encore là! Elle est comme un enfant. Je pense que les gens auraient intérêt à mieux s'informer, c'est-à-dire savoir si cette situation-là est normale. Ce n'est pas normal que quelqu'un soit blessé et qu'on le laisse par terre, mais dans le cas de ma soeur, ils ne la laissent pas par terre. Je ne veux pas que n'importe quoi soit dit. Ils ne la laissent pas par terre», répète Mme René.

«Elle tombe quatre fois par jour minimum», renchérit-elle. Effectivement, dans le rapport d'enquête rédigé par le ministère de la Santé, il appert que la soeur de Mme René est tombée 52 fois en 2015, sur un total de 231 chutes enregistrées au Centre d'hébergement Cooke. «Dans la situation de ma soeur, c'est normal qu'elle tombe», insiste Mme René.

C'est dire que les solutions pour réduire le nombre de chutes sont plutôt rares: sinon la sangler à son lit, sinon l'asseoir dans une chaise de contention. Une solution à laquelle Mme René s'est refusée par le passé et se refusera encore. «Je ne veux pas qu'elle soit attachée. C'est un choix familial», explique-t-elle. «C'est sûr que je pourrais la condenser. Certains vont peut-être me trouver conne de la laisser tomber comme ça, je respecte leur idée, mais moi je trouve que ma soeur n'est pas un chien qu'on doit attacher.»

«De la voir attachée dans une chaise à se déchirer les bras pour essayer de se déprendre, c'est non. Non. Je trouve ça encore plus tragique, même si c'est triste de se faire pointer du doigt lorsqu'on fait ce choix-là. Je crois que du monde vont me traiter de méchante, mais en même temps, je pense qu'il y aura toujours, dans la vie, du monde qui s'opposeront aux idées des autres. Je veux simplement que les gens sachent que ma soeur est bien traitée», mentionne Mme René, ajoutant du même souffle que les préposés de Cooke conservent toute sa confiance.

TAPAGE MÉDIATIQUE

Enfin, Mme René a tenu à revenir brièvement sur le tapage médiatique qui a suivi la diffusion à grande échelle de la vidéo tournée par Mme Panneton. Même si cette vidéo a mené à deux enquêtes officielles, celles-ci débouchant sur des recommandations visant à améliorer la qualité de vie des résidents en CHSLD, Mme René estime que de lancer ainsi en pâturage sa soeur dans l'arène médiatique ne participe certes pas à augmenter sa dignité.

«Je trouve ça très dégradant. Si ma soeur se levait aujourd'hui, je pense qu'elle poursuivrait l'auteure de la vidéo, même si je suis consciente que la dame n'a pas fait ça par malice et qu'elle voulait bien faire.»

Quant à savoir si les conclusions et les recommandations issues des deux rapports amélioreront la qualité de vie de sa soeur, Mme René ne se fait pas d'illusion. «Ça n'a pas changé grand-chose dans la vie de ma soeur. C'est pour les autres que ç'a changé quelque chose.»

olivier.gamelin@lenouvelliste.qc.ca

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