Les infirmières craignent de perdre le régime public

Andrée Guillemette, présidente du SIIIACQ du Coeur-du-Québec.... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Andrée Guillemette, présidente du SIIIACQ du Coeur-du-Québec.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La présidente du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires du Coeur-du-Québec (SIIIACQ), André Guillemette, ne cache pas son inquiétude face aux impacts des chambardements imposés au réseau de la santé publique par le projet de loi 10 adopté récemment par le gouvernement du Québec.

«Notre crainte, c'est de perdre le régime public, c'est la disparition des soins de santé comme on les vit présentement, la gratuité des soins de santé», indique la présidente. «Je ne suis pas convaincue qu'on se trompe», dit-elle.

Ce que voit venir Mme Guillemette maintenant, «c'est la diminution des conditions de travail pour les salariés en santé», dit-elle, avec tout ce que cela impliquera pour la population. «On est en processus de fusion», rappelle-t-elle. En Mauricie, ce processus a donné naissance au CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux Mauricie-Centre-du-Québec).

Mme Guillemette a rencontré ses membres, il y a deux semaines, pour faire le point. «Il y a beaucoup d'inquiétudes au niveau du territoire pour les gens qui n'ont pas de poste à temps complet. Les gens ont peur de se retrouver à devoir aller compléter leur temps de travail à des distances de beaucoup supérieures à 50 km», explique-t-elle. «En fait, ce que le gouvernement espère, c'est la mobilité et la flexibilité de la main-d'oeuvre», dit-elle.

«Il va y avoir une unique liste de rappel, de Drummondville à La Tuque et de la Vallée-de-la-Batiscan à Louiseville», dit-elle.

«On a peur aussi qu'il y ait une diminution des points de service», dit-elle. «Je ne suis pas convaincue que la population est consciente de ça.» Ça pourrait être, par exemple, la diminution du nombre d'urgences dans la région, illustre la présidente. «S'il y a moins de points de service dans un secteur, les listes d'attente vont s'allonger», prévoit Mme Guillemette.

Une diminution des différents points de service fera en sorte d'allonger les listes d'attente, explique Mme Guillemette. Donc, «les gens vont être prêts à payer pour les services, d'où l'émergence du privé», explique-t-elle.

Bien entendu, en ce moment, tout cela demeure au stade de l'hypothèse, précise-t-elle, puisque les décisions ne sont pas encore officielles.

Le secteur de la santé qui demandait des augmentations de 4,5 % par année sur trois ans, s'est fait offrir une convention collective de 0 % les première et deuxième années et 1 % les troisième, quatrième et cinquième années. «Mais ce qui fait très peur aux gens, aussi, c'est la retraite», dit-elle. Québec «conserve le critère de 35 ans d'années de service cotisées, mais maintenant, l'âge de l'admissibilité sera de 62 au lieu de 60 ans et avant, on répartissait la rente sur les 5 meilleures années et ce sera dorénavant sur les 8 meilleures années», résume-t-elle. En cas de départ avant terme, «une année de pénalité, antérieurement, correspondait à 4 % de pénalité et là, ça va être 7,2 %», résume-t-elle. Tout cela serait effectif à partir du 1er janvier 2017.

«Imaginez les retraites qu'il va y avoir à l'automne 2016», dit-elle. «C'est toute l'expertise qui va quitter et les gens qui vont demeurer vont être comme en otage dans nos établissements. Il va manquer de monde, ça va être terrible», prévoit la présidente régionale de la SIIIACQ. Le gouvernement, dit-elle, «va faire quitter ceux qui seraient restés un an ou deux.»

Mme Guillemette constate que les jeunes qui entendent parler de cette situation sont moins tentés par les professions touchées, d'autant plus qu'ils entendent parler de l'épuisement professionnel qui se vit présentement dans ces milieux. «Au-delà de 96 % des gens qui sont en assurance-salaire le sont à cause de l'épuisement», indique Mme Guillemette. Un sondage réalisé récemment par la CSQ indique qu'au moins 94 % des membres se disent insatisfaits à la fin de la journée. «Ils n'ont pas le sentiment du devoir accompli», dit-elle, «parce qu'ils sont toujours à la course.»

Déjà, dit-elle, «tu sais à quelle heure tu commences, mais tu ne sais pas à quelle heure tu finis. Si, en plus, on vit une pénurie, là il va y en avoir, du temps supplémentaire obligatoire. Et là, ça va être l'émergence du privé», dit-elle. «Or une infirmière en agence privée, ça coûte une fois et demie le salaire d'une infirmière», plaide-t-elle.

La présidente régionale du SIIIACQ reconnaît qu'en ce moment, tout est flou, tant en ce qui a trait aux effets de la loi qu'en ce qui relève des négociations à venir. Il est temps, estime-t-elle, que le gouvernement soit clair sur ses intentions.

En chiffres

42,7 ans, âge moyen des infirmières

1 infirmière sur 5 est âgée de plus de 55 ans

37,9 % des infirmières détiennent un baccalauréat

87,3 % des infirmières exercent des fonctions cliniques, 7,3 %, des fonctions de gestion, 5,3 %, des fonctions d'enseignement ou de recherche

73 145 infirmières et infirmiers sont inscrits sur le Tableau de l'OIIQ

10,6 %, pourcentage d'hommes dans la profession

Six priorités d'action de l'Ordre

> Permettre le droit de prescrire

> Augmenter le nombre d'infirmières praticiennes à 2000

> Augmenter le nombre d'infirmières en CHSLD

> Assurer une gouvernance clinique en soins infirmiers

> Assurer une prestation sécuritaire des soins: «la bonne personne, au bon moment, en nombre suffisant»

> Favoriser la collaboration interprofessionnelle, surtout pour les soins de longue durée

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