Revivre après un AVC à 23 ans

Vicky Trudel et son conjoint, Jean-Luc Saint-Onge, entourés... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Vicky Trudel et son conjoint, Jean-Luc Saint-Onge, entourés de leurs filles Sarah-Jade et Lexie.

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Olivier Gamelin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Elle n'avait que 23 ans, et pourtant... Pourtant, même à la fleur de cet âge, la vie s'avère bien fragile. Vicky Trudel l'a appris le 19 mai 2006, une semaine seulement après la naissance de sa fille. Alors qu'elle se préparait à se mettre au lit, les mots qu'elle entendait dans sa tête se sont rebellés et ont tout bonnement refusé de sortir de sa bouche. Aussitôt, son conjoint a compris que quelque chose n'allait pas.

Effectivement, Vicky Trudel était en train de faire un accident vasculaire cérébral (AVC). Son témoignage, publié sur la page Facebook de la Fondation des maladies du coeur et de l'AVC, a soulevé un vent de sympathies sur les réseaux sociaux, avec 1519 mentions «j'aime» et 709 partages.

Mme Trudel est atteinte de la maladie de Crohn depuis qu'elle a 19 ans. Lorsqu'elle a appris qu'elle était enceinte, les médecins ont aussitôt cessé ses traitements pour la préserver autant que possible des complications. Il n'en fallait pas plus pour que la jeune femme tombe en crise, la maladie de Crohn reprenant de plus belle. Deux mois alitée à l'hôpital, perte de poids jusqu'au rachitisme, «je n'étais pas dans un état merveilleux», avoue-t-elle. Ceci conduisant à cela, sa fille est née par césarienne d'urgence après 30 semaines de grossesse. Comme la petite pesait à peine 2,2 livres, elle a été prise en charge par le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. En somme, une dose supplémentaire de stress dans la balance.

Après quatre jours épuisants passés au pied de l'incubateur où la nouveau-née reposait, Vicky et son conjoint, Jean-Luc, décident de s'offrir, tant bien que mal, une soirée de repos et reviennent à Trois-Rivières. Depuis 24 heures, la jeune femme supporte de terribles maux de tête qui, malgré les médicaments, persistent. Problèmes de santé, stress de l'accouchement prématuré, épuisement physique, fatigue psychologique, les raisons ne manquent pas pour justifier cette migraine carabinée.

Le lendemain, 19 mai, minuit sonne à peine, Vicky s'apprête à se glisser dans les bras de Morphée et s'aperçoit qu'elle ne peut plus prononcer un seul mot. Les phrases se bousculent dans sa tête, mais aucun son ne franchit le bord de ses lèvres.

Par chance ou par un heureux hasard, son conjoint est sensibilisé aux premiers symptômes de l'AVC. Quelques mois auparavant, une jeune femme de sa connaissance a fait un AVC à l'âge de 27 ans. Mortel cette fois. Aussitôt, Jean-Luc passe donc de la parole aux actes et fonce en trombe jusqu'à l'hôpital. Une rapidité d'action qui aura certainement permis à la récente bachelière en sciences infirmières de s'en tirer sans dommage, contrairement aux 315 000 Canadiens qui doivent vivre avec des séquelles permanentes. «Si je suis encore ici aujourd'hui, c'est grâce à mon conjoint qui a tout de suite compris qu'il se passait quelque chose d'anormal», souligne Mme Trudel. «Je lui serai reconnaissante toute ma vie d'avoir reconnu les signes de l'AVC. S'il n'avait pas été là, ça n'aurait pas fini comme ça», renchérit la jeune femme, aujourd'hui mère de deux filles pimpantes et en santé comme un premier jour d'été.

C'est justement pour faire connaître les premiers symptômes de l'AVC que Vicky Trudel a accepté de parler de son histoire, neuf ans plus tard. Aujourd'hui complètement remise de ce traumatisme, après deux semaines d'hospitalisation, des jours sous sédatif, des médicaments à foison, une trop longue période d'aphasie, elle souhaite qu'un plus grand nombre de gens sachent, comme son conjoint, voir venir de loin ce tueur sournois qui fauche 14 000 vies annuellement d'un océan à l'autre et qui s'attaque davantage aux femmes qu'aux hommes.

«Je suis un peu mal à l'aise, car je ne veux pas que le show et les gros flashs soient sur moi. En même temps, je trouve ça tellement important de dire aux gens qu'un AVC, ça n'arrive pas seulement à 60 ans. C'est tellement important de détecter les signes. C'est la raison qui me pousse à parler de mon expérience publiquement. Le but, ce n'est pas de faire parler de moi, mais de dire comment la reconnaissance des signes, c'est important», répète Mme Trudel avec une certaine gêne.

Car la diligence est le pire ennemi de l'AVC. Selon la Fondation des maladies du coeur et de l'AVC, pour chaque minute qui s'écoule avant le traitement d'un AVC, le cerveau perd en moyenne 1,9 million de cellules cérébrales, 13,8 milliards de synapses et 12 km de fibres axonales, grosso modo les nerfs des neurones. Cérébralement partant, une heure sans traitement équivaut à 3,6 années de vieillissement prématuré.

Paralysie d'une partie du visage, d'un bras, difficulté d'élocution, vue brouillée, perte d'équilibre et de conscience momentanée, audition défaillante, sont autant de symptômes annonçant un AVC, bien que tous ne surviennent pas forcément dans un ordre précis. Autant de symptômes qui, pour Vicky Trudel, font désormais partie du passé. «Je vis au jour le jour», lance la jeune femme avec un bouquet de mots tendres comme autant de fleurs pour ses deux filles et son conjoint.

L'AVC en bref

Environ 80 % des AVC sont ischémiques, c'est-à-dire causés par l'obstruction de la circulation sanguine par un caillot.

Environ 20 % des AVC sont hémorragiques, c'est-à-dire causés par un saignement incontrôlé à l'intérieur du cerveau.

L'AVC est la troisième plus importante cause de mortalité au pays. Six pour cent de tous les décès au Canada sont attribuables aux AVC *

Chaque année, près de 14 000 Canadiens et Canadiennes succombent à la suite d'un AVC *

Chaque année, plus de femmes que d'hommes meurent d'un AVC *

On compte environ 50 000 AVC au Canada chaque année. Cela représente un AVC toutes les 10 minutes

Chaque année, entre 200 et 300 enfants du pays font un AVC périnatal 

Environ 315 000 Canadiens et Canadiennes vivent avec les séquelles d'un AVC 

Chaque minute qui s'écoule avant le traitement d'un AVC, le patient moyen perd 1,9 million de cellules cérébrales, 13,8 milliards de synapses et 12 km de fibres axonales

Chaque heure écoulée sans traitement, le cerveau perd autant de neurones qu'en 3,6 ans de vieillissement normal

Les AVC coûtent à l'économie canadienne environ 3,6 milliards de dollars annuellement en services médicaux, en coûts d'hospitalisation, en perte de salaire et en perte de productivité (statistique de 2010)

* Statistique Canada, 2011

Source: Fondation des maladies du coeur et de l'AVC

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