Résidence Cooke: un appel à la flexibilité

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Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, estime que les syndicats devront faire preuve de flexibilité afin d'éviter que les événements du 14 juillet ne se reproduisent.

La Presse Canadienne

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(Trois-Rivières) Le rapport sur les événements de la résidence Cooke ne doit pas être oublié sur une tablette, estime le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. Les deux rapports, celui du Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) ainsi que celui des enquêtrices indépendantes mandatées par le ministre, qui émettent 18 recommandations, devraient d'ailleurs inspirer les autres CHSLD du Québec. Pour ce faire, le ministre appelle à la flexibilité des syndicats, notamment en ce qui a trait à la modulation des périodes de repas. 

Le ministre Barrette affirme que les deux rapports indiquent que les ratios intervenants-patients sont adéquats, mais que l'organisation du travail est problématique. Identifiée comme une solution, la modulation des périodes de repas est appuyée par le ministre. Il souligne que dans certains CHSLD, les quarts de travail se chevauchent, afin d'éviter la diminution du personnel en fonction. 

«Les conventions collectives n'empêchent pas d'adapter l'organisation du travail aux réalités du milieu où on travaille. [...] Des CHSLD ont fait des modifications qui respectent les conventions collectives, mais qui sont des assouplissements à des horaires plus rigides», a affirmé en entrevue le ministre.   

Gaétan Barrette estime par ailleurs, en se basant sur le rapport, que les syndicats ont tort d'affirmer que les ratios ne sont pas adéquats. Pourtant, on constate en lisant les résumés des rencontres des deux enquêtrices que le manque de ressources est souvent évoqué. 

«Les ressources requises ne sont pas livrées. Il faut faire une différence entre le discours ambiant qui veut que les ratios ne soient pas bons. Les ratios sont bons, mais si on est censé donner trois heures et demie de soins par personne dans ce milieu, mais qu'on en donne trois, c'est sûr qu'on est sous nos propres normes. Si on donnait ces heures, déjà on aurait une amélioration», a approfondi M. Barrette en martelant que les changements doivent répondre aux besoins des patients, d'abord et avant tout. «Des endroits avec les mêmes ratios offrent des services impeccables.»

Le Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires du Coeur-du-Québec (SIIIACQ) ainsi que la section locale 298 du Syndicat québécois des employés et employées de service ne partagent pas la position du ministre au sujet des ratios. Les deux syndicats affirment qu'il y a un manque au niveau du personnel. «Le ratio est insuffisant. C'est la dernière demeure des résidents, ils méritent qu'on s'occupe d'eux d'une façon digne et sécuritaire», affirme la présidente du SIIIACQ, Andrée Guillemette. 

«Je n'en reviens pas encore qu'il faut faire la démonstration qu'il manque de personnel», dénonce de son côté le président de la section locale 298, Rosaire Hamelin.    

Les syndicats doivent faire preuve de flexibilité, notamment en ce qui concerne la modulation des périodes de repas, croit le ministre, au même titre que le rapport interne déposé la semaine dernière. «Les mêmes syndicats le font ailleurs. Il faut avoir une certaine vocation pour travailler dans un milieu de CHSLD. Il faut avoir une certaine flexibilité dans son approche du travail. Et ça demande des personnes particulières», a renchéri Gaétan Barrette.   

«On dit qu'entre 16 h et 20 h, personne ne devrait sortir ou aller en pause. Les employés doivent se reposer», soutient Rosaire Hamelin. À ce sujet, Andrée Guillemette ajoute que des syndiqués doivent quitter la résidence lors de la période des repas pour des raisons personnelles.      

Le ministre de la Santé reconnaît par ailleurs qu'une combinaison de facteurs a entraîné les événements du 14 juillet dernier. Les rideaux d'intimité inadéquats, forçant les employés à fermer la porte de la chambre, la moitié des intervenants de l'unité d'hébergement en pause de repas en même temps et les systèmes d'alarme de même que les voyants lumineux de présence dans les chambres mal utilisés faisaient partie du quotidien des intervenants. Est-ce qu'il y a eu un manque de suivi et de leadership? Le ministre croit que oui, en affirmant toutefois qu'une nouvelle administration est maintenant en place au CIUSSS. 

«Personne n'est individuellement responsable. C'est un ensemble qui se résume à une chose: personne ne se demande si ce qu'on fait est correct pour le patient. [...] Un moment donné, c'est une question de leadership de la direction», a soutenu le ministre.

Utilisation des images

Appelé à commenter le débat entourant le geste de filmer des personnes âgées en détresse, le ministre de la Santé estime de plus que les CHSLD ne sont «pas des cirques». Il affirme que les familles des patients filmés, qui ne pouvaient être identifiés sur les images, ont vivement déploré l'utilisation de ces images dans les médias sans leur consentement. 

«Je n'ai pas de problème avec les caméras dans les chambres, dans la mesure où il y a un consentement de donné par les familles ou les patients.»  

Rappelons toutefois que ces images sont à l'origine du déclenchement de deux enquêtes sur les pratiques à la résidence de Trois-Rivières. Le soir du 14 juillet dernier, une dame se rend à la résidence pour visiter sa mère. C'est alors qu'elle découvre deux résidents en détresse au sol. N'arrivant pas à trouver du personnel - trois sont en pause de repas et les trois autres sont en intervention dans des endroits fermés par des portes - elle a filmé la scène.  

La présidente du SIIIACQ soutient que si les vives réactions entourant les événements du 14 juillet ont permis de faire avancer les conditions de travail des professionnels de la santé ainsi que les conditions de vie des résidents, celles-ci n'ont pas été vaines.   

Le personnel, tant médical qu'administratif, n'est pas blâmé dans le rapport, note le ministre. «Tout le monde souligne la qualité et le professionnalisme du personnel. Ce n'est pas ce qui est en cause», a tenu à préciser le ministre de la Santé.  

Les deux enquêtrices affirment, à l'instar du ministre, que les événements de la résidence Cooke devraient permettre d'améliorer les soins dans l'ensemble des CHSLD de la province. 

«Il faut voir ces événements comme une occasion de remettre en question certaines pratiques en CHSLD, de réfléchir localement, mais aussi et surtout à l'échelle de la province, sur le sort que l'on veut réserver aux personnes âgées hébergées. Doit-on mettre l'accent sur l'intensité de services médicaux et infirmiers ou sur des soins de confort?», questionnent les enquêtrices, alors que la durée moyenne de séjour est de huit à dix mois en CHSLD.       

Le CIUSSS MCQ, qui a présenté son rapport interne la semaine dernière, ne voulait pas accorder d'entrevue au sujet du rapport commandé par le ministre. 

«L'enquête distincte du ministère de la Santé va dans le même sens que l'analyse qui a été réalisée à l'interne. Elle met en lumière des constats et des recommandations qui seront évalués afin de bonifier notre plan d'action.

Tous nos efforts sont dirigés vers une réponse aux besoins de nos résidents, et ce, le plus rapidement possible», a réagi Martin Beaumont, président-directeur général du CIUSSS MCQ.

«Les conventions collectives n'empêchent pas d'adapter l'organisation du travail aux réalités du milieu où on travaille. [...] Des CHSLD ont fait des modifications qui respectent les conventions collectives, mais qui sont des assouplissements à des horaires plus rigides.»

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