Le Tràsh a ouvert de nouveaux horizons à un aspirant médecin

À gauche, l'aspirant médecin David Vallerand a découvert... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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À gauche, l'aspirant médecin David Vallerand a découvert un nouveau volet de sa future profession au contact des travailleurs de rue de Shawinigan. Il s'agit de Bruno Bouchard, Simon Laflamme Cormier et Olivier Huot.

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Les travailleurs de rues s'efforcent d'améliorer le quotidien des personnes allergiques au conformisme, mais leurs interventions peuvent aussi ouvrir les horizons d'un futur médecin. C'est ce qui s'est produit l'automne dernier avec David Vallerand, un externe de l'Unité de médecine familiale de Shawinigan-Sud qui a été bouleversé par son expérience d'une semaine avec le Tràsh.

Originaire de Saint-Louis-de-France, il a grandi dans un milieu aisé. Il s'est d'abord dirigé en enseignement, avant de bifurquer vers la médecine en raison d'une pulsion irréversible à vouloir intervenir davantage en relation d'aide.

«Quand j'ai commencé à l'urgence, j'ai senti que quelque chose m'échappait et je n'arrivais pas à comprendre quoi», raconte-t-il. «J'avais l'impression que je n'atteignais pas certains patients comme je le voulais.»

M. Vallerand a pris connaissance d'une opportunité pour compléter son stage dans la communauté avec le Tràsh.

«À la minute où Olivier (Huot) m'a amené dans la rue, j'ai compris», sourit-il.

Respectueux, M. Vallerand ne veut pas avancer un cas qui l'a particulièrement remué pendant sa courte immersion. Mais cette semaine lui a permis de saisir une ou deux choses.

«Ce sont des gens que le système n'arrive pas à atteindre», constate-t-il. «Sans les travailleurs de rues, on ne pourrait pas les aider. Ils établissent un lien de confiance qu'on ne pourrait pas construire autrement. Ça m'a marqué énormément. Je n'aurais peut-être pas rencontré ces gens à l'urgence, à l'unité de médecine familiale, parce qu'ils sont sortis du système, volontairement ou pas.»

«Ça m'a donné le goût de faire de la médecine de proximité», enchaîne-t-il. «En fait, il ne faut pas essayer de changer le monde. Il faut construire des ponts entre les mondes. Ça a complètement changé ma vision de la médecine.»

Au point où il veut assurément intervenir auprès de cette clientèle.

«Nous avons déjà le docteur Samuel Blain qui travaille très fort sur la médecine de proximité, avec qui je m'implique et qui me permet de saisir cet enjeu. Je verrai comment ça peut s'insérer dans ma pratique et m'engager socialement. J'apprends à connaître cette façon de faire de la médecine. Ça m'a ouvert les yeux sur une réalité qui m'échappait.»

En trio

Cette réalité, Olivier Huot la sillonne depuis maintenant huit ans. Il s'agit de la ressource la plus expérimentée de l'équipe du Tràsh. Il s'occupe du secteur Grand-Mère, pendant que Simon Laflamme Cormier prend charge du centre-ville et Bruno Bouchard, du quartier Saint-Marc - Christ-Roi.

Pour l'organisme, il s'agit d'une équipe complète. Depuis dix ans, les ressources financières limitées et le manque de stabilité n'ont permis de lancer un trio de travailleurs de rues à Shawinigan que pendant une trentaine de mois, tout au plus. La direction souhaite que les trois jeunes hommes résisteront à l'épreuve du temps.

Depuis octobre, c'est la première fois que le Tràsh confie ses interventions dans la rue à trois hommes. Au cours des dix dernières années, les Jadi Lavergne, Joëlle Bélanger, Mélissa Brassard, Maggie Brodeur, Mélina Lemieux et Andréanne Lépine-Baril ont proposé un visage féminin aux interventions.

«Aucun de nous ne devrait tomber enceinte au cours des prochaines années alors pour la stabilité, c'est vraiment bien!», s'esclaffe Olivier Huot. «L'aspect sécurité est un peu plus léger à gérer avec des gars, même s'il faut quand même faire attention. Par contre, c'est clair qu'on entend, dans la rue, que ce serait le fun qu'on engage une fille.»

M. Huot observe que de plus en plus de gens ne se sentent pas concernés par les figures imposées de la société actuelle.

«Ils ne sont pas rejoints par le modèle qu'on propose, celui de la performance, de l'emploi», analyse-t-il. «Ce ne sont pas des cibles qui les allument.»

L'équipe du Tràsh a réalisé près de 5000 heures de travail en 2014-2015 et 62 % de cette banque a été épuisée dans les rues. Il s'agit d'une hausse de 70 % par rapport à l'année précédente. En fait, les besoins semblent presque infinis, ce qui n'atteint toutefois pas le moral des intervenants de première ligne.

«À part quand il fait - 36 degrés Celsius l'hiver!», sourit Simon Laflamme Cormier. «Les gens nous démontrent une telle ingéniosité pour se sortir de situations incroyables. Nous sommes témoins de ça. Malgré tout, les gens sont dynamiques. Quand ils se mettent en action, c'est un beau moment.»

Pour certains marginaux toutefois, la réinsertion sociale paraît inimaginable. À moins que ce soit simplement une prise de conscience plus lente.

«Il faut accepter parfois qu'on est impuissant», souligne Bruno Bouchard. «On ne peut pas faire grand-chose si la personne ne veut pas. Il faut accepter ce qui se passe dans le moment présent, mais une petite victoire peut apporter quelque chose de plus, que nous ne verrons peut-être même pas.

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