Séparation forcée pour un couple vivant en résidence

Serge Boisvert et Johanne Parenteau doivent être relocalisés... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Serge Boisvert et Johanne Parenteau doivent être relocalisés dans une nouvelle résidence. Mais impossible de leur trouver une place dans le même centre d'hébergement bien qu'ils soient en couple depuis plus de 30 ans.

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Laurie Noreau
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'amour ne triomphe pas toujours. Le couple formé de Serge Boisvert et Johanne Parenteau l'a appris à ses dépens. Atteints de paralysie cérébrale, ils partagent leur vie depuis 35 ans, mais sont maintenant contraints de se séparer. Ils ont été relocalisés dans deux centres d'hébergement différents et doivent quitter la résidence L'Entre-Deux qui les hébergeait depuis cinq ans. Dorénavant, c'est loin l'un de l'autre qu'ils devront évoluer.

Josée Boisvert est déchirée à l'idée que son... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste) - image 1.0

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Josée Boisvert est déchirée à l'idée que son frère Serge Boisvert soit séparé de sa compagne des 35 dernières années.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

Hébergé à la résidence Cooke depuis maintenant trois... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste) - image 1.1

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Hébergé à la résidence Cooke depuis maintenant trois semaines, Serge Boisvert essaie d'aller voir sa conjointe à tous les jours, elle qui demeure au pavillon Blainville, situé à quelques kilomètres de là.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

Ce couple atypique et très actif mène une vie presque normale. Leur complémentarité fait qu'ensemble, ils forment un tout et peuvent vaquer à leurs occupations de façon autonome. «Serge voit moins bien alors c'est Johanne qui prend les devants quand ils se déplacent», mentionne Josée Boisvert, la soeur de Serge Boisvert. Ils empruntent régulièrement le transport en commun adapté de la ville de Trois-Rivières. L'amour qui les unit est palpable: «c'est ma conjointe, je l'aime beaucoup», lance Serge Boisvert des larmes dans la voix. Être séparé de celle avec qui il partage sa vie depuis les trois dernières décennies le remplit de tristesse.

C'est à la résidence Cooke de Trois-Rivières que Serge Boisvert a atterri le 9 juin dernier «dans une vieille chambre même pas adaptée pour lui», précise Josée Boisvert. Comme il n'y avait qu'une seule place de libre, c'est au pavillon Blainville de Trois-Rivières, un centre adapté pour les personnes présentant des déficiences physiques, que Johanne Parenteau est installée depuis mercredi. Une solitude lourde à porter pour la dame de 68 ans qui pouvait toujours compter sur son conjoint. «Elle ne dort plus, elle ne mange plus», déplore Josée Boisvert. «Ils s'étaient bâti une vie ici. Ils vont perdre tous leurs repères.» C'est cette dernière qui a dû prendre ces amoureux de longue date sous son aile. Depuis plus d'un mois, elle se bat pour qu'ils puissent vivre leur amour sous le même toit. Elle a multiplié les requêtes auprès des travailleurs sociaux afin d'attendre pour ne pas les séparer. En vain. La femme est à bout de souffle. «Pourquoi ne pas avoir attendu de lui trouver une place à Cooke? Ça pressait donc bien de l'envoyer à Blainville», peste-t-elle.

On leur a déjà fait miroiter la possibilité d'une chambre pour deux adaptée à leurs besoins à Cooke, mais «on n'en entend plus parler alors on attend». «Ce qu'on vise, c'est qu'ils soient dans la même bâtisse», insiste Josée Boisvert.

Les démarches de relocalisation sont enclenchées depuis plus d'un an, mais Mme Boisvert n'a été mise au courant qu'à la fin mai. «Ils sont tellement autonomes qu'ils n'ont pas cru bon m'en parler, mais voyant qu'ils allaient être séparés, ils ont fait appel à moi pour les aider.» Depuis, elle multiplie les démarches pour tenter de dénicher un endroit qui pourrait accueillir ce couple.

Les conséquences d'une telle séparation pourraient être dramatiques: «Ils vont les faire mourir!», lance sans hésitation Mme Boisvert. «Même s'ils s'aiment en chaise roulante, ça reste de l'amour! Pouvez-vous imaginer être séparé de la personne que vous aimez depuis 35 ans?». Elle regrette que cet aspect ne soit pas pris en compte dans cette décision.

Une réalité prise en compte

Au CIUSSS de la Mauricie-Centre-du-Québec, on assure qu'un effort est fait pour garder les couples ensemble dans le cas d'une relocalisation. Tout de même, on convient que la situation que vivent Serge Boisvert et Johanne Parenteau est plutôt inhabituelle. «C'est très rare que les deux personnes en même temps ont besoin d'intégrer une ressource mieux adaptée», consent Audrey-Ann Milot, cadre intermédiaire aux communications - transitoire au CIUSSS.

«Il peut arriver que de façon transitoire une des deux personnes soit placée dans une autre ressource parce qu'il n'y a pas de disponibilités pour accueillir deux personnes à la même ressource. De façon temporaire, il y a une séparation», admet-elle. «Mais dès qu'une place se libère, on peut admettre l'autre personne.» Impossible toutefois de savoir quelle sera la durée de cette transition. Au CIUSSS, on se montre compatissant face à la situation: «On comprend que quand ça fait trente ans qu'on est en couple, ça peut être déstabilisant de changer de milieu de vie», reconnaît Mme Milot. «On essaie de faciliter la transition».

Josée Boisvert ne s'oppose pas à ce que son frère et sa conjointe aient accès à des ressources adaptées pour eux et changent de milieu. «Ils ont encore de belles années devant eux, mais c'est sûr qu'ils vont avoir de plus en plus besoin de soins», relativise-t-elle. Elle craint toutefois que ces nombreux déménagements ne les épuisent et nuisent à leur santé.

Pourquoi ne pas avoir attendu que deux places se libèrent à la résidence Cooke pour accommoder ce couple? Sans s'avancer sur les raisons particulières qui ont pu mener le couple à devoir quitter la résidence L'Entre-Deux, Mme Milot suggère que de nouveaux besoins ont pu émerger, menant à une relocalisation précoce. «On a une responsabilité de s'assurer que ces gens soient en sécurité dans un milieu de soins adapté aux besoins», prévient-elle. «Il peut également arriver que les besoins soient différents d'une personne à l'autre», ajoute-t-elle.

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